Vis chaque jour comme si c’était en préparation d’un voyage vers Mars
Une des étapes déterminantes dans le processus de sélection des cosmonautes est l’épreuve psychologique de l’isolement prolongé. Les candidats du programme spatial officiel doivent se rendre sur une base isolée, en Russie, où ils sont confinés dans des cellules sur des périodes prolongées. Nous n’avons l’avantage d’être endurcis par un lourd passé criminel: dans ces cachots, sans lumière et sans lien avec l’extérieur, certains craquent. Le plus souvent, ils s’en prennent à eux-mêmes, se déchirant de leurs ongles ou se frappant la tête sur les murs jusqu’à la perte de conscience.
Mais moi qui ne dispose pas d’une telle technologie et qui doit néanmoins franchir cette épreuve, à quel expédient aurai-je recours? Par chance, il y a quelques semaines, une occasion de mettre ma résistance psychologique à l’épreuve me fut fournie au hasard d’une visite dans ma famille.
J’étais parti avec mon père rejoindre une tante et un oncle à leur chalet, aux abords du Lac-aux-rats-musqués, à Ste-C*-de-W*. Le périple fut fastidieux, des réparations au chemin bordant le lac nous obligeants à faire demi-tour après avoir fait plus d’une heure de voiture sur les routes aux longues pentes abruptes des Cantons-de-l’est.
Après que mon père eut égrainé plusieurs chapelets de jurons, nous parvînmes finalement à destination, où ma tante nous fît un accueil des plus chaleureux. Mon oncle et ma tante nous fîrent visiter la propriété et peu après le départ de mon père, ils m’annoncèrent qu’ils allaient également quitter, qu’ils seraient de retour dans quelques jours et que je n’avais qu’à me servir à volonté dans le petit réfrigérateur au propane. Gagné.
Ainsi commença mon épreuve d’isolation dans cette petite roulotte aux dimensions d’un module spatial. Le premier soir, je me contentai de faire un feu de camp et de boire la seule bière qui restait sur les lieux. J’allai me baigner et je me couchai.
Le lendemain, la véritable épreuve commença. Réveillé au chant du coq d’une ferme avoisinante, je pris rapidement un petit-déjeuner fait d’aliments séchés. Je bus un expresso puis j’ouvris mon ordinateur portable afin d’entreprendre un travail d’analyse de données qui dura quatre heures. Puis, ce fût l’heure du dîner. Je mangeai de la pizza surgelée.
Ensuite, j’enfilai mon maillot de bain, m’enduit de crème solaire et sorti sur le petit balcon attenant à la roulotte. Il y avait là une chaise longue où je m’allongeai avec la lenteur de mouvements caractéristique des astronautes en apesanteur. J’avais apporté avec moi une ceinture amincissante vibro-fat et deux tranches de concombre. Une fois bien allongé, j’actionnai la ceinture amincissante fixée à ma taille et je posai les deux tranches de concombres sur mes yeux pour simuler la noirceur de l’espace. Les vibrations de la ceinture allaient simuler les secousses ressentie au décollage d’une fusée. Je passai ainsi une bonne heure, exposé aux rayons cosmiques, n’étant distrait que par des piqûres occasionnelles de mouches à chevreuil, que j’interprétais comme des courts-circuits de ma combinaison spatiale.
Au terme de cette épreuve, je simulai une sortie dans l’espace en allant me baigner. Une autre heure d’entraînement. De retour dans la nacelle, je repris mon travail d’analyse. Puis ce fût un souper de pâtes déshydratées, puis des problèmes avec la coupole m’obligèrent à faire une autre sortie sur le toit de la roulotte. Je pus ensuite écouter Desperate Houswifes pour accentuer l’épreuve d’ennui. Lorsque ce fût intenable, soit dix minutes plus tard, j’allai me coucher.
