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Les annales du FAS

Le site des sympathisants du Front d’Action Stupide pour un quotidien délirant

Pratique :
Mourir au Canada :

Avec cette nouvelle catégorie, enfin!, on redonne ce qui nous a été donné. Il doit s’agir d’un texte qui vante, de quelque façon, les mérites et les joies de venir passer ses vacances dans ce grand pays, beau et propre, qui nous a vu naître: le CANADA. L’agence de voyage FAS se spécialise dans la mise en valeur des aspects méconnus du Canada, comme la forme de la Saskatchewan, Parc-Extension, les espèces animales disparues ou encore le changement de règlement dans les tavernes à propos de la hauteur de tabourets. Le potentiel commercialement stupide m’apparaît infini, alors à vos marques, prêts? commanditez !!

Mysterious , 26 novembre 2008

Communiqué, pour diffusion immédiate.

Expozine 2008, le septième salon annuel des fanzines, bandes dessinées et petits éditeurs aura lieu les samedi et dimanche 29 et 30 novembre, de 12h à 18h, au 5035, rue Saint-Dominique (Église Saint-Enfant-Jésus, entre Laurier et Saint-Joseph, métro Laurier). Comme d’hab, le FAS y sera.

Des activistes du FAS, en tenue de ville ou de campagne, y vendront (à perte) les fascicules suivants :

• Spécial Julia Kristeva ;

• Spécial non apprivoisable et non domesticable ;

• Spécial hé, hé, hé…

• Spécial baleiner l’imbaleinable ;

• Spécial André Serouille ;

• Spécial « Probable, mais dégage. »

Mjack exposera aussi ses nouvelles sérigraphies d’activistes en action.

Notre table d’exposition sera un lieu ouvert où il nous fera plaisir d’accueillir différents activistes et sympathisants du FAS : Poufiasse, Rhaaaa(rgl), Clark Gabeul, Sire d’oneilles, Bébé Astronaute, Robodrigue et tous les autres, soyez des nôtres ! C’est l’occasion rêvée de signer des dédicaces à vos fans en furie.

Sera, par ailleurs, annoncée la sortie prochaine des 3 premiers livres du FAS, constitués à partir de textes puisés sur nos annales :

• Tome 1: Le Quotidien délirant ;

• Tome 2 : Vers un nouvel exotisme ;

• Tome 3 : Le Continent de plastique.

Chers fasciens et fasciennes, à quoi bon en douter : nous vaincrons !

Amygdale , 18 octobre 2008

Cédrika

Commotion dans les médias
On a perdu la petite Cédrika
Chacun cherche à la retrouver
Mais nul ne sait par où commencer

(Refrain)
Cédrika, Cédrika, oh toi ma petite Cédrika
Je t’ai cherché partout partout
Cédrika, Cédrika, oh toi ma petite Cédrika
Dans les forêts dans les égouts

J’ai arpenté tous les terrains vagues
Je suis descendu dans tous les ravins
À la recherche d’un collier d’une bague
Que tu portais mais c’était en vain

(refrain)
À voir toutes ces affiches partout qu’on plaqua
Il est évident que la nation entière
Cherche à te retrouver ma petite Cédrika
Mais moi je crains que tous désespèrent

(bridge)
J’ai enfin trouvé ma petite Cédrika
Car un ange m’a dit où te chercher
Et je n’ai eu qu’à me retourner
Pour tout de suite crier « eurêka ! »

(refrain)
Je me suis tourné vers l’intérieur
Tu étais cachée au fond de mon coeur
Je cherche maintenant le coroner
Qui t’en sortira au journal de sept heure

Anyone remembers the Angry woman on Bernard street that would spew her hatred for men and patriarchy by yelling at strangers ? Man she was loud. Yelling “BLOODSUCKING VAMPIRES” was pretty much her typical opener as strolled in the café with comtempt in her eyes as fierce as her longing for cafeine.

I remember how funny it was to see the difference between patrons startled by her loud, loud i’m-crazy-out-of-my-mind feminist rants; and regulars from the café who would just continue reading their paper as if that woman going berserk ValeriFabrikant-style was just a normal daily happening. It actually was.

The secret was not to make eye-contact and let the guys from the café deal with her. She was nicer to them. She knew if she started going into a fit before she got her coffee; they would not let her have it. I guess paranoid delusions are like cigarettes: they taste better with coffee.

Anyway’s, I’m pretty sure I saw her on St-Laurent this week. She was’nt yelling. Staring at her, realizing who she was, I braced instinctively for the flow of insults that I knew would surely come my way as we’d make eye-contact.

No thousands of years of male oppression were put on my shoulders that morning.Nor was I referred to as a  bloodsucking vampire.

I believe she actually smiled back at me.

On a le beau jeu lorsqu’on place tous les politiciens dans le même panier. Dans le fond, moi je les aime bien. Surtout Jack. C’est qu’il m’envoie mensuellement une carte par la malle pour m’expliquer pourquoi Duceppe ne peut rien faire pour le Québec et à quel point Harpeur est méchant méchant. J’irais jusqu’à dire que je lui donnerais bien mon vote si les concepts de «Canada» et de «démocratie représentative» étaient signifiants. Récemment, j’ai eu  l’idée de lui envoyer une invitation à son bureau de Toronto. Je me suis dit que boire une bière avec Jack, ça doit être vraiment cool dans le sens class war. En tout cas, c’est un projet à réaliser dans un avenir rapproché.

Je disais que j’ai de la sympathie pour eux  (surtout Jack) parce que leur vie est pas facile, surtout quand vient le temps de répondre aux questions des journalistes. J’ai recueilli quelques perles lors de la conférence de presse qu’il a donné à Edmonton et qui avait pour titre (c’était ça que le ti-bandeau spécifiait en bas de l’écran) : plus de police pour combattre le crime.

Catégorie «toute est dans toute» ou «de quelle couleur est le cheval blanc de Napoléon»: Qu’elle est votre position sur la décriminalisation de la marijuana?

Catégorie «profession de foi» : Est-ce que vous croyez que la gêne occasionnée par la démission de vos deux candidats nuira à votre campagne?

À force de devoir répondre à ces deux mêmes questions en boucle pendant 10 minutes, Jack a effectivement fini par avoir l’air gêné. Ce que les journalistes n’ont cependant pas précisé c’est si cette gêne était le résultat du contenu des questions ou de leur forme. À vous de juger.

mjack , 17 septembre 2008

Vous l’ignoriez peut-être, mais ben au nord de Montréal, dans le village de l’Anse Saint Jean, se trouve une cellule de sympathisants du front d’action stupide. Je vous transmet une communication reçue récemment:

Depuis quelques temps, sur la route pour le boulot, il y a des travaux assez longs. comme la distance est d’environ 3 km, il y a un véhicule escorte sur lequel on a fixé une grosse pancarte orange “suivez ce véhicule”.

À chaque matin je pense au gars qui conduit, à faire les même trois kilomètres aller-retour toute la journée à une vitesse moyenne de 20km/heure. pis ça me déprime un peu. je me demande chaque fois comment il peut trouver la motivation de passer à travers sa journée.

Hier je l’ai découvert. c’était écrit sur sa plaque d’immatriculation depuis le début : FAS 109.

Zepoulpe , 29 juillet 2008
Enregistré dans : Mourir au Canada

(Encore une fois, l’entrée qui suit constitue une entorse à la catégorie Mourir au Canada, mais comme ce n’est pas la première, je me suis dit que c’était moins grave; c’est la première scrach sur ta Ferrari neuve qui fait de la peine, pas la seconde)

Bar Harbor (Maine) - C’est lorsque je l’ai vu orner les gentes de roues d’un scooter à batteries que j’ai commencé à me poser des questions et à être plus attentif à sa présence. Le vieil homme fonçait sur moi, monté sur son fauteuil électrique, façon batmobile pour olympiques spéciaux, la bouche ouverte, l’oeil déterminé à me rouler dessus à la vitesse d’un météorite venant en sens inverse du trafic. J’ai fait un pas de côté et j’ai pu éviter le bolide de justesse et j’ai vu qu’en plus des roues, on l’avait aussi accroché derrière le dossier du fauteuil, à la manière d’une cape tricolore qui flottait dans l’air mainois (ou mainien, je m’en fous).

