Jacques - Il n’y a rien… des fantômes dans le néant: voilà ce que nous sommes.
Abel - ce n’est pas vrai puisque nous souffrons.
J.- Tout le monde a menti.
A.- Ces erreurs, ces mensonges sont une rançon.
J. - Des mots, des mots!
A.- La rançon terrible de notre réalité.
J. - Rien que des mots.
A.- Peut-être n’est-ce qu’au prix de ces égarements que l’âme enfin se trouve.
J.- l’âme!
A.- l’âme vivante, l’âme éternelle.
J.- Est-ce Viviane qui m’a parlé?
(drôle non? allez hop, la suite quand même)
A.- Nous avons cheminé dans les ténèbres, mais voici que pour quelques secondes, ce passé d’erreurs et de souffrances m’apparaît dans une lumière qui ne peut pas tromper. De toute cette confusion, on dirait qu’un ordre se dégage… oh! pas une leçon: une harmonie.
J.- Il ne peut pas y avoir de repos pour moi si je ne sais pas qu’elle m’entend.
A.- Non, Jacques, même si c’est vrai, même si elle t’a parlé, ce n’est pas dans cet entretien précaire, dans ce dialogue hasardeux que tu puiseras les assurances dont ton coeur est avide.
J.- Voir, entendre, toucher.
A. - Tentation dont le plus pur de toi n’est pas dupe. Va, tu ne te satisferais pas longtemps d’un monde que le mystère aurait déserté. L’homme est ainsi fait.
J.- Que sais-tu de l’homme?
A.- Crois-moi: la connaissance exile à l’infini tout ce qu’elle croit étreindre. Peut-être est-ce le mystère seul qui réunit. Sans le mystère, la vie serait irrespirable…
(Gabriel Marcel, L’Iconoclaste, pièce jamais jouée ni même critiquée).
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