Je tins ainsi plusieurs jours, suivant à peu de chose près la même routine. Mon équilibre psychique ne fut perturbé que par les aboiements incessants du petit chien ridicule des voisins qui, je l’espère, n’a pas d’équivalent intersidéral.
Ma détermination ayant ainsi été mise à l’épreuve avec succès, je m’estime encore plus près de mon rêve.
Voilà le plan des activistes du FAS : détourner les camions de recyclage vers les dépotoirs, en attendant de terminer le forage d’un tunnel secret menant jusqu’au fleuve, dans lequel seront déversés tous les déchets de plastique de la rive nord. Puis ceux-ci vogueront, emportés par le courant, au large d’Hawaï où, comme nous le savons tous, tous les déchets de plastique du monde se réunissent non pas pour frayer, mais pour former un septième continent. C’est sur cette mer des sargasses inerte, ce Continent de plastique, que les fasciens et fasciennes se donneront rendez-vous pour jeter les bases d’une nouvelle colonie. Patience! Jusqu’à maintenant, on ne peut même y poser le pied, de peur d’être avalé comme par une monstrueuse toile de piscine, mais bientôt, sur cette gigantesque île flottante, où le quotidien sera vraiment délirant, où l’on ne trouvera ni psychiatre ni beurre de pinottes Kraft, où les zepoulpes s’accoupleront avec les sacs d’épicerie, fasciens et fasciennes construiront un grand vaisseau de plastique, dans lequel enfin Amydale prendra place, en route vers Mars, emportant avec lui des milliers de cyclistes en orbite.
Je passe le balais dans la cuisine et je n’arrive pas à faire décoller de par terre un espèce de vieux bout de fromage moisi, je le gratte du pied gauche, du pied droit, avec un couteau, avec mon doigt, mes ongles, je le gratte avec mes dents, il reste collé, il ne se désagrège même pas, il est plus solide que du bois. Je me met à frotter comme un dingue, je suis obsédé par ce bout de fromage moisi, il est mal odorant, il me fera honte, mes invités croiront que je suis quelqu’un de sale, de très sale, de méchant, de pourris. Du fromage moisi, plein de champignons microscopiques qui grimpent, qui se multiplient, qui se trultiplient, qui se centrultiple même, qui se regroupent et forment une armée de bactéries vicieuses, mangeuses de chaire, avide de cellules fraîches. Les jours passent, l’air s’oxyde, se monoxyde, se cyanurise presque; c’en est effroyable… l’odeur est telle que je fais mes boîtes, encore plus de boîtes, plus et plus et plus de boîtes, j’empoigne ma peluche, mon pyjama, mes 3 brosses à dents, ma collection de lunettes de lecture, mon jeux de parchesi, non pas mon jeux de parchesi, mon jeux de scrabble, non pas le scrabble, le monopoly ? au diable le monopoly, je suis mauvais perdant. un simple jeux de carte, oui j’empoigne un simple jeux de carte, ma perruque colombienne, ma truite de corail domestique, j’ouvre le réfrigérateur, j’y prends mes capsules de thé des bois, mon herbe à poux, dans le placard, mon balais cheval, ma cape du roi, mon chapeau de vicking, je laisse à regret le trident du diable et dans une grande valise à roulette, la poignée movible en moins, je fourre le tout, avec beaucoup de plaisir, mais aussi un peu de douleur… oui car je songe à cet endroit que je quitterai pour toujours… mais au fond qu’est-ce que je raconte, cet endroit sordide, puant, plein de putes, de drogués, de smicards, de cafards, et aussi puant qu’une toilette turque sous le soleil de juillet, je quitte heureux, victorieux, le regard plein d’avenir, enfin libre.
Souper: pizzas, crudités, chorizo, vinho verde, bière, on parle de n’importe quoi. J’ai le goût de voir V*, qui va mettre la musique. Venez Vous? C* cède aux demandes de son amoureuse, qui aimerait rester avec lui ce soir. Je pars donc avec T*, deux sur un vélo de Saint-Dominique coin Dante à Rachel coin Saint-Laurent.
