Vous êtes peut-être familiers avec la distinction entre «apprivoisable» et «domesticable». Est apprivoisable ce dont on peut se faire un ami. Est domesticable ce qu’on peut maintenir en captivité, tout en y assurant la génération. Grâce à ces deux catégories, on peut classer chaque animal selon qu’il est, ou non, apprivoisable ou domesticable. Or, si vous vous adonnez à ce classement, vous découvrirez que la case «non-apprivoisable et non-domesticable» se retrouve vide, étant donné qu’il n’y a en principe rien dont on ne puisse, sinon s’en faire un ami, du moins faire l’élevage. Par exemple, les autruches. Comme c’est dommage. Il n’y a plus de terreur, et sans la terreur, plus de sublime. Partons à la recherche de l’élément disjonctif, irréductiblement hostile et sauvage. Ne dites pas : «c’est romantique», car cette fois, nous avons la science et nous avons le savoir-faire. Cette fois, nous savons que c’est stupide. Cette fois, nous vaincrons.
je n’ai pas actionné la chasse d’eau depuis plusieurs jours. ça sent encore très bon. il y a comme une vapeur humaine, dans l’air. c’était l’Halloween et j’ai mis une citrouille dans ma salle de bain, elle me regardait avec l’air de dire que j’étais étrange, mais elle ne me trouvait pas étrange du tout, elle ne me trouvait rien d’étrange. oui je dis elle me regardait et non pas me regarde parce que c’est le soir des vidanges, elle est actuellement dans un sac vert, sur le bord du trottoir, elle se colle la peau de citrouille contre la peau de citrouille de son frère citrouille, né du couteau de coco acto, au même moment, la nuit de l’avant- avant veille. il y avait un film d’horreur à la télévision quand ils sont nés. ils ont froid dans le sac, ils attendent le petit matin, d’être ramassé par la charrue électrique. ils ne comprennent pas pourquoi la vie, la mort. ils ont un air horrifié, sans raison aucune, ils sont nés avec cette exclamation d’horreur au visage, la joue creusée, le nez crochu, la nature n’a pas été clémente avec eux. ils ne comprennent même pas ce que c’est que la beauté. la laideur, ils ne savent même pas qu’elle est laide. l’odeur de ma salle de bain, elle ne savait même pas que ça sentait bon l’humain, alors que ça aurait pu être pire, vu que je n’ai pas actionné la chasse d’eau depuis plusieurs jours. elle n’aurait pas fait la différence, elle aurait juste pensé que ça sent quelque chose, c’est déjà quelque chose, en soit.
En règle générale, plus les animaux sont grands, peu vulnérables, bien protégés, ou même venimeux, plus ils peuvent s’exposer à de longues parades… L’homme est une exception, qui consacre une part non négligeable de son temps à ses relations amoureuses. Favorisés par une réceptivité féminine qui sort de l’ordinaire et par la prodigalité, même relative, des attributs mâles tant que femelles, le comportement humain offre de nombreuses originalités incitatrices.
- Jacques Legrand, Histoires insolites de la reproduction, p. 102, 1991
Très-beau et très-exquis hameau sis
Au coude d’un fleuve hyperboréen
Le soir compte ses âmes aussi
Car dans ses fonds dédaléens
Une jeune ondine, ou un blondin
De passion anodine, de jeux mondains
Y coule à pic, à se débattre
Dans un lit noir où l’on ne va point s’ébattre
On tente en vain de les rescaper
Pour en faire des effigies priapées
Dans le fleuve Amour, toutefois
L’on ne se baigne jamais deux fois
Faisant irruption dans cette contrée
Je vis sur la rive une dame accroupie
Et il me fût impossible de contrer
Ma bête fauve jusqu’alors assoupie
Dame ! Voyez que ma toison
N’a rien à envier à celle du bison
Ardente et chaude est ma force
Comme la flamme hirsute de mon torse
Mais la dame se détourna de son sigisbée
Alors y complaire, je dus incontinent entonner
Ce refrain :
« Je suis le roi du toc
Et mes poèmes
Sont des reines de village »
J’ai un chat dans la gorge ; il n’est pas dégriffé. Je tousse et je crache en vain : impossible de l’expulser. Il fait ses griffes sur les parois de mon larynx. Ses miaulements résonnent dans mes poumons. Ce n’est pas très agréable.
J’ai consulté un vétérinaire. Il existe des sirops qui pourraient m’aider à déloger l’indésirable matou. Pris à raison d’une cuillerée à soupe aux quatre heures, ils devraient lentement faire fondre ses poils et sa chair afin que je parvienne à l’expulser hors de mes voies respiratoires, mais voilà qui suscite chez moi des questions d’ordre moral : éliminer le chat pour sauver ma gorge ou vivre tant bien que mal en symbiose avec lui, qui ne demande qu’à fuir, qui se demande bien ce qu’il fait là, mais qui ne parvient pas à sortir ? Pourrais-je l’apprivoiser à grands coups de verres de lait afin qu’il se mette à ronronner, suivant le rythme des battements de mon coeur, plutôt que de continuer à lacérer mes voies respiratoires ? J’hésite. Je respire mal et mange difficilement. Des miaous sortent de ma bouche quand j’essaie de parler renouvellement de la gauche ou triviale poésie. Ça ne fait pas sérieux. Dois-je me sacrifier pour sauver ce matou ? Ou puis-je éviter le sacrifice pour retrouver, grâce à lui, ma vraie nature sauvage, rugir comme le tigre, pisser dans les coins, être fauve ? Ce matin, au réveil, j’ai trouvé la queue d’une souris à côté du lit. Je me suis léché les lèvres, j’ai remué l’oreille et je me suis étiré, avant de commencer ma journée.
