Catégorie Ultracentriste: Métropocentriste, égocentriste, triste. La vie quotidienne mal vécue et bien décrite.
-Donc Monsieur, vous avez bien compris les particularités relatives au 9-1-1 de la téléphonie IP ?
-Oui, je dois attendre cinq jours ouvrables avant d’appeler le 9-1-1.
-Parfait. Les frais de branchement sont de soixante dollars. Voulez-vous profiter de la visite d’un technicien, c’est gratuit.
-Madame, pour soixante dollars, je vais prendre la visite gratuite du technicien.
***
Je m’ennuie déjà de cooptel.
L’autre jour, j’ai commencé à prendre des antibiotiques pour une infection hypothétique. La docteure - une jeune femme de même pas 30 ans assez cute mais sexuellement drabbe - m’a dit que mes douleurs étaient probablement causées par une infection, mais qu’il n’y avait aucun moyen de le savoir. Pour traiter le problème, on allait utiliser une technique chère aux théologiens scolastiques du XIIIe : prouver l’existence de quelque chose par l’impossibilité de sa non-existence.
- Si les antibiotiques marchent, c’est que vous souffrez bien de ça.
J’avais comme l’impression d’être entre les mains d’un aveugle qui cherche son deuxième bas noir dans son panier à linge sale pendant une panne d’électricité. Mais bon, qui suis-je devant la science moderne?
J’allais quitter le bureau quand la doctoresse – celle à qui il va bien falloir que je montre ma gueraine un jour puisque elle est mon médecin de famille – s’est retournée le visage vers moi et m’a dit :
- Ah oui, une dernière chose : pas du tout d’alcool durant le traitement.
- « Pas du tout » dans quel sens?
- Est-ce qu’il y a vraiment plusieurs sens?
- Bien sûr ! Il y a « pas du tout » dans le sens de ça nuit vraiment au traitement, mais tout le monde est libre de faire ce qu’il veut à cause de la constitution; il y a aussi « pas du tout » dans le sens de ta maman te fait dire que c’est mieux pas; et il y a aussi « si tu prends une goutte, tu meurs par desquamation. »
- Ça serait plus proche du 3e.
- Shit.
Le problème, c’est que l’Halloween approche et que c’est de loin la période de l’année où les partys sont les plus cool (et nombreux). À Noël ou au Jour de l’an, les gens sont souvent dans leurs familles ou partis à l’étranger. Par contre, fin octobre, les étudiants sont en mi-session, les travailleurs sont gris-vert et le temps n’est pas idéal pour un tour de la Gaspésie sur le pouce. En plus, la fête des morts était l’unique prétexte dont les filles avaient besoin pour assumer pleinement leur déguisement de tiret-pute : pirate tiret pute, vampire tiret pute, princesse tiret pute, docteur tiret pute, etc. Ça donne droit à un spectacle inspirant de chair et de sang.
Well, que je me dis. Je fumerai des joints ou je boirai des red-bulls pour le frisson.
Le party en question est Le party du boucher™ et se déroule chez A* (qui a déjà fait l’objet d’une mini-biographie dans ses pages. Voir ici). Normalement, c’est relax, il y a environ entre 300 et 400 personnes et la police n’ose plus intervenir par peur d’un putsch. C’est sur 3 appartes, séparés selon le type de drogue prise par la majorité : pot (en bas), speed et extasy (au milieu) et quelque chose d’autre de très bizarre (en haut). Évidemment, le milieu est le plus dansant et l’apparte du bas, celui où il se dit le plus de choses du genre « heille dude, est-ce que t’a vu l’autel en l’honneur du décès de Ricky Martin? »
Bon, donc on arrive vers 23h. Il n’y presque personne – même pas 150 - et la musique arrache vaguement la tapisserie. Je n’ai pas bu du tout pendant le souper qu’on a eu chez des amis. Par contre, eux se sont savamment et avec un très beau sens du devoir pinté dans ma face au vin rouge/gin tonic. Je suis un peu edgy à cause des 6 ou 7 red-bulls que je me suis claqués (il m’en reste 4 autres) et mon déguisement de cow-boy/redneck/zombie ne parvient pas à masquer mon irritabilité.
En plus, contrairement à d’habitude, on dirait que j’agis comme un super-magnet pour toutes ses âmes esseulées : tout le monde vient me voir, on veut me parler, me toucher, m’embrasser (malgré mon maquillage qui coule); les inconnus demandent à d’autres inconnus qui je suis, on semble me connaître par réputation (!), on veut comprendre tout cette énergie bouillante que je dégage (j’ai beau dire que c’est le red-bull, mais on veut en savoir plus). Bref, on fait la queue pour me proposer du feu.
En plus, tout le monde me propose du scotch de 45 ans, du vin de glace de Sibérie, de la vodka de bison au nom imprononçable, un verre de Château Margaux 1961 « un vin bâti pour l’éternité »; de la coke qui vient directement du pusher des stars, de l’extasy pure, du haschisch libanais, de l’opium afghan, des speeds qui te donnent le goût de toutte, des cigares Diplomatico # 5, du mush des Îles-de-la-Madeleine…
J’ai comme les dents serrées et je me contente de branler la tête sur le rythme de « La poupée qui fait non ». Les filles sont de plus en plus saoules et me confient leurs derniers coups de cœur et leurs derniers coups de bite. J’ai désormais les dents full serrées et je hoche la tête sur le rythme de « Si j’avais un marteau ». J’ai presque fini mon dernier red-bull et il n’est même pas 1h. Les gens dansent en faisant des gestes obscènes, rien de bien nouveau quand t’as pas bu du tout.
Soudain, mon regard croise les yeux d’une fille déguisée en infirmière tiret pute. Elle a des porte-jarretelles apparents, des seins partout devant elle et un sourire de Mona Lisa tiret pute. En regardant mieux, je me dis que cette nurse en manque me dit quelque chose. Mais il y a tellement de monde que je pense reconnaître que ça veut rien dire. Déjà j’ai vu le gars de la quincaillerie qui m’a dit s’appelé Le-gars-de-la-quincaillerie (sic), la serveuse du Billy Kun, le criss de cycliste frisé blond à pédales à clip, le chien de ma voisine et le cassier heureux d’être content de chez Canadian Tailleur… Mais en regardant bien, mon cœur s’arrête entre deux battements, juste le temps pour lui de dire « what the f ?!? » : ben oui, c’est ma docteure !! Elle est plus bourrée que Bourriquet (tiret pute) et compte tenu de sa coordination, je ne lui demanderais pas de m’enlever une écharde ou de procéder à ma vasectomie.
Je m’approche d’elle et j’enlève mon masque. 2 minutes 30 plus tard, elle me reconnait et me dit en lettres attachées :
- Monsieur R* ! Est-ce que vous avez respecté la consigne?
- Oui, je suis au red-bull (geste du doigt).
- Vous ne devriez pas, c’est bien pire que l’alcool avec vos antibiotiques.
- Oups.
- C’est correct. Juste à pas le dire à votre docteure…
- Bouche cousue.
Je suis rentré chez moi les dents serrées par la caféine en comptant les étoiles du ciel… deux fois.
Été 2008, picnic électronique.
Pour une raison ou une autre, je suis vraiment en feu. En fait, je suis une force qui va. C’est pas moi qui l’ai dit, c’est Zola. Je tombe sur un DJ qui me donne une étrange impression de déjà-vu. Je ne sais pas trop à quoi m’attendre, étant pas mal passé à côté de la scène rave, électronique, tout ca. J’ai de la chance, le gars aux tables (BLISS) tombe vraiment dans mes cordes. Il y en a que ça pas l’air à faire kiffer, mais moi, j’ai rien contre le breakbeat et je vois pas pourquoi je me plaindrais d’un DJ qui assure.
