Mes contributions aux annales du FAS se sont faites plutôt rares ces derniers temps. Ma catégorie préférée étant autobiographique, j’avais presque l’impression qu’il ne se passait plus rien dans ma vie. Qu’est il arrivé des sorties, des spectacles, des partys de poudre chez des invités inconnus?
J’sais pas trop. Cet été j’ai rencontré une fille, E* Elle est vraiment plus cool que tous les partys. Alors je m’en occuppe. Elle aime bien connaître tout le monde, alors je marche un peu sur des oeufs. C’est facile parler des ses mésaventures avec des inconnues auxquelles on ne repensera jamais à part comme à un livre qu’on a lu à un moment donné. C’est plus difficile de garder le petit ton détaché, ironique, et d’autodérision, quand tu parles d’une fille qui change ta vie et que tu sais qu’elle sera au courant. Elle est belle, elle est bizarre, elle fait des rituels chamaniques avec du styrofoam bleu et du vinyle autocollant. Elle a tatoué des pictogrammes magiques sous ma peau pour me capturer. J’était tellement heureux d’avoir enfin trouvé ma fille en art, qui est complètement folle mais pas du tout conne, j’ai cru que ma vie était un monde magique et j’ai crissé ma job là.
Maintenant, j’ai plein temps à perdre. Je veux plus travailler à tout ce que je faisais avant. Je veux changer de vie. Je veux être moi. Ça doit me plonger dans un questionnement qui fait peur parce que E* est étrange dernièrement. Son regard passe directement à travers moi. J’arrive plus à l’attirer avec mes rayons. Elle m’a dit qu’elle devait travailler, qu’elle était préoccuppée. Je lui ai dit à la blague, tu me rappelleras quand tu auras fini, pour ne pas avoir l’air trop accroché. Ça fait une semaine que j’ai pas de nouvelles et que je pense à elle à tous les jours.
Dans mon rêve, je lui dis qu’elle est la femme de ma vie. Elle me dit:
—J’ai besoin d’intensité. J’ai peur du quotidien.
—Mais, je milite pour un quotidien délirant…
—Probable, mais dégage.»
J’ai peur. Je ne veux pas retourner avec le lumpenprolétariat.
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