Une fable tirée de fables-saucisses, un recueil de Laurent Lussier illustré par Ariane Dénommé et publié par la maison rex. Ces écrits renferment l’essence de la catégorie «entomologicae bestiare» : un émerveillement assaisonné d’inquiétude devant l’étrangeté du minuscule.

Sa simple présence réjouit

L’oeil, la lune, les lèvres
de l’ermite, obélisque :
c’est dans un poème. Moustache
lit le soir à la Bibliothèque nationale.
Le chat Moustache.
Une poésie séduisante,
sensuelle et étrange à la fois.
Et Moustache disparaît
dans un réduit secret
grâce à un couloir dissimulé chez lui.
Il se lève et se dit à part soi :
soyons mystérieux.
Mystère = succès.
Des semaines de recherche en vain
jusqu’à ce que Moustache réapparaisse.
Le public est ému,
curieux : où était le chat, Le chat
disparu, revenu. Moustache
sourit incompréhensiblement.
« Je visitais le paramonde », explique-t-il.
Pendant ce temps-là, en Chine,
pendant ce temps-là, au Danemark,
des gens se téléphonent.
Une stratégie de communication qui réussit.
Moustache
exhibe ses bouts de spiritualité, parfois.
On veut être près de lui.
Assis quelque part, Moustache est assailli de questions.
Ou dans une voiturette
quand il traverse
en pleine nuit une foule d�admirateurs.
Sa simple présence réjouit les peuples de tous les pays
qui l’accompagnent
en scandant
son nom à l’unisson.

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