Zepoulpe, 02/11/2008 [Cool is Class War]

L’autre jour, j’ai commencé à prendre des antibiotiques pour une infection hypothétique. La docteure - une jeune femme de même pas 30 ans assez cute mais sexuellement drabbe - m’a dit que mes douleurs étaient probablement causées par une infection, mais qu’il n’y avait aucun moyen de le savoir. Pour traiter le problème, on allait utiliser une technique chère aux théologiens scolastiques du XIIIe : prouver l’existence de quelque chose par l’impossibilité de sa non-existence.

- Si les antibiotiques marchent, c’est que vous souffrez bien de ça.

J’avais comme l’impression d’être entre les mains d’un aveugle qui cherche son deuxième bas noir dans son panier à linge sale pendant une panne d’électricité. Mais bon, qui suis-je devant la science moderne?

J’allais quitter le bureau quand la doctoresse – celle à qui il va bien falloir que je montre ma gueraine un jour puisque elle est mon médecin de famille – s’est retournée le visage vers moi et m’a dit :

- Ah oui, une dernière chose : pas du tout d’alcool durant le traitement.

- « Pas du tout » dans quel sens?

- Est-ce qu’il y a vraiment plusieurs sens?

- Bien sûr ! Il y a « pas du tout » dans le sens de ça nuit vraiment au traitement, mais tout le monde est libre de faire ce qu’il veut à cause de la constitution; il y a aussi « pas du tout » dans le sens de ta maman te fait dire que c’est mieux pas; et il y a aussi « si tu prends une goutte, tu meurs par desquamation. »

- Ça serait plus proche du 3e.

- Shit.

Le problème, c’est que l’Halloween approche et que c’est de loin la période de l’année où les partys sont les plus cool (et nombreux). À Noël ou au Jour de l’an, les gens sont souvent dans leurs familles ou partis à l’étranger. Par contre, fin octobre, les étudiants sont en mi-session, les travailleurs sont gris-vert et le temps n’est pas idéal pour un tour de la Gaspésie sur le pouce. En plus, la fête des morts était l’unique prétexte dont les filles avaient besoin pour assumer pleinement leur déguisement de tiret-pute : pirate tiret pute, vampire tiret pute, princesse tiret pute, docteur tiret pute, etc. Ça donne droit à un spectacle inspirant de chair et de sang.

Well, que je me dis. Je fumerai des joints ou je boirai des red-bulls pour le frisson.

Le party en question est Le party du boucher™ et se déroule chez A* (qui a déjà fait l’objet d’une mini-biographie dans ses pages. Voir ici). Normalement, c’est relax, il y a environ entre 300 et 400 personnes et la police n’ose plus intervenir par peur d’un putsch. C’est sur 3 appartes, séparés selon le type de drogue prise par la majorité : pot (en bas), speed et extasy (au milieu) et quelque chose d’autre de très bizarre (en haut). Évidemment, le milieu est le plus dansant et l’apparte du bas, celui où il se dit le plus de choses du genre « heille dude, est-ce que t’a vu l’autel en l’honneur du décès de Ricky Martin? »

Bon, donc on arrive vers 23h. Il n’y presque personne – même pas 150 - et la musique arrache vaguement la tapisserie. Je n’ai pas bu du tout pendant le souper qu’on a eu chez des amis. Par contre, eux se sont savamment et avec un très beau sens du devoir pinté dans ma face au vin rouge/gin tonic. Je suis un peu edgy à cause des 6 ou 7 red-bulls que je me suis claqués (il m’en reste 4 autres) et mon déguisement de cow-boy/redneck/zombie ne parvient pas à masquer mon irritabilité.

En plus, contrairement à d’habitude, on dirait que j’agis comme un super-magnet pour toutes ses âmes esseulées : tout le monde vient me voir, on veut me parler, me toucher, m’embrasser (malgré mon maquillage qui coule); les inconnus demandent à d’autres inconnus qui je suis, on semble me connaître par réputation (!), on veut comprendre tout cette énergie bouillante que je dégage (j’ai beau dire que c’est le red-bull, mais on veut en savoir plus). Bref, on fait la queue pour me proposer du feu.