Sur place, on aurait du s’en douter puisque la soirée avait lieu au divan orange, déception. La musique post-exotique que j’attendais est remplacée par un genre de groupe manouche avec des chansons jazz, entrecoupée de musique post-exotique à l’entracte. Mais je suis là, je parle à quelques personnes. Je ne peux supporter longtemps l’ambiance, et T* m’offre de fumer un pétard.
Je ne fume plus mais j’ai le goût de changer d’activité. On se rend chez T*. Petit joint. Il comment son appartement: Il est comme un vaisseau spatial, je ne peux pas vraiment me rendre nulle part, sauf dans la cuisine, qui me donne l’impression d’être dans le cockpit. En effet, les seules fenêtres s’y trouvent. Il y a quelques semaines je me suis retrouvé à tourner en rond dans mon appartement, et je bénissais la fin de l’hiver en allant prendre marche sur marche. L’effet du joint sur celui qui ne fume plus se fait sentir et me rappelle pourquoi j’avais arrêté. je commence à angoisser solide. Genre claustrophobe. Comment Amygdale peut il vraiment s’imaginer qu’il passerait des mois et des mois dans une si petite cabine pour se rendre sur une planète ou il n’y a même pas d’air? C’est vrai que l’appartement de T* est un vaisseau spatial. Je sais pas pourquoi, mais je marche maintenant de long en large… heureusement T* a trouvé quelque part une imitation de foyer qui vient ancrer un coin de la pièce à une sorte de réalité, mais je n’en peut rapidement plus et je m’esquive
dans ma tête, la boucle se boucle. Il faut que je trouve un boulot avant l’hiver sinon je vais mourrir étouffé dans mon petit appartement sans la rue et les parcs ou aller prendre des marches, sans le boulot pour te fournir une caverne différente ou aller t’enfermer. J’arrive à reculons chez moi, mets mon vélo sur la galerie, j’entre et m’arrête dans le salon, regarde un peu autour… c’est grand chez moi, je peux me calmer je crois.
Le 2 juillet 1986, au matin, les épouses calumet-pontoises ramassaient les corps de leurs maris imbibés d’alcool et éparpillés de toutes les parties de cette localité - les chèques d’aides sociale avaient été encaissés la veille, ce qui donnait droit à un carnaval orgiaque entre le premier et le deuxième jour de chaque mois. Parmi les plus agiles on en retrouvait dans le clocher de l’église avec tous les poils rasés, parmi les plus gloutons on en retrouvait dans les confiseries couverts de leurs propres fluides corporels, les policiers délirants d’alcool déguisés en femme s’étaient enfermés eux-mêmes dans la prison et les bandits libres avaient été retrouvés déshydratés la bouteille à la main dans le coffre fort de la caisse populaire, vide de surcroît vue la masse de chèques encaissés le jour précédent les évènements. Les enfants s’amusaient grandement lors des deuxièmes jours de chaque mois, ils s’amusaient à dévêtir les hommes, leur dessiner des obscénités partout sur le corps avec des déchets, ils leur mettaient des pétards dans les orifices ou encore il utilisait des rampes de lancement pour sauter par-dessus les immondes corps à l’aide de leurs vélos; les hommes les plus gaillards qui se réveillaient nus pendant les manœuvres tentaient d’obtenir réparation, mais toujours saouls ils étaient titubants et se retrouvaient sur le derrière la plupart du temps, ce qui divertissait encore plus les jeunes calumet-pontois qui leur criaient ” Maudit fous, arrêtez de boire de la bière ça donne la chaude pisse!” Et les bambins leur lançaient des pierres, les hommes, honteux, s’effondraient souvent en larmes. Comme la « grande fête du premier » attirait les hommes des villages à l’entoures on voyait des femmes étrangères à bord des camions à ordures des villages voisins remplir leur coffre avec les hommes à l’haleine fétide pour le voyage de retour. À travers tout ça les mégères locales chassaient les enfants avec des épées et des weed-eater pour rapatrier les corps malades.
