Chroniques de la stupidité en Région
no 3 : Passer à l’action: représenter le peuple
Voici déjà plusieurs mois, voir des années que je suis en mission en Région. Du fond de mon exil, le souvenir de la métropole s’embrume, je perd mes derniers repères. Je tente à tout prix de me rappeler l’odeur de l’entrée du métro Papineau à 1h12, mais je n’y arrive plus, et les larmes montent en moi. Au départ j’étais partie à l’aventure en Région, jeune naïve, pensant que j’en ferai le tour assez vite et que je reviendrai manger des bagels St-Viateur d’ici peu, mais voilà que le temps passe et que je n’ai même pas commencé à entrevoir le début de la fin du tour de la question.
Je crois que je suis prise du syndrôme de Stockholm. J’aime de plus en plus celui qui me tient en cage. Comment pourrais-je désormais laisser mon IGA local dont je connais maintenant les moindres racoins ? Comment penser ne plus visiter mon Irving ? Les mois passant l’objet d’étude a perdu de sa distance pour rattraper la chercheuse. La stupidité en Région n’est-elle pas finalement en moi-même ? Est-ce simplement un effet de mirroir ou me suis fait phagocyter ?
Manifeste apogée de mon intégration: je porte aujoud’hui en mon sien l’enfant d’un X. Oui, il naîtra criant « Liberté», poing levé, prêt au combat.
Puis, récemment je me suis dit que j’étais finalement peut-être la mieux placée pour représenter le peuple dans les plus hautes instances décisionnelles du pays. Pourquoi ne pas me servir de mon impressionnante expérience d’intégration réussie pour être un symbole. Trop habitué à leur quotidien, les indigènes locaux ne sentent plus la flamme, ne voient plus ce qui les distingue. Moi, nouvellement assimilée, je sais !
Alors me voilà lancée dans la grande aventure d’une campagne électorale, dans la circonscription où je réside en Chaudière-Appalaches. Ne reculant devant rien, je décidai de rendre concret le A de FAS.
Première étape: ammasser 100 signatures de citoyens qui acceptent ma candidature dans leur circonscription. Jusque là, étape facile. Ne me connaissant pas, tout le monde acceptait de signer sans poser de question, se disant que de toutes façons je n’avais aucune chance. Ah ! Ils ne se doutaient pas de la véritable machine électorale qu’ils avaient devant eux ! L’histoire leur montrerait qu’ils avaient tort.
Deuxième étape: la première réunion au Bureau du directeur des élections en compagnie de 6 autres candidates, ou plutôt en compagnie des directeurs de campagne des 2 principales candidates, de la secrétaire-épouse et génitrice du troisième et des fantômes des autres. Qu’est-ce que je fous là moi déjà ? Je n’ai ni équipe de bénévoles, ni agente de relation de presse, ni directeur de campagne, ni petites machines électroniques qui sonnent pour dire aux autres que j’ai plein de rendez-vous, etc… On me remet 2 boîtes pleines de formulaires inutiles en 4 exemplaires, de listes électorales des résidents permaments en établissements pour retraités semi-autonomes, etc… Ça y est, ils vont réussir à m’avoir, je me sens inférieure, sans aucune chance de vaincre. Qui est le plus stupide d’entre nous ? Eux ? Non c’est moi ! FAS vaincra ! Je continue !
Troisième étape, les différents débats: tous plus merveilleux les uns que les autres. On assiste à un cirque incroyable. L’agent de liaison de la ministre pressentie pour la Région fait des esclandres parce que Mme Z ne prend pas de glaçons dans son verre d’eau, l’autre madame Y tente de faire le plus de sourires individualisés à la seconde parce qu’elle sait que chaque sourire = un vote. Et le candidat X ( il est lui-même un X, mais qui roule en Mercedes ) répète ad nauseam qu’il sait relever des défis, qu’on peut lui faire confiance, pour prendre les dossiers de front…
De plus ma campagne fut ponctuée de visites enrichissantes dans des cafétéria d’hôpital pour aller rencontrer la classe moyenne, de téléphones haineux de la part de concitoyens chaleureux, de conférences de presse sérieuses, etc…
Finalement, dans le dernier droit, sentant l’herbe me glisser sous les pieds, voyant les sondages et me rendant compte que le FAS avaient toujours plus de forces dans l’ombre que dans la lumière, je décidai d’appeler mes centaines de militants à se rallier au candidat local de l’ADQ ( Monsieur X, je-sais-relever-des-défis) qui dans le fond représenterait le FAS bien mieux que personne à l’Assemblée nationale.
Résultat: triomphe de Monsieur X à plus de 41 % des voix ! Et grâce à qui ? À nous ! Soyons fiers, nous avons triomphé !
Nous sommes la franc-maçonnerie du 21e siècle, une société secrète sous-terraine qui contrôle tout…
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