Une des étapes déterminantes dans le processus de sélection des cosmonautes est l’épreuve psychologique de l’isolement prolongé. Les candidats du programme spatial officiel doivent se rendre sur une base isolée, en Russie, où ils sont confinés dans des cellules sur des périodes prolongées. Nous n’avons l’avantage d’être endurcis par un lourd passé criminel: dans ces cachots, sans lumière et sans lien avec l’extérieur, certains craquent. Le plus souvent, ils s’en prennent à eux-mêmes, se déchirant de leurs ongles ou se frappant la tête sur les murs jusqu’à la perte de conscience.
Mais moi qui ne dispose pas d’une telle technologie et qui doit néanmoins franchir cette épreuve, à quel expédient aurai-je recours? Par chance, il y a quelques semaines, une occasion de mettre ma résistance psychologique à l’épreuve me fut fournie au hasard d’une visite dans ma famille.
J’étais parti avec mon père rejoindre une tante et un oncle à leur chalet, aux abords du Lac-aux-rats-musqués, à Ste-C*-de-W*. Le périple fut fastidieux, des réparations au chemin bordant le lac nous obligeants à faire demi-tour après avoir fait plus d’une heure de voiture sur les routes aux longues pentes abruptes des Cantons-de-l’est.
Après que mon père eut égrainé plusieurs chapelets de jurons, nous parvînmes finalement à destination, où ma tante nous fît un accueil des plus chaleureux. Mon oncle et ma tante nous fîrent visiter la propriété et peu après le départ de mon père, ils m’annoncèrent qu’ils allaient également quitter, qu’ils seraient de retour dans quelques jours et que je n’avais qu’à me servir à volonté dans le petit réfrigérateur au propane. Gagné.
Ainsi commença mon épreuve d’isolation dans cette petite roulotte aux dimensions d’un module spatial. Le premier soir, je me contentai de faire un feu de camp et de boire la seule bière qui restait sur les lieux. J’allai me baigner et je me couchai.
Le lendemain, la véritable épreuve commença. Réveillé au chant du coq d’une ferme avoisinante, je pris rapidement un petit-déjeuner fait d’aliments séchés. Je bus un expresso puis j’ouvris mon ordinateur portable afin d’entreprendre un travail d’analyse de données qui dura quatre heures. Puis, ce fût l’heure du dîner. Je mangeai de la pizza surgelée.
Ensuite, j’enfilai mon maillot de bain, m’enduit de crème solaire et sorti sur le petit balcon attenant à la roulotte. Il y avait là une chaise longue où je m’allongeai avec la lenteur de mouvements caractéristique des astronautes en apesanteur. J’avais apporté avec moi une ceinture amincissante vibro-fat et deux tranches de concombre. Une fois bien allongé, j’actionnai la ceinture amincissante fixée à ma taille et je posai les deux tranches de concombres sur mes yeux pour simuler la noirceur de l’espace. Les vibrations de la ceinture allaient simuler les secousses ressentie au décollage d’une fusée. Je passai ainsi une bonne heure, exposé aux rayons cosmiques, n’étant distrait que par des piqûres occasionnelles de mouches à chevreuil, que j’interprétais comme des courts-circuits de ma combinaison spatiale.
Au terme de cette épreuve, je simulai une sortie dans l’espace en allant me baigner. Une autre heure d’entraînement. De retour dans la nacelle, je repris mon travail d’analyse. Puis ce fût un souper de pâtes déshydratées, puis des problèmes avec la coupole m’obligèrent à faire une autre sortie sur le toit de la roulotte. Je pus ensuite écouter Desperate Houswifes pour accentuer l’épreuve d’ennui. Lorsque ce fût intenable, soit dix minutes plus tard, j’allai me coucher.
Je tins ainsi plusieurs jours, suivant à peu de chose près la même routine. Mon équilibre psychique ne fut perturbé que par les aboiements incessants du petit chien ridicule des voisins qui, je l’espère, n’a pas d’équivalent intersidéral.
Ma détermination ayant ainsi été mise à l’épreuve avec succès, je m’estime encore plus près de mon rêve.
Commentaires:
Je vous encourage, pour plus de vraisemblance, à faire pipi dans un ziploc et à le garder à l’intérieur de la capsule pour l’ensemble du séjour. Je vous suggère aussi, pour combler les irrépressibles besoins d’amour qui viendront vous hanter, d’utiliser les interstices d’un biologiste japonais en mission scientifique.
Moi je cherche toujours un moyen de simuler un séjour dans une colonie pénitentiaire dans les Antilles française du 18ième.
Va faire de la plantation d’arbres dans le nord de l’Ontario : c’est tout à fait ça.
Les antillaises en moins.
Les pédérastes passionnés en moins également.
Ça, c’est toi qui le dit.
Quand je regarde le désoeuvrement qui s’exprime sur nos annales, je suis de plus en plus convaincu de la nécessité d’envoyer un philosophe dans le cosmos.
À noter: il coûte extrêmement cher d’envoyer quoi que ce soit dans l’espace. Par souci de réalisme simulatoire, notre candidat s’est donc limité à deux tranches de concombres.
Deux tranches de concombres, pour un essai Shenzhou, je suis d’accord, mais pour Mars aller-retour, ça pose des problèmes éthiques : le cannibalisme est-il une option envisageable?
L’envoi d’un philosophe dans l’espace en fournira certainement la réponse.
surtout assaisoné de sauce Socrate au phyto-Platon.
Vu les restrictions bout-de-jouetaires l’idée d’envoyer le philosophe dans l’espace (au sens figuré) m’apparaît comme la seule option; lui fournir un astronef serait hors de nôtre capacité. Peut-être devrions-nous pousser nos recherches ver le scaphandre à propulsion? Ou encore le voyage astral?
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