Écœurées par cette manifestation sensuelle mensuelle de leur mari, c’est toujours le 2 juillet 1986 en après-midi que les épouses dépassées se tournèrent ver le seul homme possédant encore une dignité aux abords du Lac des Deux Montagnes, c’est-à-dire le vieux professeur Euphélius Lampa. Metteur en scène émérite dans sa jeunesse, il était, plus vieux, devenu chercheur de l’occulte pour ensuite se ressaisir et aller couler de jours heureux sur la péninsule avec la fortune qu’il avait accumulée par ses séances de spiritisme. Il vivait dans un manoir victorien éloigné du village, on le voyait souvent sur son voilier faire le pitre — enfin pour les gens de Pointe-Calumet lire un livre c’était faire le pitre—, mais sinon on ne connaissait rien de lui.
Face aux plaintes des bonnes femmes, le gentil docteur vint avec l’idée d’utiliser cette masse de chair puante à bon escient: “Pourquoi ne pas leur donner un projet valable et digne? Chères bonnes épouses répugnantes! Parce que vous l’êtes croyez-moi, mes vieux yeux me permettent toujours de le constater; il suffirait de leur donner un rêve, une fierté, les ignorants ont besoin d’être poussés ver l’excellence, sinon ils ne pensent qu’à se donner de la bouteille! Revenez demain à la même heure, je vous exposerai un plan qui vous sortira autant vous que vos maris de la vie de misère méprisable que vous menez, et cela, grâce à la science!»
Les épouses n’ayant pas compris un seul mot se mirent en tête de le brûler sur le champ pensant avoir assisté à une incantation satanique, mais la plus savante d’entre elles affirma qu’elle l’avait entendu dire “revenez demain à la même heure”. Elles décidèrent donc de revenir le lendemain pour voir ce que le bon professeur leur proposerait, en attendant elles devaient aller battre leurs maris avant qu’ils ne reprennent toutes leurs forces.
Le lendemain les femmes du village se ramassèrent toutes devant le manoir du docte Euphélius Lampa, elles regardaient ne sachant à quoi s’attendre. Une voix venant d’un haut-parleur dit : « Voici la science faite homme! Mesdames toutes aussi sottes et laides que vous êtes vous devez admirez les progrès de vos hommes, car ces derniers s’apprêtent à voyager par delà les nuages! Le professeur les emmènera tous avec lui dans un long voyage qui les mènera ver la planète des martiens, la grande planète rouge!! ». Du coup le professeur Lampa sortit vêtu d’un uniforme blanc et ample avec un casque représentant un visage grotesque et souriant. Les femmes étaient pantoises, le professeur fit quelques mouvements de gymnastique pour démontrer les possibilités qu’offrait un tel accoutrement. Il enleva le casque et afficha un large sourire en les saluant de la main.
Ceci sont les premiers évènements d’une grande aventure qui mena les neuf courageux cosmonautes calumet-pontois ver la plus grande aventure interstellaire de l’histoire humaine. Vous avez sûrement déjà entendu parler de cette histoire, voilà pourquoi je m’abstiendrai de vous la raconter. De plus ça ne serait d’aucune utilité dans mon étude des mœurs de ce petit bourg bucolique, il s’agit ici de faire la généalogie de l’action stupide.
L’astronaute Gravier fait une démonstration de gymnastique sur la rampe de lancement avant le deuxième voyage ayant pour but de sauver la princesse des Martiens.
Nous relisions les articles sur la préparation au voyage vers Mars, parce que nous préparons un nouveau numéro des cahiers du FAS. Je me suis mis à envisager la question d’un côté pratique. Enfin, disons que j’ai essayé d’évaluer quelles étaient les possibilités qu’Amygdale réussisse à être sélectionné pour un programme d’entrainement au voyage vers Mars, et elles m’apparaissaient pluôt minces.
