Mysterious, 05/06/2008 [In Stupidatis Veritas, Manger pour «vivre»]

Cool is class war?

Hier, j’ai été happé par la ville et n’ai pu écrire mon article quotidien sur le FAS. J’ai été faible, je sais, et, pour compenser, j’ai erré sous la pluie, buvant des bières, ici et là et en diverses compagnies, dans l’espoir qu’il m’arrive quelque chose que je puisse raconter sous la forme d’un cool is class war, mais en vain. La fin de la soirée m’a toutefois amené à vivre une expérience inquiétante qu’il me faut vous relater.

Scissiparité

Je suis rentré chez moi vers 2h00 AM, trempé par la pluie et légèrement ivre. C’est toujours dans ces moments-là que me vient l’envie de faire de la soupe. J’aime cuisiner la nuit. J’ai donc sorti patates, céleris, tomates, persil… et commencé à couper. Mon couteau coupe bien. Rhaa (un jeune homme plein de qualités) est passé l’autre jour chez moi et l’a aiguisé. Je coupais à toute allure en fredonnant des chansons de marins :

C’est de la faute aux fayots
Si on est mal sur les bateaux
Ah fayots fayots fayots
Tu nous fais gonfler la peau
Pas moyen de les digérer
Les petits pois
En France il faut espérer
Qu’on finira d’en bouffer
Des sales fayots

Mais – malheur ! – débordant d’enthousiasme et coupant comme un déchaîné, je confondis mon doigt avec une carotte. Argl! Il ne fut pas qu’entaillé ; il fut sectionné. J’hurlai de douleur, mais la terreur vint bientôt chasser ma souffrance. Le moignon de mon doigt cicatrisait à une vitesse stupéfiante et mon doigt, détaché de mon corps, s’animait, comme s’il pouvait vivre indépendamment de moi. Il grouillait sur la table et, à sa base, là où le couteau avait tranché, quelque chose poussait. Je vis bientôt apparaître deux jambes minuscules à l’extrémité du doigt, qui se mit à danser, puis, continuant de croître et de se métamorphoser, il prit peu à peu l’apparence d’un petit être de quelques dizaines de centimètres de haut, d’un nain malicieux imitant en tout point mon apparence : mon nez, mes yeux, ma bouche, mes splendides cheveux de bataille, mes mains, mes bras et mes jambes… Je redoutais d’être confronté à moi-même, mais, surtout, je me demandais comment ce double de moi avait pu prendre vie à partir de mon doigt mort. De nos jours, les jeunes s’émancipent tôt. La crise d’adolescence a souvent lieu dès la pré-maternelle. Mon double miniature me fixa dans les yeux et me dit : « Mysterious, je ne veux pas partager ton quotidien et je ne crois pas que tu sois un modèle à suivre. Je m’éduquerai seul, loin de toi et des hommes. J’irai vivre sur le continent de plastique. » et il partit.

J’allai donc me coucher et, avant de m’endormir, me vint, claire comme une larme au coin de ton œil, l’explication de ces événements. Je me rappelai ce qui devait être à leur source, une expérience passée qui avait peut-être fait de moi un être mutant, que l’on peut découper, mais qui s’autoregénère, une entité peut-être immortelle, à la fois belle et redoutable : imaginons que l’on me découpe en mille morceaux et que le monde soit envahi par mille Mysterious ! Bref, je me rappelai : les lombrics frits dans l’huile.

Recette

C’était il y a quelques années. Nous faisions la fête sous un pont. Il pleuvait à siau. Des vers de terre sortaient du sol par dizaine pour ne pas mourir noyés. Ils s’allongeaient sur une terre maculée de fiente de pigeons et imbibée d’huile à moteur, de litres de bière, de pisse d’ivrogne et, sans doute, du sang des générations de jeunes marginaux qui s’étaient battus sous ce pont pour conserver le contrôle de ce lieu magique. Je ne sais pu qui eut l’idée, mais nous décidâmes de manger ces vers de terre. On se disait que la consommation de lombrics était un excellent moyen de mettre un terme à la faim dans le monde. On en trouvait partout. Ils étaient longs, ils étaient doux. Nous allâmes donc chez l’affreux Lapine, coupâmes les extrémités des vers, en retirâmes grossièrement la terre qu’ils contenaient et les jetâmes dans une poêle, avec de l’huile et un peu d’ail, et nous les mangeâmes. C’était croustillant, un peu comme des chips avec quelques grains de terre dedans. Mais ces lombrics étaient nés et avaient grandi dans une terre souillée. Les consommer avait fait de moi un homme nouveau. C’est difficile à dire, mais je dois l’assumer : je suis lombric-man.

Commentaires:

  • Commentaire par akhbar, 06/06/2008:
  • Aujourd’hui n’est-il pas plutôt hier, mais demain; car hier, c’est aujourd’hui ?

  • Commentaire par Mysterious, 06/06/2008:
  • Et non, cher Akhbar, puisqu’hier n’était point aujourd’hui, mais qu’aujourd’hui est hier (et réciproquement).

  • Commentaire par Luc Thaï, 06/06/2008:
  • Aujourd’hui c’est mieux qu’hier, c’est pas encore la guerre.

  • Commentaire par Joseph, 06/06/2008:
  • comme on dit, Man, tu m’écoeures !

  • Commentaire par Mysterious, 06/06/2008:
  • C’est un de mes supers pouvoirs.

  • Commentaire par Rhaa, 06/06/2008:
  • aujourd’hui sera hier demain, et demain, l’aujourd’hui sera hier. l’aujourd’hui d’aujourd’hui; c’est hier et le demain d’aujourd’hui sera aujourd’hui, mais hier.
    le hier de l’aujourd’hui d’aujourd’hui c’est avant-hier. le demain de l’aujourd’hui de demain, c’est demain.

  • Commentaire par Amygdale, 06/06/2008:
  • Pour serrer les coudes aujourd’hui, il faut s’y prendre à deux mains.

  • Commentaire par poufiasse, 11/06/2008:
  • L’autre j’ai vu un gars avec un t-shirt qui disait:
    Slackers of the world unite !
    Tomorrow!

  • Commentaire par Al_Akhim, 25/06/2008:
  • Demain, ça se dit ben
    Aujourd’hui c’est déjà fini
    Hier ya pu rien à faire
    Fac aussi ben faire c’qu’on peut faire
    Quand on peut l’faire

    Merci Plume pour tant de sagesse

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