Puis, de village en village, sur tous les poteaux et toutes les pelouses; sur les boissons gazeuses, les sacs d’épicerie, les napkins, les verres à vin, les bombonnes de propane, les ustensiles de plastique; sous la semelle de souliers faits en Chine, à l’endos des livres imprimés à Singapour, derrière les voitures japonaises; sous les ponts, sur le bord des routes, sur les pancartes; partout, toujours, il est là, flottant ou non, l’air de s’ennuyer comme un rat mort enfermé dans un vieux mur.

Grâce à sa version portative, les gens peuvent afficher leurs couleurs même en voyage : sur le BBQ de camping, accroché à la voiture, sur le parasol ou le parapluie, sur des jeans, des chaps (!) ou des casques de moto (même si le casque de moto au Maine n’est pas obligatoire, à moins que tu sois vraiiiiiiiment fif), sur les arbres synthétiques que les gens installent près de leur roulotte, sur des t-shirts, des soutiens-gorge et bien sûr sur les colliers des animaux domestiques. Dans sa version je-tiens-dans-la-main, notons les petits sachets de nutrasucre, transformés en vecteur de cohésion sociale par cet ajout étoilé.

Tant de présence et d’unanimité dans le patriotisme est pour moi incompréhensible. Déjà, à la Saint-Jean, un petit malaise me prend d’en voir autant, dansant autour du feu au son de Journée d’Amérique. Mais ici, ce n’est pas leur réunion mais leur répartition qui étonne. Il y a quelque chose d’une mélopée dans ce besoin de répéter ad nauseam cette même enseigne. Est-ce que l’Alzheimer est à ce point répandu que l’on a besoin de scander à tous bout de champ (littéralement) les couleurs de la République? Est-ce que quelqu’un, au département d’État, s’est gouré dans les quantités à commander?

Robodrigue , 16 juillet 2008
Enregistré dans : Actions stupides, Mourir au Canada

DING DONG, DING DONG

Merde mes œufs, c’est Rigoberta qui sonne

DING DONG, DING DONG

Fuck mon café, je dois aller ouvrir à la grosse folle

DING DONG, DING DONG

Tabouère mes pieds se sont pris dans mes lacets, ça c’est chien!

BADING BADANG, BADING BADANG

J’ai d’abord fait un vol plané, survolant les premières marches de mon escalier qui mène vers la grosse folle de Rigoberta. Mon cœur s’est serré. J’ai une aversion pour les marches des appartements à Montréal, celles qui datent de l’époque de L’eau chaude, l’eau frette. Elles sont recouvertes de tapis fleuris, quasi monochromes, puisqu’il n’y a que du brun en plusieurs teintes. Mes cheveux étaient dressés sur ma tête, j’ai eu la chienne de ma vie parce que ces marches tapissées des motifs de mon dégoût, vous voyez je ne les ai jamais nettoyées en 5 ans de location, elles étaient déjà méprisables à mon arrivée et j’ai réussi à empirer les choses- rentrer à quatre pattes, cigarette écrasées quand j’étais pressé, urine de chat, cadavre de coquerrelles (en fait il fait noir puisque je n’ai jamais changée l’ampoule brûlée depuis des mois, alors mon imagination en a fait un couloir abominable)-.

Mon corps a commencé par s’incliner vers l’avant, et ma gueule se dirigait vers le motif d’une grosse fleur brune qui semble être représentée sous son plus mauvais profil. Mon premier réflexe est d’étendre mes bras et mes jambes en étoile pour agripper les rampes. Malheureusement, comme mon corps était incliné par en avant, juste mes pieds se sont pris sur la rampe. Cette prise des pieds a créé comme un effet de balancier qui a projeté mon crâne directement sur la grosse fleur brune, dans le choque j’ai eu le temps de voir la grosse face de Rigoberta qui me regardait par la fenêtre de la porte, comme elle est laide Rigoberta! Comme j’ai eu le très bon réflexe de tendre mon corps, ma tête a rebondi me projetant dans les airs, Rigoberta aplaudissait de bonheur de l’autre côté de la porte: la fleur brune m’a consenti une seconde tentative pour agripper la rampe avec mes mains; mais cette fois ce sont mes pieds qui étaient trop bas, je me suis donc pris les indexes et les majeurs dans les coudes de la rampe, ce qui qui les a fracturés, mes genoux ont subi le même effet de balancier que mon crane quelques secondes plus tôt, l’onde de choc s’est fait ressentir jusque dans ma colonne vertébrale et a ressorti par ma bouche sous la forme du cri primal de Janov, sans les papas/mamans superficiels et enfantins, un racourci douloureux mais moins ridicule.

Comme j’avais quatre doigts de cassés j’ai lâché la rampe terrorisé par la suite d’évènements et tout ce qui allait s’en suivre; je me suis laissé tomber vers l’avant, atterrissant directement sur mes clavicules qui se fracassèrent dans un grand “CRACK” retentissant. Cette blessure s’ajoutant aux autres que j’ai subies, résultèrent en un état de semi-coma (surtout à cause du premier coup à la tête). Je me compte chanceux d’avoir perdue la conscience à ce moment, ça a servi d’anesthésie générale pour la suite de la chute.

À mon réveil, que j’estime à deux jours plus tard, j’étais toujours dans mon escalier, personne n’avait eu vent de mon accident; en essayant de bouger je me rendis compte que la suite de la chute, dont je n’avais pas été conscient, avait fini d’achever les organes et les os de mon corps qui avaient résisté aux premiers chocs. Je ne voyais pas Rigoberta, c’était tout de même une bonne chose: voir son air d’ahurri m’aurait vraiment déplu, mais cette grosse poufiasse m’aurait-elle abandonné à mon pauvre sort?

Comme parler me faisait très mal j’ai dû apprendre à siffler puisque je n’avais jamais trouvé utile de siffler, je trouvais ridicules les hommes qui prétendaient être comme les oiseaux. Après deux jours de pratique et beaucoup de pleurs, ça faisait mal tout ça, j’ai enfin réussi à pousser un sifflement perceptible qui alerta mon voisin…

Et voilà, 3 mois plus tard je suis de retour dans mon appartement pour reprendre le cours normal de la vie, mais à ma stupéfaction quelqu’un a mangé mes oeufs et bu mon café, la grosse Rigoberta a même laissé son immonde rouge à lèvres mauve sur ma tasse de café.

Déjà à l’époque où ce beau grand pays qui nous verra mourir n’était encore qu’immensité, richesses et sauvagerie, on observait chez les premiers européens à fouler ce territoire inconnu les signes précurseurs de l’esprit du FAS :

A highligh of the Beaver Club gatherings was the restaging of le grand voyage. Using that narrow window of opportunity between being uproariously drunk and actually passing out, the Nor’Westers would stumble around until they were seated on the floor, arranged two abreast, pretending they were steering a fast-moving canot du nord. Grasping fire-tongs, pokers, walking sticks, swords annd other likely looking implements as imaginary paddles, they bawled voyageur songs as they stroked ever faster, their eyes glazed, their faces beet-red with exertion. But even make-beleive northern canoes must eventually encounter rapids - and they required a change of tactic. With the false shrewdness of the very drunk, the Nor’Westers would consider the possibilities, then clamber up on the dinner-tables and ride the rapids by “shooting” to the floor astride empty wine casks, bellowing a variation on Indian war whoops that verged on Highland battle cries. By this time it might have been four or five in the morning, and the rented dining-room resembled the field hospital of a vanquished army. The few members still upright would adjourn the meeting and stagger home.

Peter C. Newman, Caesars of the Wilderness

bébé astronaute , 20 juin 2008
Enregistré dans : Mourir au Canada

À travers les remarquables exploits des aventuriers de la North West Company, qui défièrent courageusement pendant plusieurs décennies le pouvoir et la majesté de la Hudson’s Bay Company dans leur conquête du nouveau continent, le livre relate durant quelques pages les activités hivernales de ces “barons de la fourrure” :

The fur trade was a demanding but highly seasonal entreprise. While the rivers were frozen the Montreal-based nouveaux riches devoted their energies to outdoing one another at lavishly catered sleigh rides, card tournaments, private musical recitals and masked balls. One former winterer shod his favourite horse with silver and galloped through the city’s poorer districts, scattering showers of coins. He also loved riding into particulary fancy restaurants and ordering the animal a full-course meal. It was a comfortable if self-indulgent existence, but like veterans who can never transcend their time in the trenches, the citified Nor’Westers yearned to recapture the wild freedom and excitement of the frontier. Something, anything, to make the adrenalin pump again.