Ça me semble dommage car il me semble que ce soit dû à une forme de mépris envers la discipline qu’il pratique. Pourtant qu’est-ce qui serait plus intéressant que d’envoyer en mission vers Mars un individu capable de réfléchir sur sa condition.
Il est selon moi important que cet entraînement ait lieu malgré tout. Comme Amygdale est déjà un sportif et un ascète, il ne lui serait probablement pas impossible de passer la durée de ce voyage dans un simulateur, conçu pour imiter le plus possible ce que nous pouvons connaître des condition d’un voyage vers Mars, en mettant peut-être de côté l’apesanteur. La cave de son appartement, presque aussi froide et sombre que l’espace interplanétaire, ferait tout à fait l’affaire pour l’installation de ce simulateur. En refermant une certaine partie, pour imiter l’exiguïté du vaisseau, on pourrait créer un espace dans lequel divers objets usuels — glanés au hasard des ventes de garage et des bazars— viendraient remplir les fonctions des appareils sophistiqués et couteux nécessaires à maintenair en vie un cosmonaute dans l’espace. Un tapis roulant et une bicyclette d’exercice lui oermettraient de conserver la forme physique acquise par la pratique d’un entrainement quotidien. L’internet, unique moyen de communication avec le monde via un site spécial diffusant sa performance en direct, permettrait de simuler l’isolement vécu par les astronautes. Plusieurs webcams viendraient rappeler le constant monitoring subi par les cosmonautes. quelques aquariums et terrariums
fourmillants d’animaux permettraient d’imiter les expériences continuelles qu’il doivent constamment exécuter.
Je crois que nous tenons une bonne piste. Après une bonne recherche sur les conditions de survie interplanétaires, il est fort raisonnable de penser que nous pourrion construire un simulateur de voyage vers Mars crédible. Il ne manquerait plus ensuite de convaincre Amygdale de se soumettre à cet entrainement
Dès que mon chat, adopté récemment, se trouva à son aise dans sa nouvelle demeure, il se mit à la tâche d’arpenter le territoire et de poursuivre des objets réels ou imaginaires. C’est quand j’ai constaté que Minou (ainsi l’appelai-je) ne miaulait pas, mais roucoulait, que j’ai su qu’il était destiné à la voie des airs, et même à l’aventure spatiale. J’ai donc aussitôt pris sur moi de commencer son entraînement, ayant décidé de l’emmener avec le reste de l’équipage visiter les flancs de l’Etna.
La nourriture pour chat est en tout point semblable à la bouffe d’astronaute ; ce ne devrait donc pas présenter d’inconvénient particulier dans l’espace. Quant à la question sanitaire, j’estime simplement que nous avons là un défi de taille, mais non pas impossible à résoudre, pour l’ingéniosité humaine. Ensuite, vient la question des poils et la possibilité d’obstruction du système d’aération, car Minou est duveteux. Pour cela, je ne vois qu’une solution: la coupe caniche.
Cependant, ce sont les aspects physiques et psychologiques de cette entreprise qui accaparent le plus de mon attention. Que fait un chat en apesanteur? Va-t-il virevoleter sans relâche dans la soute à bagage ou bien va-t-il apprendre à se mouvoir habilement, usant de ses griffes pour se riveter aux parois du vaisseau? J’ai pensé que l’on pourrait recouvrir des sections entières de l’appareil de velcro, qui est après tout une invention d’astronaute pour les astronautes, comme le duckt tape.
