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Les annales du FAS

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Zepoulpe, 26 août 2008
Enregistré dans :Cool is class war

Plus je vieillis, j’ai noté, plus les jeunes prennent de l’âge. Bientôt, les jeunes auront 44 ans. Mais c’est de même la vie me dira-t-on : une foule d’affaires que tu sais pas pourquoi c’est de même. Comme par exemple pourquoi j’ai l’impression que tous les gens qui vont en Antarctique sont terriblement mal dans leur peau?

L’autre jour, S* et D* sont venus fêter quelque chose chez moi, la vie, l’amour ou que sais-je encore; bref, un de ces thèmes interdits dans les triviales poésies. Nous avions plutôt bien picolé, moi plus que les autres parce que je me respecte davantage, et en sortant le lendemain matin de ce soir-là, j’aurais préféré que le soleil call malade avec ses rayons qui me brûlaient les yeux. Les voitures faisaient, me semblait-il, un boucan de tous les enfers et un voisin, probablement heureux d’être content, jouait de la scie à métal comme pour se venger du silence.

Je m’étais réveillé avec une seule idée en tête : concocter une sauce à spagatte gi-gan-tes-que, avec des saucisses italiennes fortes, des champignons et des herbes fraîches. J’avais mis mes lunettes de soleil les plus foncées (celles avec lesquelles je regarde les éclipses et m’adonne parfois à la soudure décorative) et j’avançais pour ainsi dire à l’aveuglette, tâtant du pied le bout des trottoirs, histoire de ne pas me planter.

Les portes de l’épicerie se sont ouvertes automatiquement et j’ai pris un panier rouge avec le plus de désinvolture possible. Il y avait une machine à café qui pissait un genre de liquide brun-tiède et comme c’était gratos, je m’en suis servi un délicieux gobelet. Après une première gorgée difficile - après laquelle je me suis vomi une petite giclée amère dans la bouche que j’ai ravalée prestement - je me suis dirigé vers le département des viandes, mon endroit favori.

Du coin de l’œil, en haut à gauche de mes lunettes, j’ai aperçu comme du mouvement. En me retournant, j’ai vu le boucher, un petit trapu vêtu comme il se doit d’une serviette sanitaire usagée, un wrapper de 11 ans et demi et quelque chose comme un gérant (les seuls qui dans une épicerie sont habillés pour aller à des funérailles) qui s’approchaient de moi. Il se plantèrent à une distance réglementaire et le gérant s’adressa à moi :

- Monsieur, on pensait vous avoir bien spécifié de ne plus remettre les pieds ici.

Il y a eu comme un flottement pendant lequel je me suis demandé si c’était à moi qu’ils parlaient. Je me suis retourné pour voir, mais le steak haché dormait mi-maigrement derrière moi.

- Euh… Est-ce que je peux savoir c’était pourquoi déjà?

Le gérant a regardé le boucher qui a regardé le wrapper qui s’est regardé un bouton en train d’éclore.

- Monsieur R*, vous savez très bien pourquoi la direction a dû en venir à cette mesure. Votre comportement d’hier était inaceptable.

Merde, ils savaient même mon nom ! J’essayai de me rémémorer ma journée d’hier : lever, café, travail, branlette, dîner, branlette, travail, Facebook, souper, branlette. Rien de vraiment compromettant pour un gérant d’épicerie. Je me rappelle même plus être venu à leur ostie d’épicerie !

- Je pense que vous avez la mauvaise personne. Je ne suis même pas venu ici hier.

- Ah non? Et comment expliquez-vous ceci?

Il me tendit une feuille avec trois photos tirées d’une caméra de surveillance. Dans la première, on me voyait en train de lancer des cannes de conserve aux clients, dans la deuxième je semblais être en train de pisser dans l’aquarium des homards et dans la troisième, on me sortait manu militari de l’environ grâce aux concours de flics appelés en renfort.

Je me suis gratté la tête. Comment j’avais pu oublier cet événement? M’étais-je à ce point pinté?

- J’ai juste besoin d’une couple d’affaires, me laissez-vous 2 minutes?

- C’est hors de question. On vous demanderait de sortir immédiatement.

J’ai regardé les trois hommes, j’ai soupesé mes chances de leur en câlisser une (chances que j’estimais à “pas très bonnes”), puis je déposai mon panier rouge et décidai de me laisser guider vers la sortie, devant le regard apeuré de 8 caissières et de 7 homards.

Rendu dehors, je me suis dit : fuck, c’est plate d’être barré de l’épicerie la plus proche de chez vous. Puis j’ai repris ma marche vers l’avenue du M*-R* pour aller à l’autre épicerie (celle où j’espérais n’avoir pas été hier). Rendu devant chez les 4 F*, je vis le caissier, un grand baraqué avec un problème de boucles d’oreille, qui me regardait en secouant la tête. Lorsque je vins pour passer la porte, il sortit un batte de baseball de sous le comptoir et me cria :

- Toé mon osti, tu remets pu jamais les pieds icitte !

Je soupesai rapidement mes chances de lui en câlisser une (chances que j’estimais à “hasardeusement mauvaises”) et je décidai de quitter l’environ, toujours vêtu de ma dentition. Rendu dehors, je me suis dit : fuck, c’est poche d’être barré de la deuxième épicerie la plus proche de chez vous.

Je décidai de me rabattre sur la fruiterie Chez R* pour trouver de quoi faire ma délicieuse sauce à spag. Rendu devant la porte, j’observai la caissière que je connais assez bien (une certaine M* qui a l’accent de Saint-Eustache). Elle était en train de servir un client, j’ai donc hésité, puis j’ai décidé de pousser la porte. Quand la petite criss de cloche accrochée à la porte a fait cling-cling, M* (la caissière à l’accent aïgu) s’est retournée et le temps s’est mis à se dilater et M* s’est mise à crier tout en plongeant sous son comptoir :

- ALERTEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE…

J’ai figé ben raide. Au loin, en haut à droite de mes lunettes, j’ai vu le fameux R* sortir du backstore muni d’un 12-pompe à gros sel qu’il brandissait à la recherche d’une cible. Je soupesai rapidement mes chances de lui en câlisser une (chances que j’estimais à “asymptotiquement nulles”), je pris mes jambes à mon cou et repartis en catastrophe au grand galop vers chez moi. Devant chez moi, j’ai vu mon propriétaire avec deux gros gars qui sortaient mes meubles en les lançant dans un container et ma blonde qui cassait chacun de mes disques avec application. À la gueule qu’ils avaient, j’ai décidé de continuer mon chemin.

Parfois, ça suce vraiment d’être un sociopathe alcoolique.

6 commentaires »

  1. Faut-il distinguer cours du temps et flèche du temps ?

    Commentaire par Poufiasse — 26 août 2008 @ 20h32

  2. Bande le fil du temps de ton arc, man.

    Commentaire par Mysterious — 27 août 2008 @ 9h25

  3. Distingué, vous dites ?

    Commentaire par Poufiasse — 27 août 2008 @ 12h19

  4. Bien que je sois un brin outré que les gens n’aient plus le sens du sacré devant la sauce à spag, j’ai quand même une pensée pour ces pauvres homards.

    Commentaire par Amygdale — 27 août 2008 @ 16h23

  5. Je ne te croyais pas du genre à s’offusquer de se faire pisser dans face avant de se faire ébouillanter vivant.

    Commentaire par Poufiasse — 27 août 2008 @ 21h06

  6. Amygdale = anarcho-primitiviste.

    Commentaire par Mysterious — 27 août 2008 @ 21h54

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