Amygdale, 04/01/2008 [Cool is Class War]

Hier je suis débarqué à Berri pour me rendre au gym

de l’UQAM. Il fallait que je reprenne mon entraînement,

après deux semaines de léthargie pure et de débauche

systématique. Or, l’UQAM, d’ordinaire véritable passoire,

est pour les fêtes entièrement barricadée: je dois donc

passer par le couloir menant sur Maisonneuve. D’habitude,

il y a cette éternelle babouchka en chaise roulante

qui vous regarde à peine de son regard à moitié amer, à

moitié ahuri. Mais elle est pas là, elle doit se payer un

massage de pieds avec sa cagnotte de Noël. À la place, il y

a un type qui joue du violoncelle. Ça tue le violoncelle.

Moi, ça m’arrache des pensées sur la fin du monde, et

c’est d’autant plus vrai que ces musiciens de métro on le

don de jouer l’accord pathétique jusqu’à la corde, comme

s’ils étaient chaque seconde au seuil de l’existence, ces

bâtards. Le tout ajouté à la résonnance caverneuse du

couloir, on a l’impression d’être soi-même la dernière

goutte de sang dans l’aorte du Grand Léviathan.

Je sors et je me retrouve au coin St-Denis/Maisonneuve,

flanqué d’un mendiant pour le compte du journal

Ittinéraire et d’un autre à son propre compte : ils se

rabattent mutuellement la clientèle rébarbative l’un sur

l’autre. Pour peu, ils feraient comme les représentants de

Rogers, soit la technique du triangle équilatéral: un gars

de chaque côté en goulot d’étranglement, et si tu réussi

à te faufiler entre les deux, tu tombes direct sur la fille


blonde à gros seins qui te propose ses bébelles gratis. La

navigation urbaine, toute une affaire.

Bref, ce coin-là est comme vampirisé par le froid, vitrifié

dans une période de l’année où seuls ceux qui sont

obligés de travailler existent. L’UQAM vue de l’extérieur.

Le pavillon de design : « le design rend-il heureux? Si oui,

combien de temps? » Puis le CLSC, avec deux ou trois

junkies qui fument des clopes. Je pense à cette fille, S.,

qui à Noël m’a dit, complètement poudrée et la larme

à l’oeil, qu’elle avait pas l’argent pour payer son loyer

et allait être obligée de faire la rue. Tu parles. Enfin, le

pavillon des sports, ça sent la sueur à plein nez, mais on

est comme chez soi ici (je suis un habitué). Je me change

et file au gym, où je retrouve des visages familiers. Deux

minutes plus tard, je suis content de forcer sur une barre

en écoutant of Montreal.

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