Je ne sais trop comment envisager ces difficiles questions et je crains de vous ennuyer à force de détails techniques. Je songe au plaisir et au réconfort qu’apporterait un animal de compagnie pendant la durée du voyage. Songeur, je le vois déjà sauter sur le tableau de bord et faire dévier notre trajectoire en toute innocence. Égoïste cependant, j’ai peine à songer aux séquelles dont pourrait souffrir un animal ayant passé le tiers de son existence dans l’espace restreint d’un engin spatial. Je suis pourtant persuadé qu’il s’y plairait, passant le plus clair de son temps devant un hublot, à se faire dorer sur le dos par le rayonnement cosmique…
Amygdale, 9 septembre 2007
Enregistré dans :Mourir au Canada, Préparation au voyage vers mars
Comme la catégorie projetée des exploits sportifs destinés à demeurer dans l’ombre n’a jamais été crée, je crois que courrir un marathon peut bien valoir pour un préparatif en vue d’un voyage sur Mars, du moins en un sens. Quant à (pleurer et) mourrir au Canada, ça a bien failli m’arriver. Vous serez sans doute fiers de votre Amygdale, qui s’est clenché le marathon de Montréal en 3:53:42.6. Enough said.
Ça ne me dérange pas d’y aller, dans l’espace. De rester des dizaines de semaines à fixer un point invisible du cosmos, à pourchasser des pièces d’échec flottantes, à démonter puis remonter le système de guidage… non, vraiment, ce n’est pas cela qui m’effraie. Le problème, ce n’est pas l’approvisionnement en yogourt de l’espace, ni les 30 jours à glander sur un gros cailloux rouge à chercher des bibittes microscopiques, non. Piloter un quad sortit d’une boîte de Construx, that’s cool; jogger dans une roulette pour hamster géante, ça m’intéresse; apprendre le swahili en discutant avec un voyant lumineux, voilà qui m’enchante. Ce qui me chicotte, voyez-vous, c’est, pour le dire en langage officiel : les половое сношение. Autrement dit, il nous manque un Kamasutra de l’espace, qui traiterait tout ce qui touche les affaires matrimoniales, en plus bien sûr de résoudre les difficiles questions techniques relatives à l’acte lui-même. Des efforts ont été faits en ce sens déjà, et cet article a pour objectif de lever le voile sur la zone d’O, une fois passé la couche d’ozone.
Tout d’abord, il convient de remarquer que l’espace est le paradis des adeptes du bondage. On joint l’utile à l’agréable en joignant les poignets et les chevilles aux parois du dortoir, car on évite du même coup bien des dérives. La dérive ne présente, soit dit en passant, pas que des inconvénients: un cumshot peu parcourir des distances vertigineuses. Ensuite, il faut noter que l’asphyxie occasionnée par le port d’un casque a pour effet de précipiter l’orgasme. Enfin, il faut toujours tenir compte de la possibilité de voyeurisme du troisième type. Mais on passe déjà à une autre perversion.
Rien de plus dérangeant qu’un coup de fil quand on tire un coup. Mais, dans l’espace, en mission, que faut-il faire ? Décrocher à tout prix ? Des instructions envoyées par Huston peuvent être capitales : «Mars500, vous allez heurter un météore», ou parfaitement insignifiantes «capitaine Amygdale, nous avons reçu vos échantillons d’urine…etc.» il n’y a pas moyen de définir ses priorités (d’ailleurs, je suis persuadé qu’après deux mois de voyage, plus personne ne prend les appels). 
Imaginez que vous travaillez à réparer la coque du vaisseau et qu’il vous semble soudainement entrevoir une lueur à travers la visière de votre coéquipière russe, par ailleurs un brin fatiguante dans son p’tit suit en aluminium: «Camarade Irina, vous êtes pas mal cute, retrouvez-moi vite dans le sas que je vous montre mon bras canayen». Oui mais une fois là, il faut encore vous déshabiller. Et je parie que de peler une combinaison spatiale, ça doit mettre un temps fou, assez du moins pour démobiliser le hardi cosmonaute (sans compter qu’une fois retirer la combinaison intersidérale, il faut enfiler la combinaison intersurrénale)
Cependant, je ne peux m’empêcher de croire qu’il y a bien un septième ciel. Une bonne mise à feu, assuré par un souper romantique éclairé aux reflets rougeoyants du distant Corps Céleste, sens de notre mission, assure une percée dans la fine atmosphère de frénésie érotique, tandis que l’on approche inexorablement du Grand Volcan bouillant où la nacelle ira plonger… Ou bien juste une petite vite dans le cockpit?
