Aujourd’hui il m’est arrivé une affaire que je comprends pas alors je vais vous en parler au cas où vous pourriez m’éclairer. J’en doute, remarquez, mais dans tous les cas, je crois que ça va me faire du bien d’en parler. Il se peut que mon récit vous semble fastidieux, mais comme je ne sais pas vraiment ce qui a déterminé l’enchaînement des événements, je donne le plus de précisions possible; à vous de juger.
Alors voilà : je suis allé réserver une minivan pour pouvoir monter les ressources humaines et matérielles de Brigitte Bordel à Québec, et comme il faisait froid j’ai mis un bonne laine et une vieille vareuse d’armée appartenant à un ancien coloc. J’ai aussi enfilé, tant qu’à faire, une casquette avec l’insigne d’un porte-avion américain appartenant à mon actuel coloc, puis des ray-ban pour avoir l’air d’un vrai marine… puis j’ai boutonné les poches de côté de la vareuse, parce que je trouve ça plus beau, mais rendu dehors je savais pas où mettre mes mains, ça fait que je les ai croisé derrière mon dos et je m’en suis allé en trottant comme ça.
Je passe devant chez Motta, et j’apperçois une minuscule bonne femme avec les cheveux frisés grisonnants sortir en trombe du magasin. R.A.S., sauf qu’après quelques pas, j’entends « Sir ! sir !» Je comprends qu’on m’adresse la parole, alors je me retourne pour constater que la petite madame est toute cambrée, avec ses poings bien serrés, et elle se met à vitupérer et à me donner de la marde à tour de bras, dans un anglais trop rapide pour que je comprenne tous les détails. Tout ce que j’ai compris, c’est que je devrais avoir honte de la façon dont je me comporte avec les demoiselles, vraiment je suis un monstre, et elle semble rapporter tout ça à la façon dont mes bras sont croisés derrière mon dos, et même, plus précisément, à la façon dont mon pouce est coincé entre mes doigts (voir «Fig sign»). Inutile de dire que je ne savais même pas que ça constituait un signe, je mettais mon pouce comme ça parce que, comme j’ai dit, il faisait froid. Pour en revenir à la bonne femme, elle a terminé son speech (quand même j’ai pas pu résisté à me mettre à lui rire au nez) en me disant «I hate your guts, I hope you burn in hell today».
C’est probablement une histoire que je comprendrai jamais (j’y tiens pas vraiment), mais je pense que ça fait partie d’un quotidien délirant, nos rencontres du troisième type, et je propose qu’on élargisse la catégorie «André Sérouille Flesh of Studies» pour y inclure ce genre de délire, puisque de toute façon tous ces fêlés eux-mêmes se conçoivent certainement comme faisant partie de la même conspiration.
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