Thoses urges found their outlet in February 1785 with the founding of the Beaver Club, which became the quintessential NWC institution. Nothing like it could have been created by the prosaïc ramrods then in charge of the Hudson’s Bay Company. Despite its astronomical liquor consumption, the Beaver Club was much more than an urban watering hole. Here the Nor’Westers could abandon artificial dignities and re-create those heady times that had given meaning to their lives. Because it was only among their own that such nostalgia was lifted above it’s more mundane level of providing an excuse to get drunk and break furniture, membership in the Beaver Club was limited to fifty-five fur traders who had spent at least one full season in le pays d’en haut. Club rules were simple but rigidly followed. On admission, each new member had a gold medal struck, engraved with his name, initial wintering date and the club motto : “Fortitude in distress.” […] The repasts were convened at prestigious local dining-rooms […] where meals were served on the club’s crested crystal and china with matching silver cutelry. […]

Usually no one was sober enough to keep minutes of the proceedings, but Georges T. Landmann, a visiting British officer, left this description of a typical meeting in his Adventures and Recollections : “In those days we dined at 4 o’clock, and after taking a satisfactory quantity of wine, the married man… retired, leaving about a dozen to drink to their health. We now began in right earnest and true Highland style, and by 4 o’clock in the morning, the whole of us had arrived at such a state of perfection, that we could all sing admirably, we could all drink like fishes and we all thought we could dance on the table without disturbing a single decanter, glass or plate… but on making the experiment we discovered that it was a complete delusion, and ultimately, we broke all the plates, glasses, bottles, etc., and the tables also, and worse than that all the heads and hands of the party received many severe contusion, cuts and scratches… I was afterwards informed that one hundred and twenty bottles of wine had been consumed at our convivial meeting.”

Landmann diary noted the presence of a dozen guests at the gathering, which translated into an incredible ten bottles of wine each - but that tally did not include the large quantities of ale, porter, gin and brandy also drowned on these occasions.

Peter C. Newman, Caesars of the Wilderness

Moi qui pensais que nous avions un quotidien délirant

TORONTO (INTOXICATED PRESS)- Plusieurs activistes du FAS ont été, par le passé, neutralisés en Ontario. On apprend maintenant qu’une cellule complète du FAS, avec têtes dirigeantes mégalomanes et tout, a été neutralisée par la GRC à l’été 2006, dans LA MÊME DITE ONTARIO. C’est pas Herby Stupp qui le dit, c’est radiocan.

bébé astronaute , 4 juin 2008
Enregistré dans : Art is evil, Mourir au Canada

Sunglasses in the dark

In my eye the spark

Oh, baby! I’m a shark

Graffiti lu dans un autobus de planteurs à Ogoki, dans le nord de l’Ontario. Je repense à ce poème régulièrement et je soupçonne Amygdale de l’avoir composé.

Mysterious , 2 juin 2008
Enregistré dans : Cool is class war, Mourir au Canada

Je me suis perdu dans la ville souterraine. Elle est trop éclairée. Il y a des enseignes lumineuses : Second Cup, Le Château, Sushi Shop…mais je ne trouve plus les signes qui indiquent la sortie. Des gens vont et viennent. Ils semblent savoir où ils vont. Un vieil homme est assis sur une chaise, à la table d’un café. Seules ses pupilles bougent, lentement. Il regarde les gens passer. Des néons grésillent au plafond. Derrière l’homme, une fresque représente une jungle luxuriante. Entre les grandes feuilles des arbres, on peut voir un toucan multicolore et des singes rieurs.

*

- Vous partez où?
- On va à Montréal, voir la ville souterraine.
- La ville souterraine?
- Oui, papa m’a dit que c’était la plus étendue au monde. L’hiver, il fait tellement froid que les gens vivent sous terre.

J’étais sceptique : l’hiver, pour moi, était surtout prétexte à construire des forts et à improviser des batailles de boules de neige – il n’y avait pas de raison de vivre sous terre –, mais mon cousin français avait su m’intriguer : je n’avais jamais visité Montréal alors qu’on venait de France pour voir sa ville souterraine. J’imaginais, derrière les toilettes crasseuses d’un bar, une petite porte, un passage secret, s’ouvrant sur un escalier étroit descendant dans le noir et, plus bas, un monde underground : des bars clandestins, des humains allergiques à la lumière, un vaste réseau de tunnels obscurs… Je crois que j’aurais su m’y repérer, mais ici la lumière est trop claire et les odeurs aseptisées. Je me suis assis sur un banc. Je ne sais plus par où aller. Peut-être pourrais-je suivre cette fille qui se déhanche joliment, mais elle s’engouffre dans un magasin de lingerie fine et je suis un peu timide. J’ère au hasard, repensant au vieil homme assis devant la jungle. Je ne saurais pas le retrouver. Dommage, je me serais caché derrière une colonne et aurais attendu, quelques minutes ou quelques heures, qu’il se lève et se mette à marcher : il m’aurait mené à la sortie. La foule est de plus en plus dense. Je marche avec elle. Certains parlent fort. Plusieurs semblent parler seuls, un téléphone miniature accroché à leurs oreilles. La foule avance, se divise et se reforme, se disperse, se renouvelle. Des escaliers roulants. Des ascenseurs. Trente kilomètres de tunnels. Je pourrais marcher toute la journée, mais je la vois, cette petite porte, au ras du sol, entre deux vitrines de magasin. Je m’accroupis devant elle. Elle semble scellée. Je sors mon couteau suisse de la poche de mon pantalon et introduis sa lame entre la porte et son cadre. Je l’emploie comme un levier. Je répète l’opération à différents endroits autour de la porte et parviens à l’ouvrir. Derrière, il fait noir. Le passage est poussiéreux. Je ne sais pas où il mène, mais je m’y glisse à quatre pattes en repensant une dernière fois à toi et à ce cadeau qu’il me fallait te trouver – ce morceau de tissu coloré ou cet objet brillant – , quelque part, station McGill, Place-des-Arts ou Square-Victoria, sous terre.

J’exige un compte rendu des RVPP; si on va propager la bonne nouvelle et qu’on en fait pas un évangile c’est comme pisser dans le vent! Et je veux quatre évangiles, dont trois appocrifes, l’évangile selon Mjack me parait être une probable auto-fiction christique, ce qui est déjà assez intéressant, les lettres d’Amygdale aux Martiens II et l’apocalypse de Mysterious sont deux livre dogmatique que je m’apprête a baffoué à la minute de leur parution. Mais bordel que s’est-il vraiment passé à Québec? N’était-ce que des hommes, est-ce que vous avez dû enlever la poussière de vos “scandales” en quitant le village? ou encore était-ce l’Isra-Hell tant attendu?

Poufiasse , 15 mai 2008
Enregistré dans : Mourir au Canada

Le 2 juillet 1986, au matin, les épouses calumet-pontoises ramassaient les corps de leurs maris imbibés d’alcool et éparpillés de toutes les parties de cette localité - les chèques d’aides sociale avaient été encaissés la veille, ce qui donnait droit à un carnaval orgiaque entre le premier et le deuxième jour de chaque mois. Parmi les plus agiles on en retrouvait dans le clocher de l’église avec tous les poils rasés, parmi les plus gloutons on en retrouvait dans les confiseries couverts de leurs propres fluides corporels, les policiers délirants d’alcool déguisés en femme s’étaient enfermés eux-mêmes dans la prison et les bandits libres avaient été retrouvés déshydratés la bouteille à la main dans le coffre fort de la caisse populaire, vide de surcroît vue la masse de chèques encaissés le jour précédent les évènements. Les enfants s’amusaient grandement lors des deuxièmes jours de chaque mois, ils s’amusaient à dévêtir les hommes, leur dessiner des obscénités partout sur le corps avec des déchets, ils leur mettaient des pétards dans les orifices ou encore il utilisait des rampes de lancement pour sauter par-dessus les immondes corps à l’aide de leurs vélos; les hommes les plus gaillards qui se réveillaient nus pendant les manœuvres tentaient d’obtenir réparation, mais toujours saouls ils étaient titubants et se retrouvaient sur le derrière la plupart du temps, ce qui divertissait encore plus les jeunes calumet-pontois qui leur criaient ” Maudit fous, arrêtez de boire de la bière ça donne la chaude pisse!” Et les bambins leur lançaient des pierres, les hommes, honteux, s’effondraient souvent en larmes. Comme la « grande fête du premier » attirait les hommes des villages à l’entoures on voyait des femmes étrangères à bord des camions à ordures des villages voisins remplir leur coffre avec les hommes à l’haleine fétide pour le voyage de retour. À travers tout ça les mégères locales chassaient les enfants avec des épées et des weed-eater pour rapatrier les corps malades.