En feu donc. Ca doit faire 2-3 heures que je danse solide. On va chercher ses endorphines où on peut. Il fait chaud, mais surtout humide. Ca fait déjà 2 litres d’eau que je m’enfile et que je transforme en eau salée. J’en ai un peu marre d’avoir les yeux qui piquent. Je me débarasse de mon T-Shirt: faut que je m’essuie la face. J’entre dans un manège qui consiste à danser jusqu’à ce que les yeux me piquent, pour ensuite m’essuyer la face avec le fameux t-shirt qui pend maintenant à ma ceinture.
Entre deux succèes reggaeton, une grande rousse s’approche de moi, visiblement mal-à-l’aise. C’est assez clair qu’elle cherche à me dire quelquechose. Je me dis que c’est assez dommage, parce qu’elle me fait exactement l’effet contraire que les grandes rousses me font d’ordinaire. Poliment mais sans en avoir trop envie, j’arrête de danser sec et je lui souris, histoire de la mettre à l’aise. Si ca se trouve elle va me dire qu’elle a trouvé mon verre de contact.
Je me pose la question elle a quel âge pour être coincée de même. Le temps fige quelques secondes. Cette fille ne sait plus pourquoi elle voulait m’aborder. Elle semble réaliser de seconde en seconde qu’elle est sur le point de s’humilier, ne sachant pas trop quoi me dire, mais cherchant fort. Je peux presque l’entendre penser: t’esconnet’esconnet’esconne, dit kekchose enwèye. J’essaie de l’aider en lui donnant une porte de sortie: voulais-tu me demander quelquechose.
La face qu’elle me fait me donne l’impression d’avoir flashé mes hautes dans la face d’un chevreuil. J’entends ses neuronnes spinner: elle cherche vraiment quelque chose à dire. Puis bing! Ca lui vient:
-Il fait vraiment chaud, est-ce que je peux m’éponger le visage avec ton T-shirt.
Je sais pas si c’était ses paroles exactes, mais c’est ca que ca voulait dire.
-Lâche-toi l’ourse que je lui ai dit, mort de rire; lui tendant ausi sec le t-shirt humide.
En une seconde, son visage a disparu dans mon t-shirt. Audacieux que je me suis dit. Ceux qui me connaissent vont me comprendre. Le temps a comme figé. Je pouvais l’entendre penser: mais qu’est-ce que tu fais un dimanche sur l’ile STHélène, à t’essuyer la face dans la sueur d’un étranger, à pas savoir quoi dire. Rassemblant sa dignité, elle m’a refilé le T-Shirt, davantage humiliée que comblée.
Anyone remembers the Angry woman on Bernard street that would spew her hatred for men and patriarchy by yelling at strangers ? Man she was loud. Yelling “BLOODSUCKING VAMPIRES” was pretty much her typical opener as strolled in the café with comtempt in her eyes as fierce as her longing for cafeine.
I remember how funny it was to see the difference between patrons startled by her loud, loud i’m-crazy-out-of-my-mind feminist rants; and regulars from the café who would just continue reading their paper as if that woman going berserk ValeriFabrikant-style was just a normal daily happening. It actually was.
The secret was not to make eye-contact and let the guys from the café deal with her. She was nicer to them. She knew if she started going into a fit before she got her coffee; they would not let her have it. I guess paranoid delusions are like cigarettes: they taste better with coffee.
Anyway’s, I’m pretty sure I saw her on St-Laurent this week. She was’nt yelling. Staring at her, realizing who she was, I braced instinctively for the flow of insults that I knew would surely come my way as we’d make eye-contact.
No thousands of years of male oppression were put on my shoulders that morning.Nor was I referred to as a bloodsucking vampire.
I believe she actually smiled back at me.
Je m’approche d’un couple assis sur la terrasse du café Méliès, une cigarette dissimulée dans la main. Arrêté à leur hauteur, j’observe la dame qui observe son café. Je prends une seconde pour me demander lequel est absorbé par l’autre, puis me tourne vers l’homme. Je croise son regard ; il me tend son briquet d’un geste automatique.
Comme j’étais d’humeur allègre, je lui ai répondu sur un ton particulièrement cordial.
-Monsieur, vous avez lu dans mes pensées.
Plus allègre que moi encore, sur un ton qui eclipse ma propre bonne humeur:
-Ah-Ha! Tu le savais pas que j’avais un double-sens !
-(…)
On a le beau jeu lorsqu’on place tous les politiciens dans le même panier. Dans le fond, moi je les aime bien. Surtout Jack. C’est qu’il m’envoie mensuellement une carte par la malle pour m’expliquer pourquoi Duceppe ne peut rien faire pour le Québec et à quel point Harpeur est méchant méchant. J’irais jusqu’à dire que je lui donnerais bien mon vote si les concepts de «Canada» et de «démocratie représentative» étaient signifiants. Récemment, j’ai eu l’idée de lui envoyer une invitation à son bureau de Toronto. Je me suis dit que boire une bière avec Jack, ça doit être vraiment cool dans le sens class war. En tout cas, c’est un projet à réaliser dans un avenir rapproché.
Je disais que j’ai de la sympathie pour eux (surtout Jack) parce que leur vie est pas facile, surtout quand vient le temps de répondre aux questions des journalistes. J’ai recueilli quelques perles lors de la conférence de presse qu’il a donné à Edmonton et qui avait pour titre (c’était ça que le ti-bandeau spécifiait en bas de l’écran) : plus de police pour combattre le crime.
Catégorie «toute est dans toute» ou «de quelle couleur est le cheval blanc de Napoléon»: Qu’elle est votre position sur la décriminalisation de la marijuana?
Catégorie «profession de foi» : Est-ce que vous croyez que la gêne occasionnée par la démission de vos deux candidats nuira à votre campagne?
À force de devoir répondre à ces deux mêmes questions en boucle pendant 10 minutes, Jack a effectivement fini par avoir l’air gêné. Ce que les journalistes n’ont cependant pas précisé c’est si cette gêne était le résultat du contenu des questions ou de leur forme. À vous de juger.
Mercredi, je suis dans le Vieux-Port en train de bosser avec mon coloc. On pose des affiches moyennant un salaire de misère, mais on rigole bien. Une dame et sa fille passent à côté de nous et s’arrêtent pour nous parler. La dame: ” Vous auriez pas l’affiche de Beethoven par hasard?” Nous: ” Ben c’est quoi, c’est un concert, un disque?” Et elle nous répond, pas de joke, avec un air de dédain empreint de sympathie pour notre ignorance: ” Ben non, c’est un être humain.” ………
Mon nom est Conquête.
Avec mes amis Pestilence, Guerre et Mort nous chevauchons tranquillement. Nous tournons au coin de St-Denis et de Mont-Royal, les gens se retournent aux claquement des sabots. À notre passage, la nouriture se putréfie dans les restos, la peur s’insinue dans les cerveaux, la terreur s’empare des bobos.
Pestilence esquisse un sourire d’anticipation contenue, un sac de retailles d’osties dans sa main et il en brise le sceau.
Un bruit de tonnere fendit l’athmosphère.
Il regarde un graphiste emo et lui dit : « Viens et regarde».
Je sors mon arc et d’une flèche je transperce la tête de Richard Martineau et brise ainsi le deuxième sot.
Je dis à un acteur, surtout serveur : «Viens et regarde».
Guerre à son tour s’avance et dans un crescendo de hurlements venant de la foule qui s’agite comme une houle, la bousculade éclate, les rixes s’enveniment et il reçut une épée.
Il trépane Francis Ready du revers de la main avec une facilité étonnante et ainsi se brise le troisième sot.
Il accroche un DJ par le collet et lui dit : «Viens et regarde».
Mort s’avance tenant entre ses mains une balance électronique, «une ecstacy pour dix piasses et un backstage pour le bal en blanc à 280» dit-il «et les micro-brasseries et la S.A.Q ne seront pas touchées».
Il sort un ziploc et brise le quatrième sceau en disant à une hippie aux pattes velues : «Viens et regarde».