Naviguant prudemment entre Charybde et Scylla
Non pas d’Illion, mais du Continent de Plastique
Un noir ketch s’en remet aux jeux du hasard :
À bâbord, monts de déchets verts, jaunes et lilas
À tribord, le fetch bleu d’un ennui narcotique
Sont lentement ballottés par une houle bizarre
Soufflent soudain sur l’étendue polychrome
Des Nuées qui te poussent dans le maëlstrom
Enfin, chicaner la bise, prise au cacatois
Que ta goélette ne brise, il n’en tient qu’à toi
Plongeant au creux de la vague, de refaire surface
Abattant une à une ces phalanges pugnaces
Mais, pendant un faux instant de quiétude
Une Euphorie contenue, vampirise ses soeurs
Puis, gorgée et ivre de leur sang écarlate
S’abat, sur ton navire, une vague scélérate
Immense, terrible, comme de l’océan la rancoeur
Le broyant en copeaux de sa vaste amplitude
Si tu vois, au loin, la traînée des milles chevreaux
Qu’accompagne la chevelure du Grand Léviathan
Fuyant à l’horizon dans leurs blancs sépulcraux
C’est que, surgit d’une fissure, prendre son rare ahan
Il dédaigna ta vie, laissée aux flots lisses
Qui suivent sa houppe, lui reparti dans l’abysse
Je passe le balais dans la cuisine et je n’arrive pas à faire décoller de par terre un espèce de vieux bout de fromage moisi, je le gratte du pied gauche, du pied droit, avec un couteau, avec mon doigt, mes ongles, je le gratte avec mes dents, il reste collé, il ne se désagrège même pas, il est plus solide que du bois. Je me met à frotter comme un dingue, je suis obsédé par ce bout de fromage moisi, il est mal odorant, il me fera honte, mes invités croiront que je suis quelqu’un de sale, de très sale, de méchant, de pourris. Du fromage moisi, plein de champignons microscopiques qui grimpent, qui se multiplient, qui se trultiplient, qui se centrultiple même, qui se regroupent et forment une armée de bactéries vicieuses, mangeuses de chaire, avide de cellules fraîches. Les jours passent, l’air s’oxyde, se monoxyde, se cyanurise presque; c’en est effroyable… l’odeur est telle que je fais mes boîtes, encore plus de boîtes, plus et plus et plus de boîtes, j’empoigne ma peluche, mon pyjama, mes 3 brosses à dents, ma collection de lunettes de lecture, mon jeux de parchesi, non pas mon jeux de parchesi, mon jeux de scrabble, non pas le scrabble, le monopoly ? au diable le monopoly, je suis mauvais perdant. un simple jeux de carte, oui j’empoigne un simple jeux de carte, ma perruque colombienne, ma truite de corail domestique, j’ouvre le réfrigérateur, j’y prends mes capsules de thé des bois, mon herbe à poux, dans le placard, mon balais cheval, ma cape du roi, mon chapeau de vicking, je laisse à regret le trident du diable et dans une grande valise à roulette, la poignée movible en moins, je fourre le tout, avec beaucoup de plaisir, mais aussi un peu de douleur… oui car je songe à cet endroit que je quitterai pour toujours… mais au fond qu’est-ce que je raconte, cet endroit sordide, puant, plein de putes, de drogués, de smicards, de cafards, et aussi puant qu’une toilette turque sous le soleil de juillet, je quitte heureux, victorieux, le regard plein d’avenir, enfin libre.
Anarcho-primitivism is an anarchist critique of the origins and progress of civilization. According to anarcho-primitivism, the shift from hunter-gatherer to agricultural subsistence gave rise to social stratification, coercion, and alienation. Anarcho-primitivists advocate a return to non-”civilized” ways of life through deindustrialisation, abolition of division of labour or specialization, and abandonment of technology. There are other non-anarchist forms of primitivism, and not all primitivists point to the same phenomenon as the source of modern, civilized problems.
Many traditional anarchists reject the critique of civilization, many even deny that anarcho-primitivism has anything to do with anarchism, while some, such as Wolfi Landstreicher, endorse the critique but do not consider themselves anarcho-primitivists. Anarcho-primitivists are often distinguished by their focus on the praxis of achieving a feral state of being through “rewilding“.
C’est le titre d’une gravure du haut Moyen-Âge, qui m’a toujours fasciné par son absence d’équivoque. Et puis je suis né sous le signe de la Vierge, ce qui m’a peut-être fait ressentir une parenté cosmique avec l’oeuvre. Quoi qu’il en soit, je ne me serais jamais douté qu’un jour je vivrais littéralement cette fresque.
C’était hier, une véritable frénésie printanière dans cette nuit passée comme gardien du cimetière. Dès mon arrivée, je constatai une activité faunique inaccoutumée. Des marmottes louvoyaient çà et là par petites bandes entre les pierres tombales et les monuments. Une volée d’oiseaux passa en piaillant au-dessus de la montagne. Je devais rencontrer un Africain congolais posté devant l’entrée principale, un homme d’une cinquantaine d’années qui devait veiller toute la nuit sans bouger que personne n’entre par cette brèche béante du cimetière. Je discutai avec lui et j’en profitai pour sonder les superstitions du bonhomme en lui parlant de cet agent haïtien qui m’a donné ma formation et qui croyait le cimetière hanté par des zombies. L’Africain ne croyait pas aux zombies, mais il a changé de son ton badin pour du plus sérieux lorsque j’ajoutai que ce même Haïtien m’avait raconté avoir rencontré une femme tard dans la nuit qui rôdait de caveau en caveau, qui lui avait dit tout net qu’elle était passée par-dessus la grille en volant. Il s’agissait donc d’une magicienne, pratique à laquelle mon collègue accordait une certaine crédence. Comme j’avais beaucoup à faire, je le quittai sur ces mystères et ne remarquai rien d’autre de spécial avant la tombée de la nuit.
C’est une fois tous les mausolées fermés que j’ai pu m’attarder à observer le paysage en faisant mes rondes. Je constatai rapidement une véritable invasion de ratons-laveurs qui, en couples ou en petites bandes, couraient en tous sens pour se sauver de la voiture, tentant en vain de grimper sur les rebords de la route érigés en véritables remparts de neige depuis le passage de la souffleuse, ce qui à leur échelle fait du cimetière un gigantesque labyrinthe. D’autres grimpaient à quelques deux mètres dans un arbre et se perchaient là en me dévisageaient comme de gros chats. D’ailleurs, des matous j’en vis plusieurs qui rôdaient le long des édifices. Devant autant d’activité, je pensai que j’allais inévitablement faire un road kill et je dus ralentir pendant mes rondes.
J’aperçus plus tard un couple de renards roux. Il y a quelque chose d’affolant à voir tous ces grands yeux ronds et noirs qui vous épient, réfléchir soudainement les phares de la voiture et luire au bord du chemin comme de grosses pièces de monnaie (non, il n’y a pas de castor près du lac du même nom). Une odeur de mouffette vint embaumer les lieux juste au moment où le ciel se couvrait pour la nuit. Je l’aperçus bientôt se dandinant dans un sentier, qui menaçait d’asperger mon véhicule en retroussant sa queue à trois reprises. Il n’y eut fort heureusement pas de dégâts.