Écœurées par cette manifestation sensuelle mensuelle de leur mari, c’est toujours le 2 juillet 1986 en après-midi que les épouses dépassées se tournèrent ver le seul homme possédant encore une dignité aux abords du Lac des Deux Montagnes, c’est-à-dire le vieux professeur Euphélius Lampa. Metteur en scène émérite dans sa jeunesse, il était, plus vieux, devenu chercheur de l’occulte pour ensuite se ressaisir et aller couler de jours heureux sur la péninsule avec la fortune qu’il avait accumulée par ses séances de spiritisme. Il vivait dans un manoir victorien éloigné du village, on le voyait souvent sur son voilier faire le pitre — enfin pour les gens de Pointe-Calumet lire un livre c’était faire le pitre—, mais sinon on ne connaissait rien de lui.

Face aux plaintes des bonnes femmes, le gentil docteur vint avec l’idée d’utiliser cette masse de chair puante à bon escient: “Pourquoi ne pas leur donner un projet valable et digne? Chères bonnes épouses répugnantes! Parce que vous l’êtes croyez-moi, mes vieux yeux me permettent toujours de le constater; il suffirait de leur donner un rêve, une fierté, les ignorants ont besoin d’être poussés ver l’excellence, sinon ils ne pensent qu’à se donner de la bouteille! Revenez demain à la même heure, je vous exposerai un plan qui vous sortira autant vous que vos maris de la vie de misère méprisable que vous menez, et cela, grâce à la science!»

Les épouses n’ayant pas compris un seul mot se mirent en tête de le brûler sur le champ pensant avoir assisté à une incantation satanique, mais la plus savante d’entre elles affirma qu’elle l’avait entendu dire “revenez demain à la même heure”. Elles décidèrent donc de revenir le lendemain pour voir ce que le bon professeur leur proposerait, en attendant elles devaient aller battre leurs maris avant qu’ils ne reprennent toutes leurs forces.

Le lendemain les femmes du village se ramassèrent toutes devant le manoir du docte Euphélius Lampa, elles regardaient ne sachant à quoi s’attendre. Une voix venant d’un haut-parleur dit : « Voici la science faite homme! Mesdames toutes aussi sottes et laides que vous êtes vous devez admirez les progrès de vos hommes, car ces derniers s’apprêtent à voyager par delà les nuages! Le professeur les emmènera tous avec lui dans un long voyage qui les mènera ver la planète des martiens, la grande planète rouge!! ». Du coup le professeur Lampa sortit vêtu d’un uniforme blanc et ample avec un casque représentant un visage grotesque et souriant. Les femmes étaient pantoises, le professeur fit quelques mouvements de gymnastique pour démontrer les possibilités qu’offrait un tel accoutrement. Il enleva le casque et afficha un large sourire en les saluant de la main.

Ceci sont les premiers évènements d’une grande aventure qui mena les neuf courageux cosmonautes calumet-pontois ver la plus grande aventure interstellaire de l’histoire humaine. Vous avez sûrement déjà entendu parler de cette histoire, voilà pourquoi je m’abstiendrai de vous la raconter. De plus ça ne serait d’aucune utilité dans mon étude des mœurs de ce petit bourg bucolique, il s’agit ici de faire la généalogie de l’action stupide.

Astronaute Gravier

L’astronaute Gravier fait une démonstration de gymnastique sur la rampe de lancement avant le deuxième voyage ayant pour but de sauver la princesse des Martiens.

Au départ, on n’a vu qu’une boule de poils beige. Elle avait visiblement été arrachée d’un animal sans son consentement. Et comme les îles de Boucherville sont proprement envahies de chevreuils, la conclusion s’imposait : je tenais dans mes mains une boule de poils de cerf de Virginie. Un peu plus loin, dans le lit d’un ru gelé, figé par une croûte de neige de 4 pieds, un couple de quinquagénaires restait planté là en nous regardant. L’homme s’adressa à nous :

- Ça ne peut pas être des loups, il n’y a en pas au sud du fleuve.

Avec ma propension légendaire pour l’exactitude - celle qui a fini par me faire perdre la plupart de mes jobs - je me reteins de lui dire que nous nous trouvions en réalité au milieu du fleuve et que donc, ça ne prouvait rien; genre “dans ta face, l’grand”.

- Est-ce que c’est un chevreuil, vous pensez ? que je lui ai demandé en montrant la boule de poils.

- Oh oui, c’est un chevreuil. Il est juste là.

Son doigt de quinquagénaire pointait vers un talus bordé de quenouilles enneigées. En faisant un pas de plus, on se retrouva nez-à-nez avec une grosse femelle qui gisait là. Elle était indubitablement décédée, ce qui nous donna le goût d’aller voir de plus proche. En s’approchant davantage, on pouvait voir que son museau et la moitié de son abdomen avait été dévorés par quelque chose, voire par quelqu’un. Du sang, des tripes, des poils et des restants de bouts de quelque chose appartenant à la chevreuille, s’amoncelaient autour de la carcasse, laquelle regardait la mort en direction ouest-sud-ouest.

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- Ça peut pas être des ours, rappela le quinquagénaire, il y en a pas ici.

On l’ostina pas : il semblait s’y connaître en répartition de bestiaux. G qui était un peu plus haut, à environ 2 mètres de la carcasse, s’amusait à pousser du pied un bout d’intestin rempli de crottes pas encore chiées. Un ami des bêtes, pas de doute.

- Est-ce qu’il y a des carcajous ici? demanda le quinquagénaire, résolu à trouver le coupable et à le juger sévèrement.

- Non, et je ne pense pas que ce soit l’oeuvre d’une licorne ni d’un centaure non plus.

C’est grâce à ce genre d’attitude que j’ai perdu la plupart de mes amis et que ma mère me parle plus.

- Un coyotte? qu’il proposa.

- Probalement, que je lui dis.

- Mais pourquoi il l’a juste bouffé au quart? demanda M.

Bonne question. Qui demeura sans réponse. Vu que tout le monde a vu CSI (normal, il y a une émission qui commence toutes les 20 minutes, sur 23 postes), on s’est dit que le moment était bien choisi pour prendre des photos.

- Je pense qu’on devrait le dire aux gardiens du parc, annonça le quinquagénaire à sa femme qui se tenait en retrait, emmitouflée dans sa bourgeoisie.

G et moi on s’est regardés en voulant dire, «c’est vrai que quelqu’un devrait le dire aux gardiens, et ce quelqu’un devrait vraiment être nous.» On salua les quinquagénaires qui s’en allaient au petit pas en direction de la guérite, annoncer leur découverte.

De nouveau seuls sur le sentier croûté, on se regarda une seconde, puis on fit une entente tacite : on serait les premiers à le dire aux gardiens ou bien merde ! Les quinquagénaires ne nous voleraient pas le pion, ou plutôt mourir !

Go !

Trois flèches sauvages coupèrent dans le bois en direction de la guérite. On avait environ 1 km à faire, et on entendait bien le faire plus vite que ces asti de baby-boomers. La neige enfonçait un peu en crissant, mais rien à faire, on avançait de plus en plus vite. On avait emprunté un autre chemin que les quinquâgés et on espérait que le nôtre était le plus court. Le chemin en rejoignait d’autres et de plus en plus de gens (tous des quinquagénaires) s’y retrouvaient pour se diriger en direction de l’accueil, augmentant d’autant notre nervosité. On s’imaginait qu’ils communiquaient entre eux à distance par téléphone et que déjà, les quinquagénaires avaient annoncé leur découverte aux gardiens. Devait-on arrêter physiquement les individus qu’on croisait, au cas où ils seraient dans la combine? Jouer l’homme plutôt que jouer la puck?

