La mode va et vient, nous surprend sans cesse. La casquette est honnie de tous, puis – soudain – redevient d’un chic fou. Seuls de rares survivants de l’ère new wave portent des converses et – vlan ! – la jeune première de votre classe les chausse fièrement. Il est grand le mystère de la mode. Pourtant, certains de ses aspects les plus inusités peuvent être expliqués par la science. Sortez vos microscopes de poche intégrés à votre nouveau ipod et venez scruter avec moi le monde infinitésimal.
Le myriapode labial est une sorte de minuscule mille-pattes translucide. Cet insecte se reproduit dans les aisselles de différents mammifères de sexe mâle. Il semble que Montréal soit depuis peu victime d’une épidémie de myriapodes labiaux. Ces insectes presque invisibles rampent sur nous. Nous en écrasons tous les jours à notre insu. L’existence de ces entités primaires est mue par un instinct unique qui les pousse à quitter leur aisselles natales pour ramper jusqu’aux visages des mammifères sur lesquels elles ont vu le jour et se glisser subrepticement au-dessus de leurs lèvres, juste sous leur nez (ou leur nombril, mais c’est une autre histoire). Là, leurs pattes microscopiques se plantent dans les pores de la peau de leur victime et le myriapode labial ne bouge plus et ne bougera plus, statufié. Des poils pousseront peu à peu sur son corps translucide, presque invisible, et l’insecte deviendra moustache, à la gauloise, à la Lénine, à la Charlot… Ces insectes sont inventifs, voire facétieux, et aiment laisser pousser leurs poils en une large variété de couleurs et de longueurs. Leurs victimes s’acclimatent souvent assez bien à cette subtile modification de leur apparence, la croyant le fruit de leur propre volonté (ou absence de volonté). Ils entretiennent leur moustache, ils la flattent du bout des doigts ; ils en sont fiers. Le mammifère et le myriapode labial vivent en parfaite symbiose jusqu’au jour où – sclac ! : le rasoir.
On raconte que Saddam Hussein, habile dictateur, cultivait les myriapodes labiaux afin qu’ils infestent son pays. Ainsi, son peuple portait comme lui la moustache et se retrouvait dans son image. Il semblerait, par ailleurs, que certains myriapodes dégénérés ne se figent pas à l’emplacement prévu ou préfèrent s’établir sur une victime femelle. C’est ainsi qu’un soir je fus stupéfait de découvrir entre les seins d’une gamine, une rangée de longs poils roux, à l’Écossaise. L’étude du minuscule est sans issue.
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