Un rien fébrile, j’allai me poster près du sommet, sur l’adret de la montagne. J’inclinai mon siège pour faire une petite sieste et j’ouvris la fenêtre pour éviter que le chauffage ne m’assèche la gorge. Partout autour de moi, j’entendais le fouissage, les grouillements, les reptations et les petits cris de cette faune agitée par le retour du printemps. Je dus lire Proust pour m’endormir. Je fis des rêves érotiques dans lesquels une magicienne africaine s’introduisait dans mon véhicule sous les auspices d’un gros raton pour se métamorphoser lentement et me faire l’amour en me susurrant des propos blasphématoires à l’oreille. Je m’éveillai au paroxysme, stupéfait devant la voûte étoilée du ciel à nouveau dégagé. Ma virginité s’était dissipée comme le brouillard. Des milliers d’étoiles me dévisageaient comme autant de petits animaux non apprivoisables et non domesticables.
Le FAS parasite la haute couture.
Le FAS est partout. Il parasite. Il subvertit. Ainsi le retrouve-t-on dans la section «idée» du site des Enfants Sauvages, une boîte de couture se définissant elle-même comme anarcho-mystique et posant, à sa façon, la question de l’apprivoisable et du domesticable. Miaou! Nous sommes félins pour l’autre. Tricotés, tissés ou maillés, nous vaincrons!
Pour les sceptiques, je rappelle la forme du syllogisme qui a pour but, en principe, de mettre un terme dit « mineur » en relation avec un terme « majeur » par le biais d’un terme « moyen ». Ça donne par exemple : Socrate (mi) est un homme (mo), les hommes (mo) sont mortels (ma) donc Socrate (mi) est mortel (ma).
Mon point, c’est qu’en fait tout syllogisme est à la base une tautologie (et, j’anticipe sur le coeur de mon propos afin que vous puissiez voir où je m’en vais, ça m’emmerde), c’est-à-dire que finalement, tout ce qui est mis en relation n’a pas besoin de l’être parce que de toute façon les trois termes (mineur, majeur et moyen) contiennent les deux autres, et ce, en vertu d’une relation analytique (en vertu des propriétés intrinsèques de la chose et non pas à cause d’une relation établie a posteriori), donc a priori.
En gros, mes chers frères et soeurs, nous baignons toute notre vie dans un immense syllogisme (du moins, c’est mon sentiment que je veux partager avec vous) qui ne fait que s’actualiser en présentant ses propriétés d’heures en heures. Or, dans la mesure où « toute n’est pas dans toute » (malgré ce qu’en dit ce slogan à qui je ne sais attribuer la paternité et que je me permets ici de paraphraser ) chaque syllogisme indépendant (puisque j’élimine d’emblée la possibilité qu’il n’y en a qu’un seul sans quoi l’univers serait vraiment métaphysiquement plate) comprend des termes qui ne peuvent communiquer qu’entre eux sans pouvoir entrer en relation avec ceux des autres (sinon il serait impossible de conclure). J’avance dès maintenant une question fondamentale qui servira de conclusion afin de guider vos réflexions en rapport avec le reste de mon exposé : Si x appartient à un syllogisme a et que x gagnerait à être en relation avec y qui se trouve pour sa part dans le syllogisme b (donc incompatibilité fondamentale entre les deux termes), alors la question suivante d’inspiration leibnizienne (je l’admets) s’impose : est-ce que x peut légitimement en vouloir à l’univers?
Peut-être n’êtes-vous pas entièrement convaincu, alors je partage avec vous une pièce (presque) authentique de mon quotidien délirant pour servir de preuve. Hier, je me suis pointé à un show rock qui, a priori, semblait s’accorder parfaitement avec mon syllogisme : musique agréable, bière bon marché et de qualité, compagnie de gens peu fréquentable et peu recommandable. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes quand soudain je sens une douleur lancinante dans la cavité inférieure de mon omoplate gauche caractéristique pour un planteur (gaucher) d’une piqure de mouche à marde et/ou (la simultanéité n’est pas à exclure dans ce cas) de taon. Je me retourne et je vois poufiasse derrière moi qui, par ses propos, semble vouloir me sortir de ma « torpeur » (ou peut-être m’entraîner dans un doute hyperbolique, j’en suis pas à un cliché près comme vous l’avez sans doute remarqué) et provoquer une action, ou plutôt une réaction de ma part. En gros, il insiste sur le fait qu’il y a «plein de filles cutes dans’ place et que je devrais faire quelque chose, en profiter» (j’imagine). Je dodeline avec emphase de la tête pour marquer mon approbation face à des propos aussi sage et je profite de son envie de pisser pour me glisser ailleurs. Même jeu : cette fois poufiasse revient à la charge pour attirer mon attention (et déplorer) sur le fait que tout autour de moi il ne se trouve pas une seule jeune fille en train de danser, mais que des mecs. Bon, je suis assez emmerdé pour vouloir faire un effort et vérifier si, quelque part, quelque chose semble en valoir la peine. À première vue non : certes, la salle ne manque pas de jolies femmes, mais aucune ne semble posséder d’attrait particulier (sauf la beauté entendons-nous, certains y verront une prémisse suffisante, mais c’est pas assez dans mon syllogisme à moi). Les apparences aidant, tout semble conforter la valeur de mon syllogisme et je m’apprête à m’y laisser choir pour apprécier à nouveau son confort quand soudain, je la remarque, elle. Qu’est-ce qu’elle a de plus que les autres (alors que certaine sont, à certains égards, plus jolie qu’elle), je ne sais pas, disons qu’elle a une sorte d’« aura » particulière. En tout cas, un charisme suffisamment intense pour que je sois incapable de m’empêcher de la regarder de toute la soirée (sauf l’interruption de poufiasse qui m’a retenu une autre fois pour m’exposer son dilemme éthico-légal, mais ça c’est une autre histoire). Alors, vous en conviendrez, n’importe quel homme un tant soit peu digne de ce nom aurait essayé de séduire la belle, ou au moins de lui parler… quitte à seulement la saluer… lui faire un sourire… Hé! bien, croyez-le ou non : rien. Je n’ai même pas bougé d’un poil. Je suis resté là, figé, comme paralysé par une impossibilité a priori, une incapacité logique. C’est là que m’est venue une sorte de haine contre l’univers.