En plus, tout le monde me propose du scotch de 45 ans, du vin de glace de Sibérie, de la vodka de bison au nom imprononçable, un verre de Château Margaux 1961 « un vin bâti pour l’éternité »; de la coke qui vient directement du pusher des stars, de l’extasy pure, du haschisch libanais, de l’opium afghan, des speeds qui te donnent le goût de toutte, des cigares Diplomatico # 5, du mush des Îles-de-la-Madeleine…

J’ai comme les dents serrées et je me contente de branler la tête sur le rythme de « La poupée qui fait non ». Les filles sont de plus en plus saoules et me confient leurs derniers coups de cœur et leurs derniers coups de bite. J’ai désormais les dents full serrées et je hoche la tête sur le rythme de « Si j’avais un marteau ». J’ai presque fini mon dernier red-bull et il n’est même pas 1h. Les gens dansent en faisant des gestes obscènes, rien de bien nouveau quand t’as pas bu du tout.

Soudain, mon regard croise les yeux d’une fille déguisée en infirmière tiret pute. Elle a des porte-jarretelles apparents, des seins partout devant elle et un sourire de Mona Lisa tiret pute. En regardant mieux, je me dis que cette nurse en manque me dit quelque chose. Mais il y a tellement de monde que je pense reconnaître que ça veut rien dire. Déjà j’ai vu le gars de la quincaillerie qui m’a dit s’appelé Le-gars-de-la-quincaillerie (sic), la serveuse du Billy Kun, le criss de cycliste frisé blond à pédales à clip, le chien de ma voisine et le cassier heureux d’être content de chez Canadian Tailleur… Mais en regardant bien, mon cœur s’arrête entre deux battements, juste le temps pour lui de dire « what the f ?!? » : ben oui, c’est ma docteure !! Elle est plus bourrée que Bourriquet (tiret pute) et compte tenu de sa coordination, je ne lui demanderais pas de m’enlever une écharde ou de procéder à ma vasectomie.

Je m’approche d’elle et j’enlève mon masque. 2 minutes 30 plus tard, elle me reconnait et me dit en lettres attachées :

- Monsieur R* ! Est-ce que vous avez respecté la consigne?

- Oui, je suis au red-bull (geste du doigt).

- Vous ne devriez pas, c’est bien pire que l’alcool avec vos antibiotiques.

- Oups.

- C’est correct. Juste à pas le dire à votre docteure…

- Bouche cousue.

Je suis rentré chez moi les dents serrées par la caféine en comptant les étoiles du ciel… deux fois.

Commentaires:

  • Commentaire par Amygdale, 02/11/2008:
  • Moi aussi, j’ai déjà remarqué que les gens sont plus cordials quand on est à jeun dans un party. Est-ce que c’est
    a) une illusion due au fait qu’on pense que personne ne nous aime quand on est saoul;
    b) une illusion due au fait qu’on pense que tout le monde nous aime quand on est à jeun;
    c) parce qu’on a l’air moins con que la moyenne, étant à jeun, ce qui pousse les autres à nous faire confiance;
    d) parce qu’on est effectivement moins con que la moyenne, et que les autres le savent, et qu’ils viennent nous entretenir pour se déculpabiliser
    e) toutes ces réponses.

  • Commentaire par Zepoulpe, 02/11/2008:
  • Moi, c’est tout simplement parce que je suis moi.

    - Julia Kristeva

  • Commentaire par rah, 02/11/2008:
  • moi les inconnues me sourient depuis que j’ai perdu ma job.

  • Commentaire par M. le Ministre, 02/11/2008:
  • Depuis que j’ai perdu ma femme, l’avenir me sourit.

  • Commentaire par akhbar, 02/11/2008:
  • j’avais choisi pute tiret pute cette année pis finalement j’étais pas mal overdressed pour la soirée.
    zut.
    l’an prochain ce sera chienne tiret brosse-à-dent.

  • Commentaire par touche-toi, 03/11/2008:
  • Rha, c’est parce que tu dégages une irrésistible odeur de tonki…et les chômeurs, c’est sexy.

  • Commentaire par Poufiasse, 03/11/2008:
  • Ca me rappelle ce haiku célèbre:

    Poulpe mysogine,
    féminité, halloween,
    tiret-putissime.

  • Commentaire par Mysterious, 03/11/2008:
  • Avez-vous essayé FAS-rencontres?

  • Commentaire par Poufiasse, 03/11/2008:
  • trop cher.

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