Actions directes pour un quotidien délirant.
Les high-five sont un luxe que ceux dont l’épaule déboîte ne peuvent s’offrir de façon pleinement satisfaisante. Il faut se contenter de “down lows”, qui n’ont pas le même éclat. (suite…)
Le paradoxe de la toilette écologique (PTE) s’énonce ainsi :
Prémisse 1 : Plus tu flushes, plus tu sauves de l’eau.
Prémisse 2 : Or, plus tu flushes, plus tu gaspilles de l’eau.
Conclusion : Donc, plus tu sauves de l’eau, plus tu gaspilles de l’eau.
Objectif de l’expérimentation (OE)
Le Laboratoire de métaphysique expérimentale (LME), ne reculant devant aucune idée reçue - réelle ou fictive – a pris en main de jeter enfin une lumière non partisane sur cette question pressante : « La toilette écologique sauvera-t-elle la planète et sinon, où aller? »
Hypothèse (H)
Tous les scientifiques consultés par le LME pensent que les réponses aux questions soulevées par l’hypothèse sont “non” et “nulle part, c’est parfait icitte”.
Axiomes (A)
Le LME a décidé d’adopter les axiomes suivants pour mettre à l’épreuve l’hypothèse énoncée plus haut. Un axiome étant une vérité indémontrable qui doit être admise d’emblée sans aucune autre espèce de démonstration, il serait préférable qu’on cesse d’interrompre le LME pour des objections bizarres trahissant toutes ces conneries non-réglées regardant la place de sa maman (ou de tout succédané équivalent) dans la construction de son estime de soi, lesquelles conneries expliquent en bonne partie les draps humides et les rêves de naufrages - et qu’on laisse le LME poursuivre dans sa quête de vérité et d’exactitude.
A1 : sauver quelque chose = fucking good.
Scolie 1 (S1) : En tant que but de la vie, sauver quelque chose reste encore et toujours une valeur béton. Par exemple : son âme, les enfants malades, les plages de Sorel, la face, sa mère de la faillite ou de la noyade, ses fesses, un jeune enfant haïtien de 4 ans coincé dehors dans Hochelaga au coin de Darling et Ontario lorsqu’il fait -40 degrés sous zéro, etc.
A 2 : « Gaspiller » = concept vide de sens.
Scolie 2 (S2) : Quand on y songe plus que 22 secondes (même à temps perdu ou en rêvassant, i.e. pendant la job ou durant une baise vraiment ordinaire) et qu’on essaie de penser à l’extérieur de la tendance vert-bouteille ambiante, le « gaspillage » demeure un concept en quelque sorte indéfinissable ou du moins une question qui fait appel à une quantité de distinctions floues. À noter, la distinction entre « naturel » et « artificiel », entre « utile » et « inutile » et entre « propre » et « usée ».
Matériel (Mat)
1 toilette écologique, soit une toilette qui flushe moins de 7.5 litres (ou 1.97 gallons pour les gens de l’Oregon, mettons).
1 paire de lunettes de protection
1 paire de bottes de travail
1 couple de boîtes de papiers à usage unique (genre des kleenex et n’en parlons plus)
1 grosse semaine de congé
Manipulation (Man)
1. Acheter la toilette écologique (TE)
2. Crisser l’ancienne toilette non-écologique au chemin (non sans un sourire ironique).
3. Ploguer la TE après le drain et après l’arrivée d’eau (bien visser les affaires qui s’vissent).
4. Constater avec plaisir le résultat de son travail et aller chercher son époux(se) pour shower-off.
5. Tirer la flush.
6. Apprécier la douce rotation anti-horaire.
7. Mesurer l’eau sauvée (30 l - 7,5 l = 22,5 l).
8. Lancer un petit papier à usage unique (PAAU) dans la cuvette.
9. Apprécier le sacrifice de ce petit hêtre (sourire ironique) pour la science.
10. Re-flusher et regarder disparaître son nouvel ami.
11. Mesurer l’eau sauvée et commencer à se poser des questions sur l’eau gaspillée. (30-7,5 = 22,5; 7,5 + 7,5 = 15…)
12. Se moucher légèrement ou demander l’aide de son époux(se).
13. Lancer le PAAU humide (PAAUH) dans la cuvette.
14. Re-flusher pour la peine et re-re-flusher pour la cause.
15. Prendre sa calculette (22,5 litres sauvés par flush pour 30 litres gaspillés; 7,5 litres gaspillés par flush x 4 flushes = 30 litres sauvés)
16. Se mettre à douter, et donc à être (suivant le fameux : si je pense donc je suis; je pense, donc je suis… je pense).
Notes enregistrées par le scientifique durant l’expérimentation NEPLSDLE)
« J’ai vraiment envie de faire un geste pour l’environnement (je suis un scientifique dont la conscience morale est chevillée au corps). J’achète une toilette écologique qui flushe seulement 7,5 litres au lieu des 30 litres habituels. Wow. Je fais clairement des efforts qui me valorisent et me remettent moins dans la face que je conduis un Ford F-150 pour transporter des coussins (ma femme ne cesse d’en acheter pour des raisons qui me dépassent). La pose de la TE a été plus difficile que je pensais, mais après quelques reculs dégueulasses, j’ai appelé minou et je lui ai montré, fier-pet, le fruit de mon travail. Elle a regardé ça, a soupiré parce que depuis le départ, elle trouve tout ceci débile, et a fini par me féliciter par un simple « Oublie pas de bien laver le plancher, ça sent ‘à marde ici ». Bref, un succès sur toute la ligne. Lorsque j’ai flushé la première fois, c’est pas mêlant, j’ai eu un frisson qui m’a passé bord-en-bord ! La planète, j’allais la sauver, une flush à la fois.
Je sentais tellement que je faisais un beau geste que je me suis mis à flusher rien que pour donner un coup de pouce à la Terre, ma deuxième planète préférée. Un petit chat dans la gorge? Ptuuu, tu craches un demi-millilitre dans le bol et tu flushes. Une tite tache sur ton chandail? Tu grattes un peu et zoooooo, flush. Tu passes simplement par là? Flush. Un oiseau chante sa joie de vivre dans l’été? Pan, tu flushes. Une bonne toune entraînante dans’ tête? Fluuuuuuuush. Rien de bon à la tivi? Fluuuuuuuuuuuuuuuuuuuuush. Les Libéraux ont encore gagné? Gâte-toi : flush deux fois.
C’est minou qui m’a fait remarquer après deux semaines que je ne sauvais pas beaucoup d’eau à flusher pour un oui ou pour un non (oui (flush); non (flush)). J’ai réfléchi à ce qu’elle a dit et franchement, c’était pas fou son raisonnement. C’est après en avoir discuté avec mon psychologue qu’il a décidé que j’arrêterais de flusher pour rien et que je me concentrerais sur mes autres « issues » : mes 9 tatoos à l’effigie de maman, mon mariage imaginaire et mon obsession à vouloir laver mon lave-vaisselle à la main après usage. Il m’a aussi convaincu que les résultats de l’expérience du PTE pointent dans la direction suivante : non, ça ne sauvera pas la planète et où aller : chez le psy. »
D’aucuns nieront l’origine démoniaque de l’inquiétante créature qu’est la femme. Les trois grandes monothéïstes nous l’ont d’ailleurs rappellé plus souvent qu’à leur tour.
Mais voilà qu’on s’attarde à le prouver mathématiquement. Force est de constater que la preuve est écrasante.
Je fais bien de rester chez moi. Qui sait ce qui pourrait arriver si je croise ma voisine. Ses yeux bleus, sous leur candeur apparente, cachent un noir dessein. J’en suis maintenant persuadé.
You taught us the difference between perogie and proroguing (…)
-Josh Freed, la Gazette , january 3rd 2009 (suite…)
Au téléjournal ce soir : chienne de vie
Radio-Can annonçait hier soir en manchette que la vie était une chienne. En mortaise, on voyait bien qu’il s’agissait d’un chacal. J’ai l’impression qu’on me ment. Déçus vous aussi de la qualité et/ou du traitement des informations internationales de notre télé/radio d’état et des autres médias nationaux ? C’est qu’il faut se renseigner ailleurs. Oscillant entre déprimant et insignifiant, le flot médiatique québécois est certain, à terme, de nous rendre tous fous. La main invisible s’est coupé un doigt ou deux: on veut pas le savoir… on veut le voir!
Se renseigner soi-même, c’est complexe. C’est pourquoi on a besoin de journalistes pour ajouter des marqueurs de relations aux communiqués de presse ou aux dépêches des grandes agences et pouvoir chiâler que ça sait même pas écrire. Si on allait tous chercher de l’information crédible en ligne, le métier de journaliste disparaîtrait et on aurait plus personne à qui envoyer nos communiqués de presse. Ce serait aussi la fin des mots-croisés dans le métro; la galle quoi.
La presse lusophone montréalaise
L’antidote pour cesser d’avoir l’impression de vivre la pire époque (à crédit en plus) sans faire le scab médiatique, c’est la presse lusophone montréalaise. La langue portugaise sait apporter une dose de sensualité et d’amour aux sujets les plus glacials :
A medida foi anunciada pela ANMP e visa minimizar os efeitos da crise financeira. Apesar de o presidente da instituuiçao, Fernado Ruas, garantir que a quebra de receitas nao impedirà os municipios de “continuar a assegurar as suas competências”, a decisao nao satisfaz todos os autarcas.
-A Voz de Portugal, segunda-feira 29 de Dezembro de 2008
Ah. Ce rythme, ces accents : grave! J’ai presque envie d’inviter la crise financière à souper. Même l’évocation des élections de Jean Charest, en janvier dernier, a un petit quelque chose de kinky dans les mots de la presse lusophone:
Jean Charest propunha passar os meses seguintes a trabalhar “em coabitaçao” com os partidos de oposiçao para relançar a economia do Quebeque, o que pasaria, segundo el, pela adopçao do orçamento de Março de 2008.
-Idem
Mmm mmm mmm. J’hésite soudainement entre prendre ma carte du parti libéral et FAS-rencontres. Moi qui croyait qu’Herby Stup était le seul journaliste moustachu à parler des vraies affaires. La preuve la semaine prochaine : “DOSSIER-CHOC : QUAND PLAYBOY IRRITE L’ÉGLISE MEXICAINE, LE FRONT D’ACTION STUPIDE SE GRATTE”.
L’autre jour je suis allée chez Fichtre! pour trouver un cadeau à Mjack. En plus de Noël, c’était sa fête aussi le 27 alors je devais me forcer un peu, surtout que lui me fait toujours des super beaux cadeaux. J’ai choisi une bédé de J*D*, son auteure de bandes dessinées préférée. C’est assez volumineux, comme livre, mais je n’ai pas pu m’empêcher de le lire au complet avant de l’emballer. C’est le journal de son année 2003. C’est drôle, parce qu’elle parle souvent de Graff, l’atelier où je travaille depuis quelques années. En fait, quand je dis travaille, je parle de mes projets d’art, mais je travaille aussi dans le bureau depuis l’automne, comme employée, ce qui me permet de grappiller par-ci par-là quelques rumeurs sur l’histoire du lieu.
Je me souviens, une des premières fois que j’y suis allée, j’ai rencontré J*D* et j’étais vraiment impressionnée, mais je ne me souviens pas ce que je lui a dit ou même si je lui ai parlé. Elle a vraiment pas l’air trash qu’on imagine, en fait elle a l’air d’une personne normale. En tous cas, je ne l’ai jamais revue. Elle a arrêté d’aller à Graff pas très longtemps après, je crois. Moi, j’étais partie sur une balloune et je ne suis pas retournée pour environ six mois, alors je ne peux pas dire, vraiment, ce qui s’est passé. Dans la bédé, J*D* parle souvent de D*, à qui j’avais parlé aussi une fois à Graff et que vous avez sûrement déjà vue en spectacle avec les G*L*. Je lui avais dit que je lisais ses bédés quand j’étais ado à S**. Je pense qu’elle était rendue assez loin de Z*Z*, son alter ego, et ça a eu l’air de la gêner. En tous cas, elle non plus elle ne vient plus aux ateliers, ni J*, que j’ai vue un peu plus souvent, et que Mjack connait à cause de E*. Elles ont on atelier ensemble maintenant, à ce qu’il parait (J*D*, D* et J*). J*D* parle aussi de M*E*, avec qui j’ai suivi un cours à l’université. Je crois bien que c’est elle, parce que la chronologie concorde et le dessin est assez ressemblant. C’est drôle, parce qu’en classant les copies d’atelier à Graff, l’autre jour, je suis tombée sur le livre qu’elle ont fait ensemble à M** (J*D* en parle dans son journal) et c’est vrai qu’il n’est pas super beau. J’ai vu aussi toutes sortes d’autres objets que j’aime bien, que J*D* a fabriqués durant cette année-là et dont elle parle dans son journal. Elle parle aussi quelques fois, sans les nommer, de L* et C*, avec qui je travaille. C’est fou, je n’avais jamais remarqué que L* portait des lunettes. Et le stratagème pour camoufler C* (un autre) en le dessinant en ours, pfff, même si je ne l’ai vu que quelques fois (à
Expozine), je peux dire qu’il a vraiment une tête d’ours.
Quand je suis déménagée à Montréal, la première fois, je trippais parce que je voyais le nom des rues, des parcs, des bars que j’avais lu dans des livres ou entendus dans des chansons. Pareil quand je suis allée en France. Mais là, c’est autre chose. De lire dans un livre acheté au magasin, pas dans un fanzine broché ni un blogue, des descriptions de lieux que je connais comme ma poche, de reconnaître en dessin des personnes que j’ai déjà vues, mais que je ne connais pas, c’est vraiment bizarre. C’est comme si mon propre monde devenait un monde de fiction.
La semaine dernière, j’ai fait le classique gag de mélanger la cassonade avec du poivre.
Aujourd’hui, mon café goûte le piment fort. Pas mal.
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Mes sincères félicitations pour le FAS nouveau. La référence à F’murrr est particulièrement appréciée.
Tout comme le clin d’oeil aux momies du Guadalarajah.
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J’ai d’ailleurs pensé à pawner mes copies d’auteur de façon à ce qu’on soit les premiers à voir nos oeuvres dans les brocantes avant même la sortie en librairie. J’attends toujours des nouvelles de mon avocat.
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Pour l’occasion est pour terminer l’année en beauté, j’annonce en grande pompe mon tout premier marathon-stupide. Et hop. Un par jour, pendant dix jours! Comme les douze travaux!
Si jamais j’ai pu dire quelque chose d’offensant envers les ingénieurs, je le retire et présente mes excuses.
Licht-, Funk- und Roentgenstrahl
En hibernation. À vrai dire, une simple somnolence, puisque j’entends des interférences. J’ouvre les yeux. Je vois ce point fluorescent valser dans la noirceur. Toujours ces interférences. J’allume ma lampe de chevet : Tony.
- Hey Amygdale, qu’est-ce tu fais là?
- Je suis chez moi Tony. Et toi?
- J’ai quelque chose pour toé mon homme.
Lentement, mes yeux se dessillent. Je vois des phosphènes qui s’agitent partout dans mon champ de vision; la réalité est comme une viande pourrie grouillante de vermisseaux. Tony revient avec un casque.
- C’est ton habit de cosmonaute, man.
Incroyable! La haute couture, c’est tellement biosphère en comparaison. Ça, ce que que Tony me tends, c’est un prodige de technologie, la tenue de soirée extra-mondaine par excellence.
- Mets le casque. Regarde, tu peux communiquer.
En effet, grâce à un ingénieux système de walkie-talkie, je peux transmettre mes impressions à une base située à des millions de kilomètres. La contrepartie n’est pas possible, mais c’est justement ça le génie de l’affaire.
On fait des tests. Le système fonctionne parfaitement.
- Qu’est-ce tu fais demain, Amygdale?
- Juste l’entraînement habituel, pourquoi?
- J’ai quelