Mysterious, 09/11/2007 [Intoxicated Press]

Modeste proposition pour en finir avec le vieillissement de la population

Par votre humble serviteur, collaborateur très spécial d’Intoxicated press.

Passant devant une résidence de personnes âgées, on entrevoit, derrière les fenêtres de chaque chambre, les présences fantomatiques de ceux qui les hantent. Il s’agit de vieillards esseulés, parqués comme du bétail dans des logis aseptisés où plus personne, depuis longtemps, ne les visite. On les infantilise, leurs proposant des loisirs abrutissants ou ne leur laissant, pour seule distraction, que l’écran de leurs téléviseurs. Marchant devant une salle de bingo, on traverse un ramassis de vieillards grelottant, cigarettes au bec ou crachant leurs poumons sur l’asphalte. Ils s’ignorent les uns les autres, n’ont rien à échanger, se laissent manger par la routine. Un peu plus loin, une femme au dos courbé fouille dans une poubelle à la recherche de contenants consignés. Le Québec vieillit. On ne se le cache pas, on le dit à répétition, bien conscient que l’abondante génération des baby-boomers arrive aux portes de l’âge d’or. Ils ont bien mangé et bien bu, dépensant leur argent sans considération. Maintenant, les jeunes générations, doivent payer pour eux, assumer leurs années d’insouciance, vivre avec l’échec de leurs utopies, se demander ce, qu’au fond, ils leurs ont laissé.

Notre système de santé est saturé. Découragés, médecins et infirmières partent travailler à l’étranger. Nous n’avons plus le goût ni les moyens de nous occuper de nos aînés et les laissons mourir, seuls, faibles et pauvres ; une majorité flétrissante, une masse agonisante. L’âge d’or a toujours précédé la barbarie. Ces vieillards regrettent leurs belles années. Ils se rappellent les heures de gloire de la génération lyrique. Leurs couilles pendouillent entre leurs cuisses, mais, grâce au viagra, ils continuent de bander. L’orgie se poursuit dans les résidences pour personnes âgées, jusqu’à ce qu’ils n’en puissent plus, qu’ils n’aient plus même l’énergie pour cette ultime débauche, qu’il ne reste plus en eux la moindre étincelle de jeunesse et qu’ils passent de longs mois, sinon de longues années, à agoniser, continuant de vivre comme s’il ne fallait pas, un jour, mourir.

Que faire de cette génération barbare ? Nous n’avons plus ni le goût ni les moyens de nous occuper d’elle et nous ne pouvons continuer à l’ignorer : elle est là, englobant une partie toujours plus grande de la population, grisaille omniprésente. Il s’agit d’un poids, chaque jour plus pesant, pour les jeunes générations. Nos aînés ne croyant plus en l’au-delà, s’acharnent à survivre, à poursuivre une existence dégoûtante, alors qu’ils n’en peuvent plus de vivre, mais ne peuvent se décider à mourir. Nous avons un choix de société à faire. Il faut employer les grands moyens. Il est possible de mettre fin à ce calvaire.

J’ai longtemps réfléchi à la question, j’ai posé les pour et les contre, j’ai consulté de nombreuses analyses et j’ai dû me rendre à l’évidence : il n’existe qu’une seule solution au problème du vieillissement de la population. Il faut se décider à mettre un terme radical aux souffrances de nos aînés et à la plaie sociale qu’ils représentent ; il faut se décider à les euthanasier. Il ne s’agit pas ici de cruauté, mais d’une question de santé publique et d’économie collective. Ces gens sont malheureux. Ils souffrent et nous font souffrir. Il y a plus d’un avantage à mettre un terme à leurs existences. Nous pourrions, de fait, récupérer leur viande. Est-elle de bonne qualité ? Nous mangeons du bétail entassé dans des enclos minuscules, maltraité et gavé à l’excès. Une tranche considérable de nos aînés a su se nourrir décemment. Plusieurs vieillards se sont longtemps gardés en forme, pratiquant, qui le tennis, qui le yoga. Leur chair n’est pas à dénigrer. Considérant la quantité de déchets déversés par les porcheries industrielles et autres fermes modernes, je crois, par ailleurs, qu’il pourrait s’avérer positif de réduire notre production animale en la remplaçant par la récupération des chairs de nos semblables arrivés aux termes de leurs vies. Il s’agit d’une abondante quantité de viande que nous pouvons obtenir gratuitement, tout en créant de l’emploi, puisqu’il faudra bien organiser des camps d’euthanasie, des lieux où on préparera nos aînés à terminer leurs jours pour le bienfait collectif et où on s’assurera de les traiter de façon à ce que leur viande soit de la meilleure qualité possible. Considérant l’abondante nourriture qu’ils représentent, peut-être pourrait-il s’agir d’une solution au problème de la faim dans le monde. Il ne faudrait pas non plus oublier que certains ont conservé de généreux bas de laine qui devraient être récupérés par l’État. Ainsi pourrait-il répartir cet argent dans des programmes sociaux ou, plus pragmatiquement, le redistribuer en réduisant nos impôts.

Dans un souci d’égalité, je crois bon de déterminer un âge butoir où chacun saura qu’il est arrivé au terme de sa vie. Ainsi mettra-t-on fin à cette vaine quête de la vie éternelle, à cette recherche insensée du prolongement de la vie au-delà de nos limites biologiques. Et puis, imaginez : savoir quand on va mourir, ne plus penser à nos vieux jours et vivre notre jeunesse au jour le jour. Je propose de fixer cet âge butoir à soixante ans, bien que cinquante soit peut-être un âge plus raisonnable. N’est-ce pas celui des premiers cancers, de l’arthrite, des maladies cardio-vasculaires, des défaillances sexuelles… Le débat reste à faire, mais on comprendra ici le caractère essentiel de mon projet, lequel n’est pas fondé sur la haine de nos aînés, mais motivé par l’amour d’un homme pour sa société, le désir d’hausser la qualité de vie de mes concitoyens, et la conviction que l’âge d’or est celui de la jeunesse et non de la vieillesse.

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