Nous sommes tous capables d’identifier au moins un couple d’amis mal assorti, rien de nouveau sous le soleil à ce niveau-là. N’empêche, pour le temps que ça durera, on parlera de « couple » et peut-être même qu’à la base certains y voyaient là une possibilité, un potentiel. Donc, pas nécessairement souhaitable, mais tout de même possible. Il y a aussi des gens dont nous ne pourrions même pas envisager la possibilité de les voir entrer en relation et le simple fait qu’un hurluberlu nous suggère l’idée ne fait qu’éveiller en nous un sentiment fort que je traduirai simplement par « cela est radicalement impossible » (excusez le pléonasme, mais nos sentiments ne respectent pas toujours les règles du français écrit, tout comme moi d’ailleurs). Donc, pour faire court, c’est ce genre d’impression que j’éprouve à ce moment-là. En la regardant il s’est produit dans ma conscience une sorte de réminiscence en accéléré, comme si j’avais contemplé en l’espace d’une fraction de seconde toutes les implications possibles de nos syllogismes respectifs et d’avoir affronté la conclusion dans toute son irrévocabilité : tu ne fais pas partie de ce syllogisme –» CQFD. Impossible de ne pas être pétrifié devant l’implacabilité d’une preuve « mathématique ». J’ai profité du reste de ma soirée pour être désagréable avec tout le monde et maudire l’univers.
En me réveillant, je fus cependant assailli par quelque chose qui s’apparente à des remords de conscience. Alors, je vous repose ma question : a-t-on le droit de maudire l’univers ou, au contraire, doit-on accepter stoïquement (si possible avec enthousiasme) le fait que nous vivons tous dans le meilleur des mondes?
Robodrigue,
Enregistré dans :FAS - Rencontres, Le non apprivoisable et le non domesticable, Art Is Evil
Il est une forme d’art fort dépréciée depuis la deuxième partie du siècle dernier: la danse. Bien qu’on croit la connaître pour avoir fréquentés des établissements de mauvais aloi dans notre jeunesse (et peut-être en d’autres occasions si l’ivrognerie a atteint un niveau de non-retour), la danse nous mystifie même quand on la pratique tout de tissu vêtu -étudiante en danse-. Ce qui en rend le spectacle si attrayant c’est de voir de si jolies jeunes femmes s’adonner à ce spectacle de façon si abandonnées, se révélant, alors, totalement à nous. Ayant quittés nos villages ou citées dortoirs pour aller découvrir la ville et la beauté de l’art, la croyance aveugle en nos possibilités, nous croyions avoir abandonnée nos vieux rêves d’adolescants avides de sexualité sauvage avec les femmes qui s’accrochent aux poteaux avec le même acharnement que nos ex petites amies au fait que nous soyons des salauds; la réalité en est toute autrement. Que nous soyons petits bourges asceptisés ou quatre-cinq-zéros débauchés, qu’elles soient cultivées et vêtues ou cochonnes et dévêtues nous tombons toujours pour elles.
Ultimement elles rejoindront les hordes de danseuses à Las Vegas, à travers les lumières multicolores de la Strip, le bleu, l’orange, le jaune, le rouge, le vert, le turquoise, le doré et l’argenté, elles nous commanderont de danser à leurs côtés et par programation C++ nous serons changés en M.C.. Laissant libre cours à nos corps nous engagerons une danse éternelle qui entrainera le reste de l’humanité dans une breakdance humiliante où nous tournerons sur nos têtes jusqu’à l’abrutissement accompli; pénétrés par le spectacle nous en deviendrons un: un spectacle vivant, il n’y aura plus que ça: le spectacle, nous en serons les atomes; la terre comme dancefloor intersidéral, parce qu’après tout la réalité subjective n’est qu’une question de décorum.
Tu vois l’ami, les apparitions en danse elles ne s’attrapent pas à la mouche dans les bars de la Main, c’est notre lâcheté qu’il faut donner pour toucher à l’absolu festif.
Robodrigue, 3 décembre 2007
Enregistré dans :Entomologicae Bestiare, Le non apprivoisable et le non domesticable
Camarade assoifé d’excellence, toi qui fait face à l’adversité sans broncher, toi qui tient un budget serré, qui arrose ses plantes selon un système élaboré grâce à un merveilleux livre sur l’entretient des plantes, toi qui remet tes travaux à temps, qui ne se fait jamais prendre dans une ruelle sans capote, toi qui n’a jamais recours au mensonge pour garder un semblant de dignité! Sache que je suis ta contre partie oisive qui ceuille le fruit où elle le trouve, constament prise dans un monde où les valeurs sont inversées: un labyrinthe obsessionel dans lequel je mets en jeux ma stabilité émotionnelle et psychique à chaque réveil, à chaque pas, à chaque parole… à chaque pensée, chaque idée.
Mon délire ardent assumé et vécu me pousse autant à l’héroïsme qu’à la couardise; de ce citron on presse autant le nectar des dieux que de la petite pisse pour le vent. C’est pourquoi j’ai découvert le merveilleux monde des combats d’animaux sur Youtube, on y trouve à la fois des tigres contre des lions tout comme un boa contre un crocodile, le choix est tien l’ami. Des combats d’animaux je suis passé aux croisements d’animaux (Voir le liger, à la fois tigre et lion, et le zhorse, à la fois cheval et zèbre) et par désoeuvrement je suis passé à l’étape ultime: j’écoutes des vidéos où des chats parlent! Laissant mon travail de côté, j’ai observé des chats parlants pendant une bonne heure, pourtant la seule chose qu’on a pu faire dire à un chat jusqu’à maintenant c’est “Hello”… Les lèvres tremblante je répètais ce mot en même temps qu’eux, comme hypnotisé par leur volonté à dépasser la chatitude pour pouvoir atteindre le spleen de l’humain.
J’aurais voulu leur faire comprendre que la condition humaine en est une beaucoup plus humiliante que celle du chat, qu’ils devraient se contenter de leurs petites vies de chat, que tout cela était voué à l’échec… que c’était vain. Je me suis levé, je me suis allumée une cigarette, j’ai pleuré un peu et je suis revenu à mon travail comme j’aurais dû faire depuis bientôt une semaine. Je ne passerai pas à l’étape suivante : les chiens qui parlent.