Plus l’objectif approchait, plus nos coeurs battaient vite et plus nos pas se faisaient pressants. À 100 m, nous avancions au petit trot; à 50 m, nous joggions; à 10m, nous sprintions carrément. Devant le gardien ébahi, nous regardâmes autour de nous en sueur, pour voir si le quinquagénaire et sa bourgeoise nous avaient doublés, mais il semblait bien que nous étions dans la plotte de tête.

Victoire !

Noblesse !

Honneur !

- On a trouvé un chevreuil mort ! que nous avons dit à l’unisson, fiers de faire un geste pour que la nature reste propre.

- Ok, où ça? que nous dit le gardien

- Sur le petit ruisseau, à environ 1 km d’ici.

Le gardien, un petit à moustache dont les sourcils formaient un sourcil, se retourna vers son collègue, un grand roux avec des yeux bleus, et dit :

- Va falloir dire à Yvon de le mettre ailleurs, parce que là on se fait écoeurer 10 fois par jour par des gens qui pensent l’avoir découvert les premiers.

Damn.

Robodrigue, 27 novembre 2007
Enregistré dans :Mourir au Canada, Chaire d’Études André Serouille Flesh of Studies

Tu ne connais donc point les pits de sables de Pointe-Calumet? C’est la source des assoiffés, les bassins de la suffisance; on s’y rafraîchit comme autant de bons vivants! D’où le nom latin de Pointe-Calumet “Punius Pipus Banus”; L-J Papineau parlait de ses bains calumet-pontois comme d’une nouvelle naissance, ce fût la première fois qu’il dit le “vidi” du fameux “Veni vidi vici”. Aujourd’hui, autour des ruines qu’à laissé le passage des Romains, on a construit le Beach Club et le Super Aqua Club où citadins de tout acabits viennent promener la charogne que René Levesque nommait corpus. Bien qu’on les appel “club” il n’y a nul besoin d’être membre pour y pénétrer, le membership nécessite uniquement la triste condition humaine; on y est tous des Calumet-Pontois.

Les mini vans promotionnelles qui déambulent dans les rues de la métropole avec l’image rafraîchissante de la vague du beach club (La puissance de cette image est une construction publicitaire, non il n’y a point de vague à PC sinon les sillons de la machine infernale du Super Aqua Club) l’image de cette vague nous laisse croire que cette institution y a toujours été, pourtant les vieux de la Pointe, eux, connaissent la sombre histoire de ce qu’on appelait alors “La machine à ski” (les Calumet-Pontois n’ayant jamais vraiment fait confiance aux nouveaux mots préférait nommer les choses comme elles sont (ex: machine à ski pour téléski, machine à marcher pour chaussure ou encore machine à manger pour fourchette)). Mais ceci est une autre histoire comme disait le narrateur de Conan le barbare.

AHHHHHH pis non, je vais quand même vous la raconter (comme dit trop souvent J.K. Rowling).

En 1950 un Viennois du nom rigolo de Ansus Wajowskionovicthgang quitta son pays après avoir été impliqué dans une histoire de recèle de bicyclette à une roue, l’histoire avait pris un tournant regrettable quand il réalisa que les bicyclettes volées étaient en fait des prototypes pour une machine à coudre sur laquelle les Autrichiens comptaient pour relancer leur économie. Ces machines ridicules et casi inutilisables devinrent la risée de leur voisins Polonais qui eux comptaient sur un nouveau polymère à base de rutabaga pour relancer leur économie, échec lamentable dans les deux cas mais les Polonais profitaient de la chance que leur trouvaille n’aie pas eu d’apparence ridicule.

Monsieur Wajowskionovicthgang cherchait une patrie d’exile où il pourrait couler de jours heureux en oubliant cette fâcheuse histoire de laquelle il considérait être le dindon de la farce. C’est alors qu’il tomba sur un article de journal qui racontait une histoire fabuleuse:

Des nains de six pieds
13 janvier 1950
Intoxicated press

Un petit Bourg canadien attire des milliers de gens venus des cinq continents! Il s’agirait de bassins bucoliques aux propriétés mystiques, on y voit des nains en ressortir avec une taille de géant, des femmes enceintes y accouchent d’enfants déjà adultes, avec barbe et diplômes, des Canadiens-Français en ressortent même avec la capacité de s’exprimer et de manger avec des ustensiles. C’est dans le joli bourg de Pointe-Calumet que ce trouvent ces dits bassins, le maire Marcien Therrien…

“Voilà!” s’écria le receleur viennois, voilà l’endroit où il irait chercher bonne fortune et où son nom ridicule s’accorderait sans problème avec celui du maire de ce bourg canadien!

L’histoire de la machine à ski deviendrait évidente et se révélerait dans toute son horreur quelques mois après son arrivé. (À suivre)

Amygdale, 9 septembre 2007
Enregistré dans :Mourir au Canada, Préparation au voyage vers mars

Comme la catégorie projetée des exploits sportifs destinés à demeurer dans l’ombre n’a jamais été crée, je crois que courrir un marathon peut bien valoir pour un préparatif en vue d’un voyage sur Mars, du moins en un sens.  Quant à (pleurer et) mourrir au Canada, ça a bien failli m’arriver.  Vous serez sans doute fiers de votre Amygdale, qui s’est clenché le marathon de Montréal en 3:53:42.6.  Enough said.

(Veracruz n’est pas au Canada. Aussi cette entrée constitue-t-elle une entorse, une jambette, un sabotage, une claque dans face, etc., à la superbe catégorie Mourir au Canada. En revanche, comme l’histoire qui suit se déroule « d’un Océan à l’Autre », i.e. de l’Atlantique au Pacifique, on s’est dit qu’il y avait là une magnifique fable canadienne et matière à une très belle leçon de bilinguisme. Donc si puriste, s’abstenir.)

Les vagues de l’Antlantique faisaient ce pour quoi elles étaient conçues : onduler et se briser sur la plage en flacottant. Puis le soleil s’est subitement écrasé contre le Golfe du Mexique et tout le monde s’est mis à vomir à l’unisson, à la manière d’un quintette de tubas, débutant dans le répertoire classique. Et pourtant, le vieil indien zapotec de Oaxaca nous l’avait dit: « n’allez pas à Veracruz, vous allez tous y mourir ! » Peut-être parce qu’il était fin saoul, peut-être que parce qu’il lui manquait une jambe, peut-être parce qu’il n’avait qu’un oeil et que celui-ci nous fixait drôlement… reste qu’on ne l’a pas cru. Et nous avons eu vachement tort !

Le véritable problème de l’indigestion de voyage (aussi appelée la fidèle gastro) est, selon les experts, de ces choses qu’il faut d’emblée situer dans le champ de la «vraie» psychanalyse. Elle s’explique en trois mots par une hypertrophie du surmoi. En effet, ce n’est de vomir et de chier (comme je pisse sur les femmes infidèles) qui posent problème, c’est d’être vu en train de faire ces gestes au demeurant fort naturels et beaux. C’est la honte de l’enfant qui fait pipi dans ses culottes et qui doit affronter le regard culpabilisateur du père. C’est l’embarras du jeune matelot qui a laissé échapper la chaîne de l’ancre et qui doit aller prévenir le capitaine - un bourru - que l’ancre a coulé à pic. Bref, mourir de déshydration n’est pas grave (ça permet même de rester mince), tant que personne ne vous voit en train de vous répandre en tortillas sur fond de coucher de soleil.

Veracruz (située à la manière d’un truisme dans l’État de Veracruz) a ceci de particulier qu’elle est une destination touristique fréquentée uniquement par les Mexicains, donc zéro gringos dans les parages. Fin juillet, les Mexicains débarquent en rangs serrés et prennent d’assaut les hôtels et les plages. Conséquence : partout, toujours, à chaque instant, de manière continue et ininterrompue, les toilettes sont occupées. Pas moyen d’être diarrhétique en paix, plus moyen de se laisser passer la bactérie en toute intimité ou alors, il faut accepter de subir le regard horrifié des autres êtres humains à votre sortie de l’isoloire. Il vous faut accepter de mourir en silence.