Les membres de l’élite voient l’enfer qui le suit alors que du ciel l’orage éclate enfin et ‘une pluie de pigeons morts s’abat sur le plateau . nous fime retentir le didjeridou et a notre suite, descendirent vers le sud pour se jetter dans le bassin du parc lafontaine remplit d’huile à lampe parfumé, pris dans une petite boutique, pour que puisse commencer l’autodafé
L’homme sans qualité, tome 1 :
“[...] Telles étaient les pensées d’Ulrich. Il roulait comme une vague parmi ses frères-vagues, s’il est permis de s’exprimer ainsi;et pourquoi ne serait-ce pas pas permis, lorsqu’un homme qui s’est usé à un travail solitaire retrouve la communauté, et le bonheur de couler dans la même direction qu’elle!
Dans de tels moments, l’on est aussi éloigné que possible de penserque la vie que les hommes mènent, et qui les mène, ne les concerne quère, ne les concerne pas intimement. Pourtant chque homme sait cela, aussi longtemps qu’il est jeune. Ulrich se rappelait ce qu’eût été pour lui, dix ou quinze ans auparavant, une telle journée dans ces rues. Toutes choses étaient, une fois de plus, tellement belles ; et pourtant, il y avait très nettement, dans bouillonnant désir, le douloureux pressentiment d’un captivité; le sentiment inquiétant que tout ce que l’on croit atteindre vous atteint ; le térébrant soupçon que les affirmations fausses, distraites, sans importance personnelle, auront toujours dans ce monde un écho plus puissant que les véritables, et les plus singulières.“
Plus je vieillis, j’ai noté, plus les jeunes prennent de l’âge. Bientôt, les jeunes auront 44 ans. Mais c’est de même la vie me dira-t-on : une foule d’affaires que tu sais pas pourquoi c’est de même. Comme par exemple pourquoi j’ai l’impression que tous les gens qui vont en Antarctique sont terriblement mal dans leur peau?
L’autre jour, S* et D* sont venus fêter quelque chose chez moi, la vie, l’amour ou que sais-je encore; bref, un de ces thèmes interdits dans les triviales poésies. Nous avions plutôt bien picolé, moi plus que les autres parce que je me respecte davantage, et en sortant le lendemain matin de ce soir-là, j’aurais préféré que le soleil call malade avec ses rayons qui me brûlaient les yeux. Les voitures faisaient, me semblait-il, un boucan de tous les enfers et un voisin, probablement heureux d’être content, jouait de la scie à métal comme pour se venger du silence.
Je m’étais réveillé avec une seule idée en tête : concocter une sauce à spagatte gi-gan-tes-que, avec des saucisses italiennes fortes, des champignons et des herbes fraîches. J’avais mis mes lunettes de soleil les plus foncées (celles avec lesquelles je regarde les éclipses et m’adonne parfois à la soudure décorative) et j’avançais pour ainsi dire à l’aveuglette, tâtant du pied le bout des trottoirs, histoire de ne pas me planter.
Les portes de l’épicerie se sont ouvertes automatiquement et j’ai pris un panier rouge avec le plus de désinvolture possible. Il y avait une machine à café qui pissait un genre de liquide brun-tiède et comme c’était gratos, je m’en suis servi un délicieux gobelet. Après une première gorgée difficile - après laquelle je me suis vomi une petite giclée amère dans la bouche que j’ai ravalée prestement - je me suis dirigé vers le département des viandes, mon endroit favori.
Du coin de l’œil, en haut à gauche de mes lunettes, j’ai aperçu comme du mouvement. En me retournant, j’ai vu le boucher, un petit trapu vêtu comme il se doit d’une serviette sanitaire usagée, un wrapper de 11 ans et demi et quelque chose comme un gérant (les seuls qui dans une épicerie sont habillés pour aller à des funérailles) qui s’approchaient de moi. Il se plantèrent à une distance réglementaire et le gérant s’adressa à moi :
- Monsieur, on pensait vous avoir bien spécifié de ne plus remettre les pieds ici.
Il y a eu comme un flottement pendant lequel je me suis demandé si c’était à moi qu’ils parlaient. Je me suis retourné pour voir, mais le steak haché dormait mi-maigrement derrière moi.
- Euh… Est-ce que je peux savoir c’était pourquoi déjà?
Le gérant a regardé le boucher qui a regardé le wrapper qui s’est regardé un bouton en train d’éclore.
- Monsieur R*, vous savez très bien pourquoi la direction a dû en venir à cette mesure. Votre comportement d’hier était inaceptable.
Merde, ils savaient même mon nom ! J’essayai de me rémémorer ma journée d’hier : lever, café, travail, branlette, dîner, branlette, travail, Facebook, souper, branlette. Rien de vraiment compromettant pour un gérant d’épicerie. Je me rappelle même plus être venu à leur ostie d’épicerie !
- Je pense que vous avez la mauvaise personne. Je ne suis même pas venu ici hier.
- Ah non? Et comment expliquez-vous ceci?
Il me tendit une feuille avec trois photos tirées d’une caméra de surveillance. Dans la première, on me voyait en train de lancer des cannes de conserve aux clients, dans la deuxième je semblais être en train de pisser dans l’aquarium des homards et dans la troisième, on me sortait manu militari de l’environ grâce aux concours de flics appelés en renfort.
Je me suis gratté la tête. Comment j’avais pu oublier cet événement? M’étais-je à ce point pinté?
- J’ai juste besoin d’une couple d’affaires, me laissez-vous 2 minutes?
- C’est hors de question. On vous demanderait de sortir immédiatement.
J’ai regardé les trois hommes, j’ai soupesé mes chances de leur en câlisser une (chances que j’estimais à “pas très bonnes”), puis je déposai mon panier rouge et décidai de me laisser guider vers la sortie, devant le regard apeuré de 8 caissières et de 7 homards.
Rendu dehors, je me suis dit : fuck, c’est plate d’être barré de l’épicerie la plus proche de chez vous. Puis j’ai repris ma marche vers l’avenue du M*-R* pour aller à l’autre épicerie (celle où j’espérais n’avoir pas été hier). Rendu devant chez les 4 F*, je vis le caissier, un grand baraqué avec un problème de boucles d’oreille, qui me regardait en secouant la tête. Lorsque je vins pour passer la porte, il sortit un batte de baseball de sous le comptoir et me cria :
- Toé mon osti, tu remets pu jamais les pieds icitte !
Je soupesai rapidement mes chances de lui en câlisser une (chances que j’estimais à “hasardeusement mauvaises”) et je décidai de quitter l’environ, toujours vêtu de ma dentition. Rendu dehors, je me suis dit : fuck, c’est poche d’être barré de la deuxième épicerie la plus proche de chez vous.
Je décidai de me rabattre sur la fruiterie Chez R* pour trouver de quoi faire ma délicieuse sauce à spag. Rendu devant la porte, j’observai la caissière que je connais assez bien (une certaine M* qui a l’accent de Saint-Eustache). Elle était en train de servir un client, j’ai donc hésité, puis j’ai décidé de pousser la porte. Quand la petite criss de cloche accrochée à la porte a fait cling-cling, M* (la caissière à l’accent aïgu) s’est retournée et le temps s’est mis à se dilater et M* s’est mise à crier tout en plongeant sous son comptoir :
- ALERTEEEEEEEEEEEEEEEEEEEEE…
J’ai figé ben raide. Au loin, en haut à droite de mes lunettes, j’ai vu le fameux R* sortir du backstore muni d’un 12-pompe à gros sel qu’il brandissait à la recherche d’une cible. Je soupesai rapidement mes chances de lui en câlisser une (chances que j’estimais à “asymptotiquement nulles”), je pris mes jambes à mon cou et repartis en catastrophe au grand galop vers chez moi. Devant chez moi, j’ai vu mon propriétaire avec deux gros gars qui sortaient mes meubles en les lançant dans un container et ma blonde qui cassait chacun de mes disques avec application. À la gueule qu’ils avaient, j’ai décidé de continuer mon chemin.
Parfois, ça suce vraiment d’être un sociopathe alcoolique.
