Zepoulpe, 23/04/2007 [Mourir au Canada]

Le FAS a ceci de grand qu’il cultive la stupidité dans les petits gestes. Une photo, un croquis, un poème, une citation, une éruction, un commentaire, une action gluante, une éjaculation auriculaire… et quoi d’autre encore?

Curieusement, le FAS partage cette acceptation totale de la stupidité au quotidien avec la municipalité de Laval - « ma ville, mon avenir ». Ne vous y trompez pas : cette ressemblance n’est pas fortuite. Les penseurs du FAS, tapis sous des pseudonymes alimentaires, historiques, sexuels, faussement aristocratiques ou sous-marins, avaient prévu cette parenté et c’est avec nostalgie que la plupart réagissent à la simple évocation de ce nom …. Ahhhhhh Laval…

Ville de tous les excès, espèce de redlight district de la couronne nord, Laval a, la première, su déposséder les agriculteurs de leurs terres pour y construire des autoroutes et des Réno-Dépôts. Pionnière d’une nouvelle manière de concevoir l’urbanisme (suivant l’école de Pittsburgh dite “du déconcrissage”), la ville s’est vite donnée comme idéal de relier des petits villages par des centre-d’achats ou de fournir à ses citoyens l’opportunité de ne pas pouvoir ne pas avoir de voiture.

Les années ‘70 et ‘80 ont vu la ville de Laval être ridiculisée par les Montréalais qui, probablement occupés à choisir leur pain multi-grain et à trier leur lentilles, ne voyaient pas la beauté derrière les choix architecturaux douteux ou la prolifération des grandes surfaces. Et pourtant, l’Île-Jésus, qu’est-ce sinon justement que ces grands espaces, ces parkings infinis, ces bretelles d’autoroutes engorgées, ces développements de condos bon marché, ce même maire qui, depuis 1412, règne dans l’ombre d’un mourroir appelé la Cité de la Santé?

Les années 2000 ont vu Laval revamper son image et acquérir en coolitude ce qu’elle avait perdu en espaces verts. La plupart des historiens s’entendent pour dire que cette gentrification spontanée est attribuable à l’effet Fuzzy - cette boîte de nuit qu’on vient d’aussi loin que de Sainte-Thérèse pour se voir refuser l’entrée à. Le Fuzzy est devenu emblématique de la culture lavalloise, tellement que sont nés par la suite plusieurs clones : le Fluzi, le Fusil, le Fluffy, le Fuzzazzi, etc. Ce phénomène n’est d’ailleurs pas sans rappeler le cas des restaurants La Belle Province et toutes ses variantes : la Plus belle province, la Belle Pro’s, La vraiment plus belle province, la Province, BP, Le beau Québec, etc.

Laval est aussi devenue un tentaculaire bastion libéral qui vote rouge comme on tourne à droite sur les lumières du même nom. Un château-fort comme on en fait plus : insulaire, cerné à l’ouest par le Lac des deux Montagnes - cette réserve infinie de poissons au mercure et de pneus usagés - à l’est par Terrebonne et Charlemagne (c’est Céline !!!), au Nord par les Laurentides - ces fausses montagnes vraiment plates - au Sud par l’honnie ville métropolitaine de Mtl.

On pourrait dire bien des choses encore : Laval c’est aussi un palindrome, une destination chic pour ceux qui ne savent pas ce qu’est le goût, une place que tu peux bientôt aller en métro sauf si tu restes à St-Hyacinthe, un havre navrant de concentré de ce qui fait qu’une ville est laide et une campagne invivable, une chose hybride et monstrueuse qu’un oeil curieux ne peux s’empêcher de regarder, comme l’éclosion d’un oeuf de crocodile ou le visage de Brian Adams vu de près…

Laval c’est tout cela et peut-être une coupelle d’autres affaires encore, mais j’ai d’autres choses à faire, merde.

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