Et pour ce qui est de mourir, j’y ai cru ! Les crampes vous prennent au moment où vous ne vous y attendez pas, à la manière de contractions masculines qui provoquent force grimaces et rictus embarassés. Puis, quand elles sont rendues aux cinq minutes et que vous êtes dilaté à 10 cm, il est vachement trop tard… Plus moyen de courir jusqu’à l’hôtel, c’est du tout cuit, prêt à servir. Reste l’océan, mais encore là, une bonne dose de courage est nécessaire compte tenu que l’eau est translucide et que des enfants, innocents par définition, y jouent au water-polo…

Il reste aussi la possibilité de rester dans la chambre d’hôtel. Mais cette apparente solution n’est….euh… qu’apparente et se trouve immédiatement voidée si vos compagnons de voyage sont malades en même temps que vous. À la manière d’un horrible choeur grec (ayant mangé de la tsatsiki jaunâtre), commence une passablement lamentable bataille de coqs pour la conquête de la salle d’eau, bataille qui se termine bien souvent par la sortie précipitée du perdant (ou du plus gentleman) à la recherche effrenée d’une alternative rapprochée.

Mais là où tout se corse et où, véritablement, on sépare les hommes des enfants, c’est quand il faut prendre un autobus pour une durée de 12 heures, disons dans les montagnes, sur une route pavée par une équipe d’ivrognes qui, à la pointe du fusil, ont décidé de se mettre en arrêt de travail. Ce sont dans ces moments-là que tu vois si Dieu est avec toi ou contre toi. S’il est de ton bord, tu t’endures les coliques jusqu’aux passagères haltes routières, déciminées çà et là dans ces déserts de cactus; sinon, tu visites la porte arrière, celle qui ferme mal et qui donne à penser à un séjour à l’intérieur d’un camion de vidange, en moins joli…

Bref, on est là, bousculés de tous bords dans le bus, souffrants dans le bas-ventre, pissants des petites giclées de caca dans son dernier boxer propre, en train de conjecturer sur l’amour que l’on porte au papier-cul, quand, sans avertissement, le bus stoppe. « Bonne nouvelle ! » : nous pensions que les freins, ben, y en avait pas ! Mais en regardant mieux l’environ, on se rend vite compte qu’il s’agit en fait d’un barrage militaire.

Rentre dans le bus un militaire, plus jeune qu’il ne faut, vêtu d’un survête de camouflage (inefficace dans un autobus) et d’un énorme M-16 probablement prêté par les Américains, toujours intéressés à bien paraître quand bien même ils ne sont pas là. Le jeune a genre 15 ans et demi, ce qui, de mémoire d’homme, est beaucoup trop jeune pour fouiller des bagages. Il nous demande de nous sortir le cul de nos sièges, ce qui resterait raisonnable en temps normal, mais qui demeure inadmissible en temps de chiasse. Péniblement, de peur de se faire buter par un jeune con à la moustache potentiellement touffue, nous nous exécutons et nous sortons du bus.

Être assis, lorsqu’on chie, est naturel. Mais être debout, lorsqu’on ne chie pas et que toute communication entre le cerveau et les sphincters est perdue, représente une épreuve que je ne souhaite même pas à Luke Skywalker (non, lui je lui souhaite de faire un peu de temps dans une prison fédérale, juste voir combien de temps il tiendra). Bref, nous voilà forcés, tous, de sortir du car. Comme chacun sait, les millitaires viennent en bande, pareils que les orties, ce qui fait que nous nous retrouvons devant dix hommes, vêtus dignement à la manière de canards obéissants, qui nous proposent, fusil d’assault à l’appui, de sortir nos valises et de les ouvrir sur le champ.

Les sympathisants du F.A.S. le savent : la peur est un puissant agent constipatoire. Sauf que «trop c’est comme pas assez» et, de nous tous, un seul dépassa sa limite fécale et se répandit dans ses shirts à la manière d’un ouragan sur les côtes de l’Alabama… Cet incident fut rendu possible par le fait que cet homme (que je ne nommerai pas, à moins bien sûr que quelqu’un n’insiste) était le plus gentleman d’entre nous et avait pris plaisir à faire passer quelqu’un d’autre avant lui aux toilettes de l’hôtel. La gentillesse est inexplicable quand vient le temps d’être sérieux. Aussi, il dut expliquer l’immondice qui tachait son pantalon en disant que « la bouffe mexicaine n’est pas ce qu’elle était et je m’ai échappé ».

Et puis soudainement, les millitaires se sont mis à rire, à rire, à rire…

Puis, après avoir ri, les millitaires se sont esclaffés, puis ont pouffé, puis se sont bidonnés, puis se sont moqués. Ce qui fait que, eux-mêmes, en pointant la déconfiture de l’homme sale, ils ont pissé dans leurs culottes tous autant qu’ils étaient. Puis, réalisant cet écart au code de conduite de l’armée et comprenant du même coup que l’homme est imparfait et que nul - même le plus brave - n’est à l’abri d’une fuite, les millitaires nous ont laissé partir vers l’horizon, souhaitant que, jamais, on ne revienne les faire chier.

Mysterious , 20 juin 2007

Mysterious, 20 juin 2007
Enregistré dans :Mourir au Canada, Entomologicae Bestiare

J’aime le lit car c’est le seul endroit où, comme le chat,
je puis faire le mort en respirant tout en étant vivant.

- Arthur Cravan

Elle m’avait fait couler un bain. Depuis combien de jours ne t’es-tu pas lavé ? Je ne lui avais pas répondu ; elle avait claqué la porte en partant. Étendu sur le lit, je me laissais bercer par le rythme de ma respiration. Elle n’allait pas être de retour avant la nuit tombée ; j’allais m’assoupir et somnoler doucement. J’étendis le bras pour tourner au maximum le bouton du calorifère fixé près du lit. L’appareil ronronnait en chauffant. Mon bras pendait le long du matelas. Je rêvais des des tropiques. Elle, elle n’avait cessé de me vanter le Saguenay. Elle y était née et rêvait d’y retourner. Elle y avait ses racines, ses amis, sa famille. C’était arrivé presque par hasard : on lui avait proposé du travail à Chicoutimi, un emploi dans son domaine, une nouvelle entreprise qui devait revaloriser la région, une offre qu’elle ne pouvait refuser. Je l’avais suivie. Par amour, sans doute.

Je me rappelais la jungle à Tikal : son climat torride, sa végétation luxuriante, les cris des singes hurleurs… J’avais grimpé au sommet d’une pyramide maya ; prétextant la fatigue, elle ne m’avait pas suivi. L’édifice émergeait au-dessus des arbres. J’étais seul. Autour de moi s’étendait une mer de verdure, la jungle à perte de vue. Un soleil de plomb me tapait sur le crâne. Il me semblait que ma chair fumait et que j’avais la tête auréolée de lumière. J’étais petit sous le soleil, mais me sentais immense : il n’y avait que le ciel, la jungle et moi. J’avançai les bras, les tendant vers le soleil, comme pour l’enlacer. La tête levée vers le ciel, je laissai mes yeux se fermer. Le monde était rouge sous mes paupières. Je ne voulais pas être ailleurs. Ce sont des pas sur l’escalier qui me rappelèrent ce que j’étais. Un groupe de touristes grimpait la pyramide. M’avait-on vu ? Je laissai mes bras retomber contre mon tronc. J’avais un peu honte, comme si j’avais été humilié : j’appartenais décidément à l’espèce humaine. Un premier touriste me rejoint au sommet, le pas lourd, le souffle court et le t-shirt imbibé de sueur. Il fut bientôt suivi d’une série d’autres. L’un d’eux tenait un caméscope à la main. Il filmait ses pairs qui riaient fort en prenant la pose devant le paysage. Ils s’entassaient à mes côtés, s’agglutinant, formant une masse bruyante et suante. Un bras frôla le mien. Je me souviens encore du contact de sa peau moite contre la mienne. Ce jour-là, j’eus des envies génocidaires ; aujourd’hui, je ne souhaite que peu de chose, savourer l’inactivité, peut-être.

