Aujourd’hui j’ai ingurgité un bocal entier de Skittles et de Starbust et je me suis retrouvé les dents complètement déchaussées. Et puis, je me suis mis à angoisser, seul devant mon ordinateur. Je sentais le sang affluer dans mes yeux. Je percevais nettement les palpitations de mon coeur, et il me semblait pouvoir lire les pensées de la vieille bossue à la fenêtre en face de chez moi. Nul doute : j’avais atteint un niveau supérieur de conscience. D’un trot souple et amorti, une joggeuse parût consécutivement dans les deux careaux de ma fenêtre. Elle se mouvait.

De tout cela, rien ne vous semble sortir de façon notable de l’ordinaire (je le sais). Mais vous doutez-vous seulement de ce qui se passa par la suite ? Le téléphone retentit. Je me ruai au salon et décrochai le combiné. Une voix apparentée à celle de la fonction «lecture audio» dans Adobe Reader m’annonça qu’une escouade de bonniches débarquait dans mon quartier pour épousseter tous mes meubles et nettoyer tous mes tapis. J’acquiessai, mais la machine demeura stoïque, se sentant peut-être piégée. Ce silence me fit craindre le pire. Je scrutai la pièce pour constater sur-le-champ l’apparition d’un cadavre sur le divan. Un cadavre comme ça, non-sollicité.

Je me réfugiai dans ma chambre, saluant au passage le scarabée que j’ai eu le bon goût de laisser s’établir sous ma biblothèque. Mais il ne me répondit point. Il était mort lui aussi ! C’est alors que j’ai tout compris, car dans ma fenêtre, passant par les careaux en sens inverse de la joggeuse, ze killer camembert fit lentement son apparition. Englué dans le vasistas de la façon la plus salace, il se trémoussait là, sous mes yeux, ayant l’air de se délecter de ses forfaits. Avait-il également trépassé la joggeuse ? Et moi dans tout cela, qu’étais-je, sinon un témoin muet des sombres méfaits du Killer Camembert ?  Alaitons m’incarcérer avec le produit laitier ?

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