Au bar, il y une fille avec un tatouage sur le bras. C’est un tic, les tatouages, je ne peux pas m’empêcher de les regarder. Je me dis que c’est fait pour, alors je ne me gêne pas trop. Des fois ca déclenche un raisonnement à la Baudrillard mais le plus souvent, ca me donne envie de poser une questions à propos d’un détail sur le tatou ou sur sa signification. Là d’habitude, je me garde une petite gêne.
Sur le tatouage de la fille, il y a une date : mars 1403 . Je me creuse un peu la tête à essayer de trouver ce qui avait pu se passer au mois de mars il y a quelque 500 ans.
- Excuse-moi, je peux te poser une question (…) la date sur ton tatouage, c’est quoi ?
-C’est la date de la mort de ma mère.
-(…)
22 août:
boire illégalement de la bière dans un parc lors de la frénésie de la Main en laissant s’échapper une lancinante flatulence qui fait déguerpir le sympathique poilu de Zéphyr Artillerie auquel on faisait jusqu’ici la conversation pour camoufler (sans succès) son intérêt omnibulant pour la poitrine de Giseeelllllle libre dans sa robe d’été un peu trop slaque pour la brise ambiante.
23 août:
ne pas réussir à convaincre des touristes anglo-suisses que la ville souterraine c’est une arnaque et finir dans la piscine hors-terre de sa soeur à Laval car on a raté l’appel des potes pour une virée vers un lac loin de Babylone-P.Q.-la-maudite.
24 août:
se la saouler douce au pic nic électronique, prétexter habilement une obligation familliale pour se débarasser d’un autre poilu Irlandais trop content de nous voir boire une Kilkenny pour finalement devoir se pousser loin de la fête et des filles parceque ses vieux veulent pas garder sa progéniture trois jours sans vêtements de rechange (c’est ça qu’il fallait mettre dans le sac avec la bière!) et se prendre dans l’engrenage du souper en famille dans un resto poche près du stade parce que là-bas, au moins, y’a du parking pour leur van au moins, là-bas.
-
un gros merci à myspace pour les illustrations.
Depuis que T* est parti planter, je dois être vraiment en manque parce que je me suis surprise l’autre jour à tchèquer les gars en passant devant l’école de mécanique. Malheureusement, je n’y ai pas trouvé mon compte et ce n’est pas rendue devant l’école de théâtre que ça s’est amélioré. Quand aux autres cyclistes, soit qu’ils portent un siège de bébé ou encore des cuissards. Il faut dire qu’en matière de virilité, la plupart des Montréalais ne fait pas le poids à côté de T*.
C’est le quatrième fois que je me fais virer en trois ans. La première fois, ça m’a fait un choc. Maintenant, une surprise, certes, mais sans plus, avec ce constat: ça tombe pile. J’en avais marre du cimetière. Je veux dire, c’est une belle place, tranquille et tout, mais travailler les soirs de weekends pendant tout l’été, voilà qui me donnait de l’urticaire juste à y penser. Plus d’amis, plus de spectacles, plus de Gonzesse Land. Je sais pas encore pourquoi exactement ils ne veulent plus de moi, j’ai contacté la répartition qui va me rappeler aujourd’hui. Peut-être qu’ils se sont rendu compte que je dormais sur la job. Peut-être qu’ils en avaient marre que je demande des congés à tout bout de champ. Eh! à quoi tu t’attends, boss? J’ai pas juste ça à faire dans la vie, moi, l’éthologie des ratons-laveurs.
Pendant ce temps-là, mon directeur me tourne en dérision dans ses échanges avec les bénévoles de l’école d’été. Ils ont besoin de gens pour concevoir des pochettes destinées aux participants de cette série de conférence; mon directeur m’a référencé à la responsable de l’opération sous l’épithète «grand blond de service». Depuis que je lui ai dit que j’ai sorti un album de rock, il arrête pas de me taquiner. Il me demande si je peux lui «sortir» un chapitre, il dit que la job qu’il m’offre va me servir à payer mon nouveau style de vie de rock star, etc. J’avais d’abord refusé cette job parce que ça me gênait d’être payé pour faire un travail que d’autres font bénévolement. J’ai mon orgueil de rock star. Puis, j’ai pensé: «eh rock star, appelle-donc à la répartition pour savoir s’ils t’ont accordé les congés pour les shows». Alors là j’ai appris que oui, et même TOUS les congés que tu veux, mon grand blond.
Finalement, je vais la prendre, la job de pliage de pochettes. Après tout, les pochettes, ça me connait…
À part quelques status facebook mis à jours par les membres du FAS, rien en vue.
Quand je sors de chez moi, ou encore que j’arrive, faut vraiment que je fasse gaffe de ne pas me faire avoir par ma voisine qui est assise sur le perron. Disons qu’elle a beaucoup de jasette. D’habitude je suis toujours courtois, sympathique même-mais j’ai un truc. J’accapare toute la conversation tout en gossant avec la serrure et quand ça ouvre, je me pousse vite fait à l’intérieur de mon vaisseau spatial, exemple: Bonjour,cavabienaujourd’huiOufdurejournéeYfaitbeauonestdoncgatéparlatempératurebon
benfautjmeFASàsouperbonjourlà!
Une fois elle m’a eu avec des sucres à la crème. J’ai été quitte pour une bonne demi-heure de conversation triviale. Ce n’est pas qu’elle n’a pas une conversation agréable, mais disons que le fossé générationnel est plus profond que nos échanges.
Aujourd’hui j’ai laissé mes clés au boulot, en plein la journée qu’elle s’est installé un nouveau banc : un doublewhammy conversationnel. J’ai appris que “yé parti vite”, ca ne veut pas dire déménager rapidement. J’ai aussi appris que ma voisine n’était pas une comère et qu’on pouvait lui confier n’importe quoi, elle ne le raconterais même pas à son mari. J’ai eu envie de lui dire que j’étais davantage du genre à raconter nos conversations sur le FAS, mais ça aurait été long à expliquer et je venais d’acheter du poisson qui perdait de sa fraîcheur de minute en minute.
Je me suis perdu dans la ville souterraine. Elle est trop éclairée. Il y a des enseignes lumineuses : Second Cup, Le Château, Sushi Shop…mais je ne trouve plus les signes qui indiquent la sortie. Des gens vont et viennent. Ils semblent savoir où ils vont. Un vieil homme est assis sur une chaise, à la table d’un café. Seules ses pupilles bougent, lentement. Il regarde les gens passer. Des néons grésillent au plafond. Derrière l’homme, une fresque représente une jungle luxuriante. Entre les grandes feuilles des arbres, on peut voir un toucan multicolore et des singes rieurs.
*
- Vous partez où?
- On va à Montréal, voir la ville souterraine.
- La ville souterraine?
- Oui, papa m’a dit que c’était la plus étendue au monde. L’hiver, il fait tellement froid que les gens vivent sous terre.
J’étais sceptique : l’hiver, pour moi, était surtout prétexte à construire des forts et à improviser des batailles de boules de neige – il n’y avait pas de raison de vivre sous terre –, mais mon cousin français avait su m’intriguer : je n’avais jamais visité Montréal alors qu’on venait de France pour voir sa ville souterraine. J’imaginais, derrière les toilettes crasseuses d’un bar, une petite porte, un passage secret, s’ouvrant sur un escalier étroit descendant dans le noir et, plus bas, un monde underground : des bars clandestins, des humains allergiques à la lumière, un vaste réseau de tunnels obscurs… Je crois que j’aurais su m’y repérer, mais ici la lumière est trop claire et les odeurs aseptisées. Je me suis assis sur un banc. Je ne sais plus par où aller. Peut-être pourrais-je suivre cette fille qui se déhanche joliment, mais elle s’engouffre dans un magasin de lingerie fine et je suis un peu timide. J’ère au hasard, repensant au vieil homme assis devant la jungle. Je ne saurais pas le retrouver. Dommage, je me serais caché derrière une colonne et aurais attendu, quelques minutes ou quelques heures, qu’il se lève et se mette à marcher : il m’aurait mené à la sortie. La foule est de plus en plus dense. Je marche avec elle. Certains parlent fort. Plusieurs semblent parler seuls, un téléphone miniature accroché à leurs oreilles. La foule avance, se divise et se reforme, se disperse, se renouvelle. Des escaliers roulants. Des ascenseurs. Trente kilomètres de tunnels. Je pourrais marcher toute la journée, mais je la vois, cette petite porte, au ras du sol, entre deux vitrines de magasin. Je m’accroupis devant elle. Elle semble scellée. Je sors mon couteau suisse de la poche de mon pantalon et introduis sa lame entre la porte et son cadre. Je l’emploie comme un levier. Je répète l’opération à différents endroits autour de la porte et parviens à l’ouvrir. Derrière, il fait noir. Le passage est poussiéreux. Je ne sais pas où il mène, mais je m’y glisse à quatre pattes en repensant une dernière fois à toi et à ce cadeau qu’il me fallait te trouver – ce morceau de tissu coloré ou cet objet brillant – , quelque part, station McGill, Place-des-Arts ou Square-Victoria, sous terre.