Elle était partie travailler. J’avais la journée devant moi, mais savais qu’elle allait revenir le soir venu. Elle allait entrer dans l’appartement en emportant avec elle l’air glacé du mois de mars au Saguenay. Nous nous étions rencontrés sur une terrasse à Montréal, rue St-Denis, et étions partis pour l’Amérique latine l’automne venu. Auberges à bas prix, escapades dans la jungle, cocktails sur la plage, plongée sous-marine… Nous ne justifions pas nos actes et passions d’un pays à l’autre comme si chacun était le nôtre. Dis-moi chérie, pourquoi ne sommes-nous pas restés sous le soleil du Paraguay ?

J’avais la journée devant moi, mais elle allait revenir. J’entendais déjà ses reproches : Tu ne sors jamais, si au moins tu te lavais, tu ne portes même plus de sous-vêtement. La chaleur montait dans la pièce et je commençais à suer. Lorsqu’elle allait rentrer du travail, je savais qu’elle allait baisser le chauffage et m’obliger à me lever pour changer les draps du lit. La veille, sa main avait, ce faisant, frôlé mon bras ; notre premier contact physique depuis plusieurs jours, ses doigts froids contre ma peau. J’avais frémi. La dernière fois que j’étais sorti avec elle, nous étions allés au centre-ville de Jonquière. C’était par une nuit glaciale, mais, dans les bars, paraît-il, l’ambiance était chaleureuse. Je me souviens d’avoir aperçu, à travers une fenêtre givrée, une motoneige qui roulait sur la rue principale.

Elle allait revenir. Des reproches, encore : Tu n’as plus vingt ans, il faut penser à ton avenir, as-tu consulté les offres d’emploi ? Trouver du travail à Chicoutimi avec un bac en anthropologie : j’allais finir pompiste ou commis de dépanneur. Et puis, avais-je vraiment envie de travailler ? Je n’espérais rien. Je ne m’inquiétais ni de mon avenir ni de ma survie. Étendu dans mon lit aux draps imbibés de sueur, j’étais assis sur la plage sous un soleil brûlant : des poissons scintillaient parmi les vagues, un gros crabe s’était figé à quelques mètres de moi, la sueur perlait sur mon front, je respirais doucement. Pourtant, ce jour-là, je ne parvenais pas tout à fait à me détendre. Chérie, dis-moi, quand retrouverons-nous le soleil des tropiques ? Elle allait revenir et j’anticipais son retour. Peut-être devais-je faire quelques concessions ? De ma chambre, je pouvais voir la porte entrebâillée de la salle de bain. Quelques mètres seulement ; j’envisageai de m’y rendre en rampant. Je m’imaginais à plat ventre sur le plancher grinçant, me prenant pour une tortue de mer, les bras et les jambes allant et venant dans la poussière, puis je me dis que, tout de même, ce n’était pas raisonnable, et je m’assis au bord du lit. Sur le mur, elle avait accroché une photo où nous posions tous les deux sur les rives du lac Atitlan. L’image me semblait factice ; nos dents étaient trop blanches et le ciel trop bleu, mais pourtant, tandis que je nous revoyais tous les deux, posant l’un à côté de l’autre – je dois le reconnaître – elle me manquait un peu. J’avais le goût d’elle, mais sa vie allait à toute allure et je ne savais comment la retenir. Elle courait vers l’avenir alors que je l’aurais bien gardée près de moi. Nous aurions fermé la porte de la chambre, monté le chauffage au maximum et nous serions collés l’un contre l’autre, nos sueurs se mélangeant comme pour former un adhésif : nous nous serions enfermés dans un cocon et aurions hiberné, ensemble, loin du monde. À l’heure qu’il était, elle devait déjà être au travail. Elle appelait des clients, répondait à des courriels, faisait la promotion de son entreprise. Certains jours, elle prenait même sa voiture pour traverser le parc des Laurentides et se rendre jusqu’à Québec y rencontrer des gens d’affaires. L’aller-retour en une journée ; elle me l’avait dit. Elle était fraîche et vive, jeune et dynamique, prête à faire sa vie en société ; je l’avais préférée étendue sur la plage à mes côtés. Je revoyais les lunettes fumées posées sur son nez et les goutelettes de sueur qui reluisaient sur sa peau. Ici elle ne se consacrait qu’à son travail ; elle avait de l’ambition, paraît-il, et n’avait pas de temps à perdre. Moi, je pouvais me contenter de prendre un bain. Après tout, elle ne m’avait rien demandé d’autre. J’hésitais pourtant à le faire. Sur un mur de la pièce, une lézarde s’étirait du plafond vers le plancher. De jour en jour, elle semblait plus longue, mais ce matin-là, je croyais la voir s’allonger, presque imperceptiblement. Je fermai les yeux et pensai à ces insectes qui devaient reposer à l’intérieur du mur, blottis dans la laine minérale. Je les imaginai se réveillant avec le printemps et élargissant la lézarde avec leurs petites pattes pour se glisser dans ma chambre, puis je me dis que c’était peu probable, que ce n’était là qu’une image. Je ris tout bas et me levai. Mon sexe pendouillait entre mes jambes. Je fis quelques pas jusqu’à la porte de la salle de bain que je poussai d’une main en m’appuyant de l’autre sur son cadre. Devant moi, un miroir couvert de buée me renvoya mon image trouble. Cela aussi me fit rire. Il faisait très chaud dans la pièce. L’eau du bain devait être brûlante. Je voyais la vapeur s’en élever ; m’y plonger tout de suite ne serait pas sage. Il s’agissait d’une baignoire à l’ancienne, perchée haut sur pattes, dont l’émail s’écaillait à plusieurs endroits. Sa cuve était creuse, mais peu longue : j’aurais pu m’y plonger tout entier, mais seulement les jambes repliées. On aurait dit un curieux animal. Il me rappela le lit animé de Little Nemo marchant sur ses pattes extensibles. L’air était vaporeux et la chaleur me montait à la tête. Je fis un pas dans la pièce puis me laissai glisser contre le mur ; mes fesses se posèrent sur le carrelage. Si, dans les hauteurs de la salle de bain, l’air était torride, son plancher restait relativement frais. Moi qui avais tant rêvé des tropiques, je m’accomodais alors d’une température plus douce. Je courbai la tête et laissai mes paupières retomber sur mes yeux. Je ne pensais plus trop à prendre un bain, mais me revoyais, semblablement assis, contre un rocher, près d’une lagune du Yucatan, bercé par le clapotis des vagues, avec toi, il n’y avait pas si longtemps. Je sentais le sang couler dans mes veines et m’entendais respirer doucement. J’entrouvris les yeux et mon regard glissa lentement sur le carrelage. Sous la baignoire s’ouvrait un petit univers, un espace à part. Je m’étendis à plat ventre et rampai jusqu’à elle. Sous sa cuve, entre ses pattes, s’étaient accumulés de petits tas de poussière auxquels s’entremêlaient des cheveux. Je les tâtai du bout des doigts ; ils étaient un peu poisseux. Une légère odeur de moisissure me monta au nez, sans me déplaire. Si l’eau du bain devait être brûlante, l’espace qui s’ouvrait sous lui offrait une température plus tempérée. J’y étendis mes deux bras et y posai mes mains à plat, les doigts écartés, semblables à des étoiles de mer. Ma cage thoracique se pressait sur le carrelage à chacune de mes inspirations. J’avais placé mon menton sur le plancher, comme un pillier soutenant ma tête à l’angle de mes deux bras. Les yeux grands ouverts, j’avais devant moi un petit monde que j’explorais du regard. Bientôt, je pus voir des poissons d’argent se glisser entre mes doigts.

A quoi reconnaît on le déclin d’une civilisation? À son urgence de faire la guerre? Au trafic aérien dans l’azure qui la surplombe? Aux épaulards pouvant maintenant se confondre dans sa population jusqu’à être mépris pour un obèse parmi tant d’autres? Absurde dites vous? Nous pensons ici à ce loup marin qui s’était fait passé pour un habitant du Wisconsin et qui était devenu gérant d’un Wendy’s en plein centre ville de Los Angeles. Les gens prenaient ses glougloutements pour l’accent incongru du Wisconsin, c’est lors d’un vol à main armée quand il a reçues trois balles dans le flanc gauche que les employés du Wendy’s découvrirent, non sans stupéfaction, la véritable identité de monsieur WhoooooHooooha: un méprisable loup marin dopé de Filet o’ Fishs.