J’étais allé en randonnée dans les alpages savoyards. Au loin, des brebis broutaient sur leurs pâturages. J’avais trop lu F’murrr et imaginais ces ovins concoctant quelque plan machiavélique pendant que le chien de berger fabriquait des automates à l’effigie de René Descartes. Je marchais d’un bon pas, fredonnant gaiement (sur un air connu) : «La-la-la-hip-la-ya. La-la-la-hip-la-ya…» en espérant croiser une bergère en mini-jupe, objet de mes fantasmes les plus fous. Là, derrière une butte, je crus entendre quelque chose bouger. Peut-être s’y cachait-elle, la mignonne, la jouvencelle des montagnes ? Je m’approchai discrètement, furtif comme le renard, vorace comme le jaguar, et – vlam ! – je bondis derrière la butte, prêt à saisir et à croquer, mais ne trouvai âme qui vive. Derrière la butte, point de chair fraîche, mais l’ouverture d’un terrier, creusé sur son flanc. Terrier de lièvre ou terrier de marmotte, néophyte en la matière, je n’en savais rien. Je repris donc ma marche, mais en silence et le pas mal assuré. Inquiet, je me sentais suivi, traqué, épié. Je ramassai un bâton, long, dur et noueux, une houlette devant me soutenir dans ma marche, comme une troisième jambe. Je la tenais le poing serré prêt à l’employer pour me défendre et faucher la bête d’un puissant coup de son bois sec. Je n’étais pas en sécurité. N’avait-on pas réintroduit des loups dans la région ? Là, derrière un buisson, une ombre fugitive ; je fis comme si de rien n’était. Plus loin, dans l’herbe longue, quelque chose bougeait ; j’accélérai le pas. J’étais décidément traqué, mais préférais inverser les rôles et, de proie, devenir prédateur. Je marchais en regardant droit devant pour éviter de trahir mes intentions et – vlam ! – je sautai derrière un arbre où j’avais entendu l’ennemi bouger et je la vis, la sale bête, l’infâme, le grugeur de montagnes, la marmotte, au moment même où elle courait se réfugier dans son terrier, rampant comme la limace, vicieuse comme le serpent.
Je pris le chemin le plus court pour retrouver le refuge, l’halte de randonneur, où j’avais prévu de passer la nuit. Elle ne cessèrent de me suivre, parcourant leur vaste réseau de terriers pour ressurgir ça et là, pointant la tête ou le museau, me narguant du regard, en voulant sans doute à mon pot de beurre d’arachide crunchy-croquant Kraft et plus encore à ma santé mentale.
Je dormis très mal et fis un rêve – un de ces songes aux images claires et fortes qui marquent l’imaginaire. J’entrais dans un aéroport vêtu d’un ample manteau de berger, un chapeau à large bord sur le crâne et un bâton de marche à la main. Je m’avançais dans la foule, au milieu des têtes coiffées de turbans, de casquettes des Red Skins et de kippas, et j’ouvrais grand mon manteau duquel jaillissait une horde de marmottes sanguinaires, leurs corps ramassés semant la cohue dans la foule terrifiée.
Je suis revenu à Montréal et les marmottes ne me quittent plus. Les pores de ma peau sont les entrées de leurs terriers ; elles circulent dans mon réseau sanguin. Je suis un alpage vivant, un sommet ambulant, mon nez est un pic, mes épaules sont des vallées. J’ai depuis longtemps renoncé à apprivoiser l’inapprivoisable et cohabite avec cette vermine qui habite ma chair, qui y hiberne, qui s’y reproduit. Parfois, je rêve qu’une meute de marmottes me suit pas à pas, guidée par la musique de mon pipeau. La nuit, je suis le meneur de marmottes qui sème la mort avec sa horde, mais je me réveille le matin en me grattant frénétiquement la peau, comme pour les chasser, elles qui ont fait de moi leur territoire, leur seul lieu de séjour, leur domaine. J’ai tenté de me réfugier loin d’elles, dans un espace utopique, un Nirvana rationnel expliqué par la science, un refuge imaginaire auquel je parviendrais, par la force de ma volonté, à donner la consistance d’une forteresse, mais rien n’y fait. Il n’existe pas de lieu inaccessible aux rongeurs. Ils rongent, ils grugent, ils creusent, ils grimpent, en moi, tout autour, où que j’aille. Je me suis résigné : ces marmottes ont occulté ma vie ; je n’existe plus que pour elles. Nous sommes indissociables et, bien qu’elles me fassent souffrir, je suis grâce à elles olympien comme la montagne et j’espère, bien que rongé de l’intérieur, avoir la pérennité du plus solide des rochers.
Robodrigue,
Enregistré dans :Bidons et autres contenants
“Quoi de neuf vous dites? Bah comme d’hab” m’a-t’il dit avec de la haine dans les yeux. Ces satanés androïdes tramaient quelques choses de pas très Macintosh, genre virus déglingue sur les services essentiels ou encore l’excuse habituelle “Le processeur a surchauffé, on y peut rien on est sous Windows” on l’entend après chaque attaque kamikazée. C’était quoi leur plan? Je devais le savoir, je suis quand même un automatopé, le seul droïde roulant sous Macintosh, je suis une affaire plutôt étrange mais avec l’engin le plus rapide d’la galaxe, pas besoin de penser j’agis, c’est tout, c’est ce qui fait c’que j’suis. J’me fais pas trop chier, j’suis user frendly pour les nenettes et je ne crash pas vraiment; j’ai plus de classe que ça.
J’étais assis à La ferme de serveurs un bar branché sur la haute vitesse (speed et autre bonbons) où autant la racaille cybernétique que le topping financier allait faire la fête. Je me suis dit “À quoi bon, je ne sais même pas pourquoi je fais tout ça” et je suis parti en sachant que j’aurais pu faire quelques choses pour empêcher le désastre…
Le lendemain mon news feed m’apprenait qu’il y avait eu une quinzaine d’erreure 404 et autant de macchabés; La ferme de serveurs était une perte totale, très triste que je me disais… très triste; gavé de porno.mov j’ai redémaré pour effacer les cookies et passer à la prochaine mise à jour.
