A quoi reconnaît on le déclin d’une civilisation? À son urgence de faire la guerre? Au trafic aérien dans l’azure qui la surplombe? Aux épaulards pouvant maintenant se confondre dans sa population jusqu’à être mépris pour un obèse parmi tant d’autres? Absurde dites vous? Nous pensons ici à ce loup marin qui s’était fait passé pour un habitant du Wisconsin et qui était devenu gérant d’un Wendy’s en plein centre ville de Los Angeles. Les gens prenaient ses glougloutements pour l’accent incongru du Wisconsin, c’est lors d’un vol à main armée quand il a reçues trois balles dans le flanc gauche que les employés du Wendy’s découvrirent, non sans stupéfaction, la véritable identité de monsieur WhoooooHooooha: un méprisable loup marin dopé de Filet o’ Fishs.

Mais toujours est-il que ce n’est pas à la faune marine prenant activement part à la vie civile que nous reconnaissons le déclin d’une civilisation; même lors de l’âge d’or américain un dauphin était devenu débardeur au port de New York et une anémone la coqueluche des grands boulevards.

Je crois que l’épisode suivant est à méditer; par une réflexion bien personnelle vous verrez ce qui cloche et qui amène à voir les véritables tares qui nous mènerons ver ce que notre descendance appellera “La décadence calumet-pontoise” car Pointe-Calumet est en fait le laboratoire de mes observations et expériences sociales, et comme plusieurs le craignent, ce havre de paix est aussi le nid d’un mal qui s’étendrait sur tout le continent.

Retour en arrière: en 2003-2004 la chaîne de dépanneurs Couche-tard se lance dans une mise en marché agressive de sa nouvelle barbotine à qui elle donne des airs de déglingues, les saveurs sont : Schtroumfs écrasés, caca de père noël, windsheer washer… vous voyez le topo? Ça a fait un beau petit scandale à l’époque, voyez cette sloche était destinée aux enfants en apparence, je crois qu’un autre but a été atteint, celui de soumettre la populace entière; la corruption est telle chez les épiciers que l’on a mis de côté de la morale et on se frotte les mains d’une si bonne affaire.

Mais peut-être que pour vous il s’agit d’une mince affaire qui a sombrée dans l’oubli depuis, après tout à Montréal on en voit à tous les jours des scandales; à Pointe Calumet non! Il faut d’abord comprendre que Pointe Calumet a eu ses cinquante balais en 2005, soulignés par la visite des Respectables à “Pointe”. Cinquante ans c’est jeune (pas pour un alcolo, c’est déjà bien avancé dans l’enfer) et Pointe Calumet a connu plusieurs transformations depuis ses années de station de vacance (Lire le livre Pointe-Calumet Boogie Woogie de Claude Jasmin) ensuite repère des familles squatteuses du compté de Deux Montagne (vivant dans des maisons mobiles, des cabanes à pêche) pour finir cité dortoir se trouvant à la toute fin de la 640, on y vit paisiblement dans de nouveaux développements où l’odeur des égouts est constamment présente (mauvaise prévision des ingénieurs). Toute les étapes de la décrépitude occidentale; et finalement on s’endort dans une maison en agrégat envahie d’une odeur puante pour s’y sentir chez soi.

Quand la sloche est tombée sur ce bordel paroissiale ça a été comme un éveil; au début on en consommait juste en haut de la moyenne provinciale, on en était friands mais pas malade encore. On s’amusait à mélanger les couleurs, le fond de la mienne était mauve et le dessus vert fluorescant, les commis du dep’ étaient rendus experts et pour amuser les enfants, ils dessinaient des motifs dans la barbotine. Mais comme toute la magie qui entourait la sloche s’évanouissait à toutes les fois qu’on entendait le son de la paille tâtant le fond en aspirant de l’air, on devait en racheter une autre; en quelques semaines on a défoncées les statistiques, la consommation de ce petit blède était comparable à celle de l’île de Laval et ça dans un seul Couche-tard! Les parents s’y sont laissés aller aussi, toujours de plus grosses sloches; si les habitants du Lac St Jean se frottent d’avoir inventer la grosse la bière, les Calumet-Pontois, eux, se frottent d’avoir inventer la grosse sloche.

Cette spirale de mépris envers le bon goût, ce cercle vicieux de la gloutonnerie allait donner un retour karmique à cette bonne populace: on ne chicotte pas avec autant de sucre sans en payer le prix. Voyez vous, la raison pour laquelle les Calumet-Pontois aimaient tant la barbotine, c’est que l’ancien épicier de Pointe Calumet était diabétique et n’avait jamais vendu de produit à haut de taux de sucre en 50 ans aux abords du lac des Deux Montagne, l’arrivé impromptue d’un Couche-tard avec ses masses de sucres allait briser en quelques jours l’idylle zéro calorie que l’épicier du village avait construit avec tant de volonté.

Il faut comprendre qu’un Calumet-Pontois se retrouvant dans un Couche-tard nouvellement bâti, avec ses néons, ses couleurs bleues et rouges, sa musak à plein volume, et surtout la distributrice a barbotine tournant toujours dans le même sens quasi hypnotisant pour maintenir uniforme ces mixtures de morts froides et fluorescentes; hé bien pour le Calumet-Pontois c’est comme pour un adolescent montréalais qui est entré chez les putes avec de fausses cartes; son engin lève la tête: Bienvenu à la maison l’ami.

Le bonheur rime avec glucose-fructose-saccharose liquide*.

(la suite à venir)

* type de sucre utilisé pour la production de barbotines.

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