Irina, nous sommes liés par un dessein cosmique, comme deux étoiles d’une lointaine constellation.

Fort de la bénédiction de Mysterious et du soutient financier que m’apporte le starsystème, je peux en toute confiance me lancer dans la carrière de cosmonaute indépendant. Mais on a peine à s’imaginer le degré de difficulté d’une entreprise telle que la conquête spatiale, à ce stade encore primitif où de dérisoires capsules traînent poussivement dans l’immensité interplanétaire. Lorsque l’on songe à l’exploration d’autres planètes, il faut se demander, par exemple, comment réagira l’équipage à une exposition prolongée à l’apesenteur; s’ils seront en mesure de conserver un tonus musculaire et une constitution osseuse suffisants pour explorer la planête rouge, ou bien s’ils ne s’affaleront pas plutôt comme de vulgaires crêpes à la surface de la planète rouge, une fois mis le pied à… Mars. Voyez-vous ça ? Une petite débarque pour l’homme et une grande crêpe pour l’humanité ? Et le voyage ? Sauront-ils s’occuper, ou vont-ils tous s’entretuer après quelques mois, dévorés d’ennui et d’angoisse ?
Aussi, il vaut mieux ne prendre aucune chance et simuler ici, sur terre, les conditions auxquelles seront exposés les astronautes, pour découvrir dès maintenant les stratégies grâce auxquelles ils pourront surmonter les épreuves d’un quotidien stellaire.
C’est donc avec cette idée en tête que je me suis rendu hier à la base de V., pour y retrouver ma princesse de région (PdR), J. Je l’avais prévenu à l’avance de mon intention de me mettre au travail dès mon arrivée. Nous partîmes sur-le-champ en direction du hameau voisin de St.-T., passant au jogging le long des champs de maïs aux-moirures-chatoyantes. Audit village se trouve un grand bassin d’eau fraîche et calme, qui est entièrement réservé à l’usage des cosmonautes. C’est ici qu’ils font leur baptême de l’apesenteur…
Ah ! douce relaxation des tyrannies newtoniennes ! Flotter et se prélasser mollement dans ce fluide divin, et n’avoir pour seule lourdeur que celle de nos membres, las et gorgés de délices, comme ceux du dieu de Michel-Ange ! Quel plaisir que de faire milles cabrioles, comme la pétulante loutre, et puis de s’imobiliser pour demeurer ainsi en suspension, faisant l’étoile, comme si nous étions déjà accroché à l’infini firmament et à sa lente dérive ! Quand je songe que je pourrais demeurer dans cet état de flotaison pendant deux années entières, j’essuie un frisson : voudrai-je jamais en revenir ?
Ce fût une courte mais fort instructive séance d’entraînement.
Ah vraiment, j’ose à peine écrire, je ne sais plus… c’est la façon toute mécanique dont ils vous rejettent, sans aucune forme de procès, quelle indélicatesse, quel manque de tact ! Voyez vous-mêmes :
Thank you for your interest in our Mars500 programme.
The Call for Mars500 Candidates is restricted to people with an academic background and working experience in medicine, biolgocial sciences and/or engineering, therefore you can unfortunately not apply.
Il y a aussi computer science, mais ils ne l’écrivent pas : c’est trop clair que ce qu’ils veulent, au fond, c’est des ingénieurs. C’est donc commode des gningnégnieurs. Ça fait toute. Ça raboute kesse tu veux. Ça fait des t.v. avec des toaster, genre. Maudits gningnégnieurs.