Mais toujours est-il que ce n’est pas à la faune marine prenant activement part à la vie civile que nous reconnaissons le déclin d’une civilisation; même lors de l’âge d’or américain un dauphin était devenu débardeur au port de New York et une anémone la coqueluche des grands boulevards.

Je crois que l’épisode suivant est à méditer; par une réflexion bien personnelle vous verrez ce qui cloche et qui amène à voir les véritables tares qui nous mènerons ver ce que notre descendance appellera “La décadence calumet-pontoise” car Pointe-Calumet est en fait le laboratoire de mes observations et expériences sociales, et comme plusieurs le craignent, ce havre de paix est aussi le nid d’un mal qui s’étendrait sur tout le continent.

Retour en arrière: en 2003-2004 la chaîne de dépanneurs Couche-tard se lance dans une mise en marché agressive de sa nouvelle barbotine à qui elle donne des airs de déglingues, les saveurs sont : Schtroumfs écrasés, caca de père noël, windsheer washer… vous voyez le topo? Ça a fait un beau petit scandale à l’époque, voyez cette sloche était destinée aux enfants en apparence, je crois qu’un autre but a été atteint, celui de soumettre la populace entière; la corruption est telle chez les épiciers que l’on a mis de côté de la morale et on se frotte les mains d’une si bonne affaire.

Mais peut-être que pour vous il s’agit d’une mince affaire qui a sombrée dans l’oubli depuis, après tout à Montréal on en voit à tous les jours des scandales; à Pointe Calumet non! Il faut d’abord comprendre que Pointe Calumet a eu ses cinquante balais en 2005, soulignés par la visite des Respectables à “Pointe”. Cinquante ans c’est jeune (pas pour un alcolo, c’est déjà bien avancé dans l’enfer) et Pointe Calumet a connu plusieurs transformations depuis ses années de station de vacance (Lire le livre Pointe-Calumet Boogie Woogie de Claude Jasmin) ensuite repère des familles squatteuses du compté de Deux Montagne (vivant dans des maisons mobiles, des cabanes à pêche) pour finir cité dortoir se trouvant à la toute fin de la 640, on y vit paisiblement dans de nouveaux développements où l’odeur des égouts est constamment présente (mauvaise prévision des ingénieurs). Toute les étapes de la décrépitude occidentale; et finalement on s’endort dans une maison en agrégat envahie d’une odeur puante pour s’y sentir chez soi.

Quand la sloche est tombée sur ce bordel paroissiale ça a été comme un éveil; au début on en consommait juste en haut de la moyenne provinciale, on en était friands mais pas malade encore. On s’amusait à mélanger les couleurs, le fond de la mienne était mauve et le dessus vert fluorescant, les commis du dep’ étaient rendus experts et pour amuser les enfants, ils dessinaient des motifs dans la barbotine. Mais comme toute la magie qui entourait la sloche s’évanouissait à toutes les fois qu’on entendait le son de la paille tâtant le fond en aspirant de l’air, on devait en racheter une autre; en quelques semaines on a défoncées les statistiques, la consommation de ce petit blède était comparable à celle de l’île de Laval et ça dans un seul Couche-tard! Les parents s’y sont laissés aller aussi, toujours de plus grosses sloches; si les habitants du Lac St Jean se frottent d’avoir inventer la grosse la bière, les Calumet-Pontois, eux, se frottent d’avoir inventer la grosse sloche.

Cette spirale de mépris envers le bon goût, ce cercle vicieux de la gloutonnerie allait donner un retour karmique à cette bonne populace: on ne chicotte pas avec autant de sucre sans en payer le prix. Voyez vous, la raison pour laquelle les Calumet-Pontois aimaient tant la barbotine, c’est que l’ancien épicier de Pointe Calumet était diabétique et n’avait jamais vendu de produit à haut de taux de sucre en 50 ans aux abords du lac des Deux Montagne, l’arrivé impromptue d’un Couche-tard avec ses masses de sucres allait briser en quelques jours l’idylle zéro calorie que l’épicier du village avait construit avec tant de volonté.

Il faut comprendre qu’un Calumet-Pontois se retrouvant dans un Couche-tard nouvellement bâti, avec ses néons, ses couleurs bleues et rouges, sa musak à plein volume, et surtout la distributrice a barbotine tournant toujours dans le même sens quasi hypnotisant pour maintenir uniforme ces mixtures de morts froides et fluorescentes; hé bien pour le Calumet-Pontois c’est comme pour un adolescent montréalais qui est entré chez les putes avec de fausses cartes; son engin lève la tête: Bienvenu à la maison l’ami.

Le bonheur rime avec glucose-fructose-saccharose liquide*.

(la suite à venir)

* type de sucre utilisé pour la production de barbotines.

Le FAS a ceci de grand qu’il cultive la stupidité dans les petits gestes. Une photo, un croquis, un poème, une citation, une éruction, un commentaire, une action gluante, une éjaculation auriculaire… et quoi d’autre encore?

Curieusement, le FAS partage cette acceptation totale de la stupidité au quotidien avec la municipalité de Laval - « ma ville, mon avenir ». Ne vous y trompez pas : cette ressemblance n’est pas fortuite. Les penseurs du FAS, tapis sous des pseudonymes alimentaires, historiques, sexuels, faussement aristocratiques ou sous-marins, avaient prévu cette parenté et c’est avec nostalgie que la plupart réagissent à la simple évocation de ce nom …. Ahhhhhh Laval…

Ville de tous les excès, espèce de redlight district de la couronne nord, Laval a, la première, su déposséder les agriculteurs de leurs terres pour y construire des autoroutes et des Réno-Dépôts. Pionnière d’une nouvelle manière de concevoir l’urbanisme (suivant l’école de Pittsburgh dite “du déconcrissage”), la ville s’est vite donnée comme idéal de relier des petits villages par des centre-d’achats ou de fournir à ses citoyens l’opportunité de ne pas pouvoir ne pas avoir de voiture.

Les années ‘70 et ‘80 ont vu la ville de Laval être ridiculisée par les Montréalais qui, probablement occupés à choisir leur pain multi-grain et à trier leur lentilles, ne voyaient pas la beauté derrière les choix architecturaux douteux ou la prolifération des grandes surfaces. Et pourtant, l’Île-Jésus, qu’est-ce sinon justement que ces grands espaces, ces parkings infinis, ces bretelles d’autoroutes engorgées, ces développements de condos bon marché, ce même maire qui, depuis 1412, règne dans l’ombre d’un mourroir appelé la Cité de la Santé?

Les années 2000 ont vu Laval revamper son image et acquérir en coolitude ce qu’elle avait perdu en espaces verts. La plupart des historiens s’entendent pour dire que cette gentrification spontanée est attribuable à l’effet Fuzzy - cette boîte de nuit qu’on vient d’aussi loin que de Sainte-Thérèse pour se voir refuser l’entrée à. Le Fuzzy est devenu emblématique de la culture lavalloise, tellement que sont nés par la suite plusieurs clones : le Fluzi, le Fusil, le Fluffy, le Fuzzazzi, etc. Ce phénomène n’est d’ailleurs pas sans rappeler le cas des restaurants La Belle Province et toutes ses variantes : la Plus belle province, la Belle Pro’s, La vraiment plus belle province, la Province, BP, Le beau Québec, etc.

Laval est aussi devenue un tentaculaire bastion libéral qui vote rouge comme on tourne à droite sur les lumières du même nom. Un château-fort comme on en fait plus : insulaire, cerné à l’ouest par le Lac des deux Montagnes - cette réserve infinie de poissons au mercure et de pneus usagés - à l’est par Terrebonne et Charlemagne (c’est Céline !!!), au Nord par les Laurentides - ces fausses montagnes vraiment plates - au Sud par l’honnie ville métropolitaine de Mtl.

On pourrait dire bien des choses encore : Laval c’est aussi un palindrome, une destination chic pour ceux qui ne savent pas ce qu’est le goût, une place que tu peux bientôt aller en métro sauf si tu restes à St-Hyacinthe, un havre navrant de concentré de ce qui fait qu’une ville est laide et une campagne invivable, une chose hybride et monstrueuse qu’un oeil curieux ne peux s’empêcher de regarder, comme l’éclosion d’un oeuf de crocodile ou le visage de Brian Adams vu de près…

Laval c’est tout cela et peut-être une coupelle d’autres affaires encore, mais j’ai d’autres choses à faire, merde.