Je passe le balais dans la cuisine et je n’arrive pas à faire décoller de par terre un espèce de vieux bout de fromage moisi, je le gratte du pied gauche, du pied droit, avec un couteau, avec mon doigt, mes ongles, je le gratte avec mes dents, il reste collé, il ne se désagrège même pas, il est plus solide que du bois. Je me met à frotter comme un dingue, je suis obsédé par ce bout de fromage moisi, il est mal odorant, il me fera honte, mes invités croiront que je suis quelqu’un de sale, de très sale, de méchant, de pourris. Du fromage moisi, plein de champignons microscopiques qui grimpent, qui se multiplient, qui se trultiplient, qui se centrultiple même, qui se regroupent et forment une armée de bactéries vicieuses, mangeuses de chaire, avide de cellules fraîches. Les jours passent, l’air s’oxyde, se monoxyde, se cyanurise presque; c’en est effroyable… l’odeur est telle que je fais mes boîtes, encore plus de boîtes, plus et plus et plus de boîtes, j’empoigne ma peluche, mon pyjama, mes 3 brosses à dents, ma collection de lunettes de lecture, mon jeux de parchesi, non pas mon jeux de parchesi, mon jeux de scrabble, non pas le scrabble, le monopoly ? au diable le monopoly, je suis mauvais perdant. un simple jeux de carte, oui j’empoigne un simple jeux de carte, ma perruque colombienne, ma truite de corail domestique, j’ouvre le réfrigérateur, j’y prends mes capsules de thé des bois, mon herbe à poux, dans le placard, mon balais cheval, ma cape du roi, mon chapeau de vicking, je laisse à regret le trident du diable et dans une grande valise à roulette, la poignée movible en moins, je fourre le tout, avec beaucoup de plaisir, mais aussi un peu de douleur… oui car je songe à cet endroit que je quitterai pour toujours… mais au fond qu’est-ce que je raconte, cet endroit sordide, puant, plein de putes, de drogués, de smicards, de cafards, et aussi puant qu’une toilette turque sous le soleil de juillet, je quitte heureux, victorieux, le regard plein d’avenir, enfin libre.
Cet après-midi, je suis allée me promener et j’avais rendez-vous plus tard avec un copain pour prendre un breuvage chaud. Je suis donc assise à une table dans un café et j’attends le dit ami qui, comme d’habitude, est horriblement en retard. Je m’en fout, je me tape un bon latté, je lis le journal, il pleut dehors, je suis bien. Tout-à-coup, une femme de petite taille, début trentaine environ, joyeusement enrobée, à la crinière de feu et au maquillage des plus digracieux (genre job de paintbrush), interrompt ma lecture: “Salut, est-ce que tu t’appelles M*?” me dit-elle, tout sourire. Assez étonnée et avec un air assurément perplexe (je n’y comprends rien) je répond : ” Heu, oui ….”, elle me regarde et se présente:” Moi c’est S*…” Je me dis que je n’ai jamais vu cette fille de ma vie. Je dois avoir l’air perdue car elle ajoute: ” Ben tsé, t’es mon blind date…” Totalement prise en débribu je lui répond qu’elle fait erreur, que je ne suis pas la bonne M* et que j’attends un ami. Elle n’a pas trop l’air de me croire mais s’excuse et retourne s’asseoir à sa table, de biais à la mienne. Je retourne à mon journal mais je ne peux m’empêcher de me sentir observée, elle ne m’a décidément pas cru et me fusille du regard. Mon ami qui n’arrive toujours pas n’aide vraiment pas ma cause. J’ai l’air de la date qui, la voyant, n’a pas aimé ce qu’elle a vu et a inventé une histoire pour s’en sortir. Mon ami ne s’est jamais présenté, sa date non plus d’ailleurs et j’ai dû finir mon café sous le regard accusateur d’une inconnue vraisemblablement convaincue que je suis une sale menteuse.
J’ai décidé cette année de m’impliquer dans mon asso universitaire question de vérifier les progrès de la stupidité de ce côté. Je fus déçu à plus d’une reprise de constater que de ce côté ils étaient minimes, voire nuls. En pastichant un philosophe que j’aime bien, je dirais que la stupidité est là, mais qu’elle n’est pas encore parvenue au stade de son auto-conscience. Dans mon département (qui pourtant fait partie de la FAS et relève de la FES ), elle ne sait pas encore que tout émane d’elle.
M’enfin bref, je me devais d’assister hier à une réunion départementale dans le cadre de mes fonctions (cela va sans dire). Le plus clair du temps alloué à cette rencontre (2 h 30) fut consacré à l’examen rigoureux d’une tragédie qui a secoué récemment le département. Contrairement aux années précédentes, le département est passé sous le seuil critique des 40 % d’obtention de subventions du CRSH dans le groupe 24 (et une seule dans le groupe 1), et ce, même si l’UdeM fait partie du G-10. Si tout va bien par contre du côté du FQRSD, c’est que les subventions sont moindres et le processus d’appel plus efficace. Pour expliquer cette disgrâce soudaine du département, pourtant l’un des plus gros et des plus réputés pour la recherche, les uns penchaient pour une théorie du complot alors que les autres suggéraient plutôt que chacun fasse son auto-critique. Le seul qui semblait aussi pénétré que moi par la gravité de ces enjeux c’était le prof d’études classiques assis à côté de moi.
Après 1 h 30 de débats passionnés et passionnants sur la question, je me suis rendu compte que je devais renoncer à essayer de dessiner l’étoile à 5 branches parfaites. Je me suis dit que c’était fini cette quête de l’Idée d’étoile à 5 branches. Je me suis mis à improviser : je décidai de me lancer dans une série d’étoiles aux formes disproportionnées pour voir si je n’accédai pas à une forme réelle supérieure à l’Idée. Une demi-heure plus tard, j’étais déjà las et je partis dans une tout autre direction : les bonhommes sourires. J’en dessinai en lui donnant une personnalité « hippie », un autre avec une personnalité « rock à bill ». Au bout d’un moment, je me retourne vers le prof à ma droite et je remarque qu’il est lui même en train de griffonner quelque chose et c’est… un bonhomme sourire en costume traditionnel grec qui fume la pipe.
Soit dit en passant, c’est le seul prof à avoir obtenu sa bourse du CRSH.
Souper: pizzas, crudités, chorizo, vinho verde, bière, on parle de n’importe quoi. J’ai le goût de voir V*, qui va mettre la musique. Venez Vous? C* cède aux demandes de son amoureuse, qui aimerait rester avec lui ce soir. Je pars donc avec T*, deux sur un vélo de Saint-Dominique coin Dante à Rachel coin Saint-Laurent.
Sur place, on aurait du s’en douter puisque la soirée avait lieu au divan orange, déception. La musique post-exotique que j’attendais est remplacée par un genre de groupe manouche avec des chansons jazz, entrecoupée de musique post-exotique à l’entracte. Mais je suis là, je parle à quelques personnes. Je ne peux supporter longtemps l’ambiance, et T* m’offre de fumer un pétard.
Je ne fume plus mais j’ai le goût de changer d’activité. On se rend chez T*. Petit joint. Il comment son appartement: Il est comme un vaisseau spatial, je ne peux pas vraiment me rendre nulle part, sauf dans la cuisine, qui me donne l’impression d’être dans le cockpit. En effet, les seules fenêtres s’y trouvent. Il y a quelques semaines je me suis retrouvé à tourner en rond dans mon appartement, et je bénissais la fin de l’hiver en allant prendre marche sur marche. L’effet du joint sur celui qui ne fume plus se fait sentir et me rappelle pourquoi j’avais arrêté. je commence à angoisser solide. Genre claustrophobe. Comment Amygdale peut il vraiment s’imaginer qu’il passerait des mois et des mois dans une si petite cabine pour se rendre sur une planète ou il n’y a même pas d’air? C’est vrai que l’appartement de T* est un vaisseau spatial. Je sais pas pourquoi, mais je marche maintenant de long en large… heureusement T* a trouvé quelque part une imitation de foyer qui vient ancrer un coin de la pièce à une sorte de réalité, mais je n’en peut rapidement plus et je m’esquive
dans ma tête, la boucle se boucle. Il faut que je trouve un boulot avant l’hiver sinon je vais mourrir étouffé dans mon petit appartement sans la rue et les parcs ou aller prendre des marches, sans le boulot pour te fournir une caverne différente ou aller t’enfermer. J’arrive à reculons chez moi, mets mon vélo sur la galerie, j’entre et m’arrête dans le salon, regarde un peu autour… c’est grand chez moi, je peux me calmer je crois.
Mes contributions aux annales du FAS se sont faites plutôt rares ces derniers temps. Ma catégorie préférée étant autobiographique, j’avais presque l’impression qu’il ne se passait plus rien dans ma vie. Qu’est il arrivé des sorties, des spectacles, des partys de poudre chez des invités inconnus?
J’sais pas trop. Cet été j’ai rencontré une fille, E* Elle est vraiment plus cool que tous les partys. Alors je m’en occuppe. Elle aime bien connaître tout le monde, alors je marche un peu sur des oeufs. C’est facile parler des ses mésaventures avec des inconnues auxquelles on ne repensera jamais à part comme à un livre qu’on a lu à un moment donné. C’est plus difficile de garder le petit ton détaché, ironique, et d’autodérision, quand tu parles d’une fille qui change ta vie et que tu sais qu’elle sera au courant. Elle est belle, elle est bizarre, elle fait des rituels chamaniques avec du styrofoam bleu et du vinyle autocollant. Elle a tatoué des pictogrammes magiques sous ma peau pour me capturer. J’était tellement heureux d’avoir enfin trouvé ma fille en art, qui est complètement folle mais pas du tout conne, j’ai cru que ma vie était un monde magique et j’ai crissé ma job là.
Maintenant, j’ai plein temps à perdre. Je veux plus travailler à tout ce que je faisais avant. Je veux changer de vie. Je veux être moi. Ça doit me plonger dans un questionnement qui fait peur parce que E* est étrange dernièrement. Son regard passe directement à travers moi. J’arrive plus à l’attirer avec mes rayons. Elle m’a dit qu’elle devait travailler, qu’elle était préoccuppée. Je lui ai dit à la blague, tu me rappelleras quand tu auras fini, pour ne pas avoir l’air trop accroché. Ça fait une semaine que j’ai pas de nouvelles et que je pense à elle à tous les jours.
Dans mon rêve, je lui dis qu’elle est la femme de ma vie. Elle me dit:
—J’ai besoin d’intensité. J’ai peur du quotidien.
—Mais, je milite pour un quotidien délirant…
—Probable, mais dégage.»
J’ai peur. Je ne veux pas retourner avec le lumpenprolétariat.
Avec le printemps, la saison du vélo est revenue en force. C’est grâce à lui, mon vélo, que je m’apprête à réussir à passer à travers l’été de ma nouvelle vie normale de fille qui travaille downtown Montréal. Quand je l’enfourche le matin, un vent de liberté me souffle dans les cheveux tandis que je pédale de mon plus vite en descendant au creux du viaduc, cherchant l’élan nécéssaire pour remonter au grand jour sans me lever de mon siège. J’accélère. J’éprouve un plaisir insoupçonné à rouler dans le traffic; lorsque je dépasse les voitures arrêtées à la lumière rouge et qu’elle tourne au vert lorsque j’atteins l’intersection, mon esprit sportif atrophié s’enfle soudainement, et je donne de la pédale jusqu’à ce que les cuisses me brûlent. J’ai l’impression que le monde m’appartient. Si je dois m’arrêter, je regarde autour de moi, relaxe, en croyant dur comme fer que je suis la personne la plus cool de toute la ville. Il ne manquerait plus que je monte les quatre étages du Belgo avec mon vélo sur l’épaule au lieu de prendre l’ascenseur.
Mais jamais le matin je n’atteins le niveau d’euphorie qui me gagne le soir lorsque je rentre chez moi. Bien que j’emprunte la bande cyclable sur Clark et St-Urbain le matin, je ne m’embarrasse pas de voies réservées le soir et fonce tout droit sur Saint-Laurent. À neuf heures du mat, en passant dans le Mile-End, la congestion est modérée. Mais vers cinq heures et quart sur la Main, c’est toujours un bouchon terrible, et je jubile en zigzagant entre les voitures. Je vais plus vite qu’eux. Je le sais grâce aux fans des Canadiens, ces sportifs du samedi soir arborant fièrement leur fanion tricolore sur leur véhicule surdimensionné. Ces temps-ci, c’est environ une bagnole sur dix qui a son petit drapeau. Moi j’en spotte un au hasard, immobile. Je m’exite, j’accélère, je le dépasse, la lumière tourne au vert. En général, la frustration des chauffeurs est palpable quand ils voient que je les dépasse à bicyclette. Ils fulminent, et je carbure à leur contrariété. Je suis complètement exaltée. Je vous emmerde, bande d’imbéciles coincés! Si vous pensez que ça m’impressionne, quand vous essayez de me bloquer le chemin en serrant à droite! Comme si la route vous appartenait! J’oblique à gauche et je rejoins rapidement l’avant du peloton. Traversant l’intersection, je vois du coin de l’oeil le fanion bleu blanc rouge s’approcher. Il me dépasse, je le perds de vue. Je pédale comme un forcené. Puis, au loin, je vois que la prochaine lumière devient orange, les voitures s’agglutinent les unes contre les autres. La route est à moitié fermée à cause des travaux. Je continue sur ma lancée, contournant les bornes, et je rejoins rapidement le drapeau du Canadien. La passagère se retourne vers moi. Je croise son regard et je lis un mot d’admiration sur ses lèvres. Moi je me dis : Go! Habs go! Tant que les Canadiens continueront à jouer dans les séries, de fiers Montréalais arboreront leurs couleurs et moi, je pourrai aiguiser mon esprit sportif en faisant la course avec un petit fanion bleu blanc rouge battant au vent.
Pour les sceptiques, je rappelle la forme du syllogisme qui a pour but, en principe, de mettre un terme dit « mineur » en relation avec un terme « majeur » par le biais d’un terme « moyen ». Ça donne par exemple : Socrate (mi) est un homme (mo), les hommes (mo) sont mortels (ma) donc Socrate (mi) est mortel (ma).
Mon point, c’est qu’en fait tout syllogisme est à la base une tautologie (et, j’anticipe sur le coeur de mon propos afin que vous puissiez voir où je m’en vais, ça m’emmerde), c’est-à-dire que finalement, tout ce qui est mis en relation n’a pas besoin de l’être parce que de toute façon les trois termes (mineur, majeur et moyen) contiennent les deux autres, et ce, en vertu d’une relation analytique (en vertu des propriétés intrinsèques de la chose et non pas à cause d’une relation établie a posteriori), donc a priori.
En gros, mes chers frères et soeurs, nous baignons toute notre vie dans un immense syllogisme (du moins, c’est mon sentiment que je veux partager avec vous) qui ne fait que s’actualiser en présentant ses propriétés d’heures en heures. Or, dans la mesure où « toute n’est pas dans toute » (malgré ce qu’en dit ce slogan à qui je ne sais attribuer la paternité et que je me permets ici de paraphraser ) chaque syllogisme indépendant (puisque j’élimine d’emblée la possibilité qu’il n’y en a qu’un seul sans quoi l’univers serait vraiment métaphysiquement plate) comprend des termes qui ne peuvent communiquer qu’entre eux sans pouvoir entrer en relation avec ceux des autres (sinon il serait impossible de conclure). J’avance dès maintenant une question fondamentale qui servira de conclusion afin de guider vos réflexions en rapport avec le reste de mon exposé : Si x appartient à un syllogisme a et que x gagnerait à être en relation avec y qui se trouve pour sa part dans le syllogisme b (donc incompatibilité fondamentale entre les deux termes), alors la question suivante d’inspiration leibnizienne (je l’admets) s’impose : est-ce que x peut légitimement en vouloir à l’univers?
Peut-être n’êtes-vous pas entièrement convaincu, alors je partage avec vous une pièce (presque) authentique de mon quotidien délirant pour servir de preuve. Hier, je me suis pointé à un show rock qui, a priori, semblait s’accorder parfaitement avec mon syllogisme : musique agréable, bière bon marché et de qualité, compagnie de gens peu fréquentable et peu recommandable. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes quand soudain je sens une douleur lancinante dans la cavité inférieure de mon omoplate gauche caractéristique pour un planteur (gaucher) d’une piqure de mouche à marde et/ou (la simultanéité n’est pas à exclure dans ce cas) de taon. Je me retourne et je vois poufiasse derrière moi qui, par ses propos, semble vouloir me sortir de ma « torpeur » (ou peut-être m’entraîner dans un doute hyperbolique, j’en suis pas à un cliché près comme vous l’avez sans doute remarqué) et provoquer une action, ou plutôt une réaction de ma part. En gros, il insiste sur le fait qu’il y a «plein de filles cutes dans’ place et que je devrais faire quelque chose, en profiter» (j’imagine). Je dodeline avec emphase de la tête pour marquer mon approbation face à des propos aussi sage et je profite de son envie de pisser pour me glisser ailleurs. Même jeu : cette fois poufiasse revient à la charge pour attirer mon attention (et déplorer) sur le fait que tout autour de moi il ne se trouve pas une seule jeune fille en train de danser, mais que des mecs. Bon, je suis assez emmerdé pour vouloir faire un effort et vérifier si, quelque part, quelque chose semble en valoir la peine. À première vue non : certes, la salle ne manque pas de jolies femmes, mais aucune ne semble posséder d’attrait particulier (sauf la beauté entendons-nous, certains y verront une prémisse suffisante, mais c’est pas assez dans mon syllogisme à moi). Les apparences aidant, tout semble conforter la valeur de mon syllogisme et je m’apprête à m’y laisser choir pour apprécier à nouveau son confort quand soudain, je la remarque, elle. Qu’est-ce qu’elle a de plus que les autres (alors que certaine sont, à certains égards, plus jolie qu’elle), je ne sais pas, disons qu’elle a une sorte d’« aura » particulière. En tout cas, un charisme suffisamment intense pour que je sois incapable de m’empêcher de la regarder de toute la soirée (sauf l’interruption de poufiasse qui m’a retenu une autre fois pour m’exposer son dilemme éthico-légal, mais ça c’est une autre histoire). Alors, vous en conviendrez, n’importe quel homme un tant soit peu digne de ce nom aurait essayé de séduire la belle, ou au moins de lui parler… quitte à seulement la saluer… lui faire un sourire… Hé! bien, croyez-le ou non : rien. Je n’ai même pas bougé d’un poil. Je suis resté là, figé, comme paralysé par une impossibilité a priori, une incapacité logique. C’est là que m’est venue une sorte de haine contre l’univers.
Nous sommes tous capables d’identifier au moins un couple d’amis mal assorti, rien de nouveau sous le soleil à ce niveau-là. N’empêche, pour le temps que ça durera, on parlera de « couple » et peut-être même qu’à la base certains y voyaient là une possibilité, un potentiel. Donc, pas nécessairement souhaitable, mais tout de même possible. Il y a aussi des gens dont nous ne pourrions même pas envisager la possibilité de les voir entrer en relation et le simple fait qu’un hurluberlu nous suggère l’idée ne fait qu’éveiller en nous un sentiment fort que je traduirai simplement par « cela est radicalement impossible » (excusez le pléonasme, mais nos sentiments ne respectent pas toujours les règles du français écrit, tout comme moi d’ailleurs). Donc, pour faire court, c’est ce genre d’impression que j’éprouve à ce moment-là. En la regardant il s’est produit dans ma conscience une sorte de réminiscence en accéléré, comme si j’avais contemplé en l’espace d’une fraction de seconde toutes les implications possibles de nos syllogismes respectifs et d’avoir affronté la conclusion dans toute son irrévocabilité : tu ne fais pas partie de ce syllogisme –» CQFD. Impossible de ne pas être pétrifié devant l’implacabilité d’une preuve « mathématique ». J’ai profité du reste de ma soirée pour être désagréable avec tout le monde et maudire l’univers.
En me réveillant, je fus cependant assailli par quelque chose qui s’apparente à des remords de conscience. Alors, je vous repose ma question : a-t-on le droit de maudire l’univers ou, au contraire, doit-on accepter stoïquement (si possible avec enthousiasme) le fait que nous vivons tous dans le meilleur des mondes?
Alors moi je vais souvent manger au Commensal tout près de chez moi et leurs toilettes puent tellement, le savon qu’il y a dans les distributeurs sent si fort la cocotte, que c’est impossible d’avaler une bouchée sans vomir- lorsque la main (qui sent la cocotte à cause du savon) s’approche de ton nez en mettant la fourchette près de ta bouche; tu as envie de gerber- alors avant d’aller manger au Commensal, je me lave toujours les mains ailleurs et je mets mes gants jusqu’à ce que je sois assis en train de manger ma nourriture. Et donc, ça fait longtemps que je me dit que franchement ils pourraient rénover la place, mais oui quoi, ces grands tapis verts et cette ambiance positivement ridicule des années je ne sais pas 88 ?! Et ben, ce midi, voilà ma chance; après avoir mangé un copieux repas végétarien (si, si, copieux repas végétarien) et juste au moment où je m’apprêtais à sortir, voilà ma chance, que je disais : un livre réservé pour les commentaires ! Alors je me lance, sans trop penser, j’écris quelque chose comme «je suis un client régulier, j’aime bien votre nourriture mais franchement vous pourriez rénover, surtout vos toilettes qui sont mal propres et votre savon infect et vos tapis sont laids et ça ne colle pas avec l’esprit de pureté de l’endroit, pour quelqu’un qui n’aimerait pas autant que moi votre nourriture, ce serait assez pour inspirer le dégoût moral, etcetera, etcetera.» Bon, une bonne chose de faite ! Je relève le nez, satisfait, me renligne sur mon départ, quand soudain mon attention se dirige sur une affichette posée au mûr juste au dessus du livre de commentaires, affichette que je n’avais pas vu jusqu’alors… Horreur… J’ai le temps de lire deux phrases avant que la gêne ne me monte au visage «En la mémoire de Jacques Machin, tout ceux qui l’ont connus savent que bla bla…» C’était en fait un genre de recueil en mémoire d’un type qui avait sans doute eu un rapport avec l’endroit, de son vivant, mais pas dutout un livre de commentaires !!! Je ne pouvais pas simplement arracher la page en douce, il y avait des commentaires écris plus haut avant le miens, ainsi qu’au recto -sans doute des commentaires bien plus profonds que le miens-… Je suis sortie de là discrètement tout en imaginant la tête des pauvres gens qui allaient lire quantités de messages émouvants avant de tomber sur le commentaire le plus weirdo qui soit, au sujet de chiottes puantes qui devraient être rénovées…
J’écris en regardant vaguement de là où je me trouve, derrière mes lunettes sales. je ne me suis pas encore tellement adapté à ce nouvel environnement de droite -en ce qui à trait à la nouvelle mise en page, voyez- avant c’était écris à gauche et puis maintenant c’est à droite. Il y a aussi plusSE de monde connus sur les photos, il y a Mysterious !!! Pourtant, malgré ces signes évidents de bienvenue, manifestant un conservatisme évident de nos valeurs d’antan et même après avoir fêté et dépassé mon premier anniversaire au sein du FAS, je ne suis pas certain, en fait je suis plutôt convaincu, n’avoir encore jamais écris un seul article essentiel, je dis bien essentiel, à l’essence même du front d’action stupide… Ce témoignage restera poignant de sincérité dans les annales du FAS…
Hier je suis débarqué à Berri pour me rendre au gym
de l’UQAM. Il fallait que je reprenne mon entraînement,
après deux semaines de léthargie pure et de débauche
systématique. Or, l’UQAM, d’ordinaire véritable passoire,
est pour les fêtes entièrement barricadée: je dois donc
passer par le couloir menant sur Maisonneuve. D’habitude,
il y a cette éternelle babouchka en chaise roulante
qui vous regarde à peine de son regard à moitié amer, à
moitié ahuri. Mais elle est pas là, elle doit se payer un
massage de pieds avec sa cagnotte de Noël. À la place, il y
a un type qui joue du violoncelle. Ça tue le violoncelle.
Moi, ça m’arrache des pensées sur la fin du monde, et
c’est d’autant plus vrai que ces musiciens de métro on le
don de jouer l’accord pathétique jusqu’à la corde, comme
s’ils étaient chaque seconde au seuil de l’existence, ces
bâtards. Le tout ajouté à la résonnance caverneuse du
couloir, on a l’impression d’être soi-même la dernière
goutte de sang dans l’aorte du Grand Léviathan.
Je sors et je me retrouve au coin St-Denis/Maisonneuve,
flanqué d’un mendiant pour le compte du journal
Ittinéraire et d’un autre à son propre compte : ils se
rabattent mutuellement la clientèle rébarbative l’un sur
l’autre. Pour peu, ils feraient comme les représentants de
Rogers, soit la technique du triangle équilatéral: un gars
de chaque côté en goulot d’étranglement, et si tu réussi
à te faufiler entre les deux, tu tombes direct sur la fille
blonde à gros seins qui te propose ses bébelles gratis. La
navigation urbaine, toute une affaire.
Bref, ce coin-là est comme vampirisé par le froid, vitrifié
dans une période de l’année où seuls ceux qui sont
obligés de travailler existent. L’UQAM vue de l’extérieur.
Le pavillon de design : « le design rend-il heureux? Si oui,
combien de temps? » Puis le CLSC, avec deux ou trois
junkies qui fument des clopes. Je pense à cette fille, S.,
qui à Noël m’a dit, complètement poudrée et la larme
à l’oeil, qu’elle avait pas l’argent pour payer son loyer
et allait être obligée de faire la rue. Tu parles. Enfin, le
pavillon des sports, ça sent la sueur à plein nez, mais on
est comme chez soi ici (je suis un habitué). Je me change
et file au gym, où je retrouve des visages familiers. Deux
minutes plus tard, je suis content de forcer sur une barre
en écoutant of Montreal.
n5anche5(4 days ago)
i really like this band and have seen them live before, but this video has canada council written all over it.
si seulement c’était le cas…
Il y a une truc que j’avais laissé de côté dans les cool is class war. Ni les robots ni la slushe. Les filles en art. En art contemporain, pas les hippies qui s’expriment… Je crois que c’est parce que j’avais laissé tomber l’art pour devenir un jeune professionnel. Mais j’ai recommencé parce que je les trouve trop cutes pis en plus elles sont plus articulées que les rockeuses qui pensent juste à faire de la poudre. Moins fraichiées aussi. J’avais cette histoire à propos de l’une d’elle autour de laquelle mon cerveau a fait comme un genre de noeud bizarre que j’arrive pas à m’expliquer. Je l’avais mise en standby en attendant d’avoir fini d’évaluer à quel point j’étais coupable de quoi que ce soit.
J’étais avec elle et des amis au spectacle de WAW. Toute la soirée j’étais certain qu’elle voulait coucher avec moi. Ou en tout cas si c’était pas avec moi c’était avec n’importe qui dont moi. J’avais pas trop décidé ce que je ferais. Comme je disais certaines personnes comme ça finissent par te fasciner sans que tu saches trop pourquoi juste pasque tous tes amis ont une opinion sur elle et en parlent continuellement… Un genre de mystère moral. Je me demandais, comment j’avais fini par cristalliser autant de questionnement autour d’une seule fille, pendant que je l’amenais dans un coin pour la frencher et me frotter. Une expérience éthique ou je sais pas quoi. J’arrive chez elle finalement décidé à aller au fond du sujet, même s’il j’aurais préféré qu’elle vienne chez moi, un territoire que je connais mieux. On continue à se licher. J’étais quand même pas mal fini, mais contrairement à d’habitude il aurait peut-être fallu que je le sois plus. Une espèce de stimulus est comme venu attaquer mes sens animaux: Ça sentait comme chez ma mère.
Clac. L’esprit critique que j’avais muselé en me torchant la face est rembarqué. Du coin de l’oeil j’ai vu dans sa chambre. Son lit était fait de foule de matelas empilés. Trois ou quatre genre. Elle me prends les mains et m’amène près d’un lavabo et me lave les mains. Je comprenais pas son buzz bizarre. J’ai brisé. Je me suis recroquevillé dans un coin. Je suis sorti de mon corps et je me suis regardé avoir l’air cave. « J’peux pas rester ici ça sent comme chez ma mère c’est trop weird» et je la regardais du coin de l’oeil, super longtemps avant de vraiment partir.
Je me niaise pas mal sur facebook au boulot ces temps ci et je suis toujours fasciné par la petite page ou on apprend tout sur le monde qu’on a dans nos amis. Untel écrit telle chose sur le wall de l’autre. Machin tagge la photo de quelqu’un qu’on a tous les deux dans nos amis et tu peux la voir ben torchée à un spectacle ou à un party d’halloween. Dans la vie aussi toutes les histoires finissent par se diffuser à force que tous nos amis couchent ensemble. Mais je pensais pas qu’il y avait aussi dans la vraie vie un système qui surveille pour toi le relai de tes potins.
La copine de Y*** aussi fait partie de la gang des filles en art. Elle prend des ateliers de performance. La performance, c’est comme le sport plus ou moins extrème des artistes. Je me suis mis saoul l’autre soir et j’ai raconté mon histoire à Y***. Je parlais et je me disais « Fuck, pourquoi je raconte ça. Dans deux jours tout le monde va connaître l’histoire et la fille m’a demandé de pas trop raconter » et je parlais. Je sais pas pourquoi je fais toujours ce que je me dis qu’il faut pas que je fasse. De toutes façon je me sentais coupable pour rien: Une semaine plus tard Y*** m’avoue: «M*** est dans le même atelier de performance que la fille que t’as rencontré l’autre fois. J’ai pas pu m’empêcher de lui raconter ton histoire, parce qu’elle connait la fille.» ( tu m’étonnes… ) « Le lendemain elles devaient faire un exercice sur l’hospitalité. » ( Ils font ça en art. Aborder des thèmes. ) «La fille a commencé à raconter une histoire qui lui était arrivée à un concert rock. Elle avait rencontré un gars, de fil en aiguille ils s’étaient retrouvés dans un parc en train de se frencher… puis elle l’a ramené chez elle. Tout allait bien jusqu’à ce que le gars lui dise: Ça marchera pas. Ça sent comme chez ma mère icitte. »