Évidemment, je vais pas m’inventer un PhD en médecine non plus. Non. Je ne veux pas mentir: ils n’en valent pas la peine. C’est dommage tout de même, car être astronaute, c’est encore la façon la plus économique de voyager dans l’espace.
Reste donc la voie touristique. Alors, il faut que j’ammasse 28 millions de dollars, que je vais changer en roubles et refiler aux Russes, pour qu’ils m’emènent faire un tour dans la station Mir. Ou les chinois, mais eux ils ont pas de station. Posons donc un geste dès maintenant, et organisons sans plus tarder une levée de fond.
LEVÉE DE FONDS POUR ENVOYER AMYGDALE DANS L’ESPACE
Venez en grand nombre assister au spectacle de Brigitte Bordel, de Kraspoutine et des Mystik Motorcycle au PETIT CAMPUS mercredi le 11 juillet. Brigitte Bordel interprèterons pour vous, en cette occasion, leur nouveau tube «dans l’Espace», et les Mystik auront des pantalons taille basse comme vous n’osez pas même en rêver !
Merci de votre support !
Aujourd’hui, j’ai posé ma candidature pour faire partie du premier vol habité en direction de Mars.
C’est une entreprise sérieuse, dont je rêve depuis ma plus tendre enfance. J’en rêve la nuit. Mais la tâche sera ardue, car les candidats retenus le seront selon des critères de sélection très pointus, que vous pouvez consulter sur le site. Notamment, il faut être en bonne santé tant au point de vue physique que psychologique. Et je dois rapetisser de 2 cm, ce qui n’est pas tellement un problème, étant donné que le vol est prévu pour 2030, j’ai le temps de racourcir d’ici là.
Je compte donc me mettre à l’entraînement immédiatement, et vous prendre pour témoin de mon zèle et de ma volonté à remplir tous les critères au mieux de mes capacités. Je vais donc tenir un journal de bord et vous faire part de mes progrès sur le site des Annales du F.A.S., car il n’est pas d’entreprise trop sublime pour nous fasiens (à ce propos, Mjack, pourrais-tu créer une nouvelle catégorie intitulée «Mars500» stp ?).
Je trépigne à l’idée de commencer mon entraînement, et de soumettre mes modestes progrès à votre dure critique. Suis-je bien digne de cette mission historique ? Ai-je bien la trempe d’un véritable cosmonaute ? D’un Gagarine ? des Armstrong et Aldrin ? d’une Laïka ? Saurai-je résister au confinement, à l’esseulement et la promiscuité à la fois, à l’ennui, à la privation d’alcool et de sexe, aux rayonnements solaires, à l’éventualité d’une recontre du troisième type, et quoi d’autre encore !
Allez ! Du courage ! Repoussons sans cesse les limites de la stupidité ! F.A.S. vaincra, et règnera sur le cosmos !
Arg ! À peine ai-je envoyé ma candidature, que je reçois le suivant message :
Dear Sir,
Thank you for your interest in our Mars500 programme.
The Call for Mars500 Candidates is restricted to people with a body height of up to 185cm (due to logistic reasons), therefore you can unfortunately not apply.
All information can be found at www.spaceflight.esa.int/callforcandidates
Kind regards,
Thu Jennifer Ngo-Anh, MD, PhD
mais puisque je vous dis qu’en 2030 je serai tout ratatiné ! Est-ce que ça prend un PhD pour comprendre ça ?
Évidemment, je ne vais pas me laisser abattre comme ça au premier pas. C’est un malentendu regrettable, bien sûr, il doit bien y avoir de la place pour un petit centimètre de rien du tout quelque part, voyons, c’est absurde ! C’est le rêve de toute une vie que vous sacrifiez pour une affaire de standard ridicule…
Allez hop ! On recommence depuis le début.