Tout ça pour dire que je ne suis qu’un androdrigue parmi tant d’autres, mais j’écoute de la meilleure musique.
J’ignore pourquoi j’ai poussé ces deux fillettes aux longs cheveux blonds dans le bassin du Parc Lafontaine. Je marchais au bord de l’eau, alors qu’elles donnaient des bouts de pain aux canards qui pataugeaient à leurs pieds. Le soleil brillait fort. Je m’approchais d’elles en marchant dans l’allée d’une démarche athlétique. Leurs cheveux d’or chatoyaient. Elles semblaient seules, fraîches et innocentes, mais leurs parents ne devaient pas être loin : était-ce eux, juste-là, qui mangeaient des crudités assis sur un banc ? J’approchais dans l’allée tandis que les deux fillettes donnaient inlassablement des bouts de pain aux canards qui s’empiffraient, mû par un appétit insatiable. J’arrivai derrière elles. J’étais un quidam parmi tant d’autres ; elles ne virent pas venir, obnubilées qu’elles étaient par ces canards qui se gavaient à leurs pieds. Je les poussai toutes les deux en plaquant d’un même geste une de mes mains dans le dos de chacune, en plein sur la colonne, entre les omoplates et – splash ! – elles tombèrent dans l’eau boueuse, parmi les morceaux de pain et les canards qui s’envolèrent en nasillant de terreur. Je cours rarement, mais, lorsque je cours, je cours très vite (si vite que le ciel devint rouge), et comme on repêcha les deux fillettes en pleurs avant de s’occuper de moi, j’eus le temps de m’enfuir. Il n’y eut que toi, un peu plus loin, assise sur un banc, qui m’aperçus, vers qui je courus et qui me reçus en riant, ma canne, mon oie, ma jolie palmipède… Mais ce matin, alors que tu dors à mes côtés, je me demande encore s’il se peut que tu puisses apprivoiser l’inapprivoisable ?
Aujourd’hui j’ai ingurgité un bocal entier de Skittles et de Starbust et je me suis retrouvé les dents complètement déchaussées. Et puis, je me suis mis à angoisser, seul devant mon ordinateur. Je sentais le sang affluer dans mes yeux. Je percevais nettement les palpitations de mon coeur, et il me semblait pouvoir lire les pensées de la vieille bossue à la fenêtre en face de chez moi. Nul doute : j’avais atteint un niveau supérieur de conscience. D’un trot souple et amorti, une joggeuse parût consécutivement dans les deux careaux de ma fenêtre. Elle se mouvait.
De tout cela, rien ne vous semble sortir de façon notable de l’ordinaire (je le sais). Mais vous doutez-vous seulement de ce qui se passa par la suite ? Le téléphone retentit. Je me ruai au salon et décrochai le combiné. Une voix apparentée à celle de la fonction «lecture audio» dans Adobe Reader m’annonça qu’une escouade de bonniches débarquait dans mon quartier pour épousseter tous mes meubles et nettoyer tous mes tapis. J’acquiessai, mais la machine demeura stoïque, se sentant peut-être piégée. Ce silence me fit craindre le pire. Je scrutai la pièce pour constater sur-le-champ l’apparition d’un cadavre sur le divan. Un cadavre comme ça, non-sollicité.
Je me réfugiai dans ma chambre, saluant au passage le scarabée que j’ai eu le bon goût de laisser s’établir sous ma biblothèque. Mais il ne me répondit point. Il était mort lui aussi ! C’est alors que j’ai tout compris, car dans ma fenêtre, passant par les careaux en sens inverse de la joggeuse, ze killer camembert fit lentement son apparition. Englué dans le vasistas de la façon la plus salace, il se trémoussait là, sous mes yeux, ayant l’air de se délecter de ses forfaits. Avait-il également trépassé la joggeuse ? Et moi dans tout cela, qu’étais-je, sinon un témoin muet des sombres méfaits du Killer Camembert ? Alaitons m’incarcérer avec le produit laitier ?
La distinction entre l’humain et l’animal est incertaine. Certains singes, parfois, s’esclaffent. Les poulpes retrouvent leurs chemins dans les labyrinthes les plus sinueux. Si les humains s’évertuent à se conchier les uns les autres, les mouettes leurs défèquent sur le crâne avec une certaine félicité… L’humain peut être bête, mû par des instincts animals. L’homme comme le chien est parfois tenté d’aller humer le derrière de ses semblables et se dit qu’il serait bien plus simple de copuler avec l’un ou l’autre sans trop porter de jugement. Et puis le civisme, les bonnes manières, le savoir-faire, les rituels sociaux, le coolisme urbain ne sont – je ne vous apprends rien – que de vains artifices masquant grossièrement la véritable nature de l’humain qui ne demande qu’à s’émanciper.
La question se pose toutefois ? L’humain est-il davantage apprivoisable ou domesticable ? La multiplicité humaine, son effervescente diversité, rend cette question aporétique. Peut-être vaut-il mieux, alors, commencer par s’attarder à un cas spécifique pour, un jour peut-être, s’ouvrir à l’universel. Choisissons pour ce faire un être d’exception, un humain d’une maturité exceptionnelle, un pur bijou de la civilisation, j’ai nommé : Julia Kristeva. Ce cas est complexe, voire vertigineux. Un peu de méthode s’impose :
1) Les animaux domestiques vivent à la maison, servent aux besoins de l’homme ou à son agrément, et sont nourris, logés et protégés par lui, tandis que les animaux sauvages vivent dans les forêts, les déserts, en liberté.
J.K. ne vit pas à la maison et ne sert pas les besoins de l’homme. Au plus, boit-elle parfois le thé avec Philippe Sollers qui ne la protège d’aucune façon : elle est ceinture noire d’aïkido et a des bottes du même métal (lire, à ce sujet, son roman Le Samouraï) et si elle visite des territoires sauvages, c’est seulement à l’occasion d’épopées sémantiques à travers les maquis broussailleux, les lacis intertextuels, du monde déchiffrable qui ne se déchiffre pas.
2) Les animaux terrestres vivent sur terre, les animaux aquatiques, dans l’eau et les amphibies, aussi bien sur terre que dans l’eau.
Si J.K pose les pieds sur terre, c’est en s’interrogeant sur la réalité tangible du sol et si elle plonge dans l’eau (elle a horreur d’aller à la piscine) c’est métaphoriquement, afin de se sublimer et de devenir tout entière l’essence ou contre-essence de la chose. Elle est en quelque sorte amphibie, mais l’est sans l’être, l’être appartenant au néant : à terme ne persiste pour elle que l’impudence d’énoncer dans un monde épars.
3) Les animaux carnivores se nourrissent de chair, les herbivores, d’herbe, les frugivores, de fruits ou de graines, les granivores, exclusivement de graines, les insectivores, d’insectes et les omnivores, à la fois de végétaux et d’animaux.
J.K. se nourrit ni de P. Sollers, ni de M. Duras. Si tel avait été le cas, elle ne se serait de toute façon pas nourrie de chair, mais de magmas conceptuels. Parfois, assise sur la terrasse d’un café à Saint-Germain-des-Prés, J.K. tend subitement la main et attrape un papillon égaré. Elle regarde un instant son poing fermé, puis – subitement – le porte à sa bouche et gobe l’insecte. Pafois… seulement.
4) Les ovipares se reproduisent par des œufs, les vivipares mettent au monde des petits vivants.
J.K. ne se reproduit pas.
Bourdonne-t-elle ? Glapit-elle ? Roucoule-t-elle ? Coasse-t-elle ? Grumelle-t-elle ? Hennit-elle ? Seulement lorsque s’élève en elle le mouvement insaisissable de la révolution, pour un temps seulement avant que ne revienne la turlupiner l’éternel questionnement sur le sens et le non-sens de la révolution qui titillera jusqu’aux racines de son rhizome intérieur. Puis, de nouveau : la prostration.
Au terme de notre enquête, il nous faut retrouver notre question fondamentale : Julia Kristeva est-elle apprivoisable ou domesticable ? (voir, à ce sujet, le descriptif de la catégorie « Le non apprivoisable et le non domesticable)
a) Apprivoisable ?
J.K. est étrangère à l’amitié, mais familière avec la prise de thé.
b) Domesticable ?
Peut-on la maintenir en captivité ? Sans doute, mais pour un temps seulement, les capacités sublimatoires qu’elle a développées en orient lui permettant bientôt de se liquéfier pour aller couler sous les murs, puis dans les caniveaux. Et si elle donne la vie, se sera uniquement dans un processus autoréférentiel où, revenant à elle dans un mouvement spéculaire, elle deviendra son propre miroir, l’éclat de son entité intrinsèque qui s’autogénèrera.
On peut conclure de notre analyse que Julia Kristeva ne peut être tout à fait ni domestiquée ni apprivoisée. Par conséquent, peut-être représente-t-elle l’élément disjonctif irréductiblement hostile et sauvage ?
poufiasse, 6 mars 2007
Enregistré dans :Citations et aphorismes, Intoxicated press, Nos amis requins, Le non apprivoisable et le non domesticable
L’agence de presse Associated Press (AP) a diffusé une dépêche pour annoncer… qu’elle avait cessé de diffuser des informations sur Paris Hilton pendant une semaine, du 19 au 27 février.
Ce «blackout expérimental», selon AP, voulait mesurer ce qui arriverait si on cessait de parler pendant une semaine de ce «phénomène médiatique, créature de l’ère du potinage sur Internet».
Les bureaux d’AP ont donc cessé de relayer toute information sur Paris Hilton pendant une semaine, y compris les informations sur les partys organisés pour sa fête.
Résultat: personne ne s’est plaint, et les réactions ont été «positives», selon AP. Mauvaise nouvelle: les informations ont été reprises le 27 février, alors que Paris Hilton a été arrêtée pour avoir conduit avec un permis de conduire suspendu. Mais AP affirme que «nous continuerons à exercer notre jugement journalistique individuellement pour chaque événement».
Extrait des Mémoires de moi-même par Julia Kristeva
Tome XIV, Chapitre XXVII
(…) L’avion toucha le sol, et les imbéciles applaudirent. Je me surpris à me demander s’ils applaudissent aussi lorsque le dentiste leur arrache une dent? Ou lorsque les sappeurs éteignent un feu? Ou lorsqu’un flic leur colle une contredanse?
L’air à l’extérieur de l’appareil pénétrait par les portes béantes, comme le souffle d’un beau ténébreux aux muscles en saillie qui murmure à votre oreille que vous êtes la plus belle femme du monde qu’il ait vue aujourd’hui. Déjà, les palmiers se pâmaient de me voir arriver dans ce pays où le rêve socialiste pouvait se vanter d’avoir confronté les sceptiques. Après la douane - où, à ma demande, on me fouilla à nue - on nous mis dans un autobus climatisé pour nous conduire à l’hôtel. Un homme à la peau basanée - un esclave peut-être? ou tout au moins un membre du petit personnel - nous informa des magnifiques avantages de notre forfait, ainsi que de la manière appropriée de commander un pina colada avec l’accent local. “Ouna pignia colada por favorrrr !” Il nous rappela en patois tropical que dans nos lointaines contrées, il faisait “frette en tabarnouche” et entrepris de nous faire rire. C’était d’un pathétique touchant. Sollers et son humour distingué (comme lorsqu’il imite le Yorkshire de la voisine pendant des heures) me manquait déjà.
Et c’est là que nous arrivâmes… L’hôtel, ou le “rizorte”, était magnifique dans l’obscurité : vaste et obsédant, avec de grands arbres inconnus qui battaient au vent. L’océan se tenait tapi dans l’ombre, comme un père absent prêt à punir sa petite fille qui découvre avec effarement ce que le maoïsme peut faire pour elle et pour sa sexualité naissante. Au comptoir, on nous attacha un bracelet coloré, insigne humiliant qui nous permettait de commander du rhum et des nourritures barbares. Un autre esclave me conduisit à ma chambre, laquelle on avait eu la drôle d’idée de peindre aux couleurs de la Grèce : bleu et blanc dans le sens de la longueur. Une minuscule grenouille m’attendait là, immobile, sur le plancher de céramique. Je la baptisai aussitôt 席语录 (Zhǔxí Yǔlù) - Petit Livre Rouge. Je l’attrapai de ma main preste et je la donnai au jeune homme qui venait de déposer mes valises et qui me tendait la main en souriant.
Il cessa de sourire et je refermai la porte sur sa déconfiture.
Le lendemain matin, après une nuit solitaire quoique fumante, j’entrepris d’aller voir la mer. Et quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’elle était là, sous ma fenêtre, à quelque mètres de ma chambre, rutilante et ondoyante, comme seule une mer socialiste peut l’être. Tout près, un bar avec un autre membre du petit personnel. Je lui demandai combien coûtait un café. Il me répondit
- It’s all inclusive!
- You miiiine, haille coude ordeur anézing haille ouante?
- Sure, it’s all inclusive!
Je réfléchis quelques secondes. Une idée diabolique germa alors dans mon esprit. Ce fut comme la fin d’un concerto d’orgue dans une église : un pur délice. Je me sentis revivre, métamorphosée. Une idée révolutionnaire, au premier sens du terme. Je savais comment permettre à ce pays socialiste de devenir la plus grande puisssance économique du monde ! Comme je pouvais commander des drinques à l’infini, j’allais pouvoir contribuer d’une manière infinie au PIB de cette perle des Antilles (ou plutôt de cette deuxième perle des Antilles, la première étant bien sûr Paris) : je n’avais qu’à commander sans discontinuer des milliers voire des millions de drinques et ainsi favoriser la culture de la cane à sucre et l’embauche de centaines de travailleurs et travailleuses employés à me servir ! D’ici quelques temps, l’économie roulerait sur l’or et les puissances capitalistes n’auraient qu’à bien se tenir !
Aussitôt dit, aussitôt fait ! Je commandai 30 verres de rhum pur. Le barman, après un moment d’hésitation, obéit en murmurant quelques mots en langage tropical. Probablement des félicitations pour ma trouvaille. Armée de mon plateau bien garni, je m’assis sur la plage et je me mis à penser à Philippe Sollers que j’avais dû faire garder par la voisine pendant mon absence.
Après une gorgée du délicieux breuvage, Sollers me manquait.
Après un verre, je pensais à son pelage.
Après deux verres, j’espérais qu’il pense à moi.
Après trois verres, son existence me paraissait absurde.
Après cinq verres, je parlais lettres attachées.
Après six, je dansais nue avec un homme musclé qui me tenait fermement en me plottant.
(…) Le lendemain matin, j’entrepris de corriger le tir. Mon plan avait une faille… Jamais je n’arriverais à consommer les millions de coquetèles nécessaires à l’envahissement des États-Unis par l’armée socialiste venue des Caraïbes… Il me fallait trouver une astuce… Je mis les trois hommes hors de ma chambre, me délaissai de mon harnais et des accessoires, descendis ma jupe et me rendis au bar de la plage où je commandai de nouveau 30 verres de rhum pur. Le barman - un nouveau - me regarda ébahi et soupira lui aussi en langage tropical. Au lieu de tout boire, je versai diaboliquement le contenu des verres dans une plante qui se mit aussitôt à tituber. Je retournai au bar, la mine déconfite, recommander 30 verres de rhum pur.
Le barman - le même - me demanda si j’avais tout bu? Je lui répondis dans mon meilleur anglais :
- Cheurre ! Ken haille havre maurrre?
- Si signora, no problema ! répondit-il, sincèrement admiratif.
De nouveau je renversai les 30 verres dans la plante qui se mit aussitôt à vomir son 4 heures. Ça marchait ! Mon plan allait permettre de bouleverser la planète, de rendre palpable le rêve du Tché, de revaloriser la lutte des classes. Ahhhh…. si seulement Sollers n’avait pas besoin d’un toilettage quotidien…. Il serait si fier de moi ! Moi, sacrifiant les plantes pour le bien des hommes, est-ce qu’on me donnera le prix Nobel de la Paix ?
(…) tout de même après plusieurs jours de détention. On me libéra en me faisant promettre de ne plus m’approcher d’une bouteille de rhum et de la flore indigène. Mais comment aurais-je pu savoir que je détruisais des canes à sucre, moi?
Je suis une intellectuelle de grande gauche, pas une potagère ! Non mais !
Un matin de grand soir
un lézard décharné
bondit de sa chaire
sur sa proie désarmée
D’un spasme de géant
la bête s’est trouvée
le visage ruisselant
su’l prélart étoilé.
Où il est explicité comment le karma frappe le brave Mysterious, ceci étant illustré grâce à force images tirées du bestaire reptilien, le tout dans une grammaire dégénérative.
Habitat
Mysterious qui, pour être - en cela égal à lui-même - Mysterious, n’en demeure pas moins, comme un dieu secret ou un fidèle ténia, intime, sis à même notre substantifique moëlle, nous cannibales ou même autophages, nous entre-lisant et nous entre-glosant tous : oui !
Niche
Ou bien, cela est, d’une manière que force spécialistes tentent en vain d’éclaircir chez un animal à sang chaud, une impassibilité qui le rend presque invisible, distant, immobile mais non pas moins à l’affût, tel l’iguane sur la pierre chaude, là-bas sur cette île lointaine, où le son de la nature est un sifflement. Sssss.
Et c’est là que nous le trouvons, nu au soleil, dardé de vitamine D, insouciant et sévère, dans ce contexte aride et pourtant idyllique, avant la saison du rut.
Reproduction
Étant lui-même sur le point de se reproduire - et l’on ne saurait dire si ce sera par accouplement, ou bien si, en cela toujours économe et ingénieux, ce ne sera pas plutôt par la mitose.
a ) conjonction / disjonction
Et (et !) postulons dès lors que cette dernière méthode est en effet une issue inévitable, car il est grand, et peut-être un peu pléthorique est le mystère, si bien qu’une caryocinèse est inévitable ; la noce juvénile sera suivie d’un été prolifique (gras !)
Mais (mais !) Entretemps, ses humeurs bilieuses s’affèrent à récurer son tissus caverneux (il s’agit de matière grise avec des galeries), alors il est de mauvaise écaille et disposé au cynisme, Nism un peu peut-être - il - comme un caméléon…
Miracle
Regardons attentivement… sa narine tressaille, ses sourcils serpentent, une oreille papillotte ; il devient flou. Tranquillement, mais sûrement, Mysterious accompli son cycle vital, oui, il se dédouble d’abord, trois reins, puis quatre (les enchères sont ouvertes), son encéphale aussi, et le voilà siamois (fichtre, cela lui fait deux amygdales !) et une caisse de douze à la place du six-pack - quel athlète - et avant même que nous assistions au miracle, cette phrase prend fin.
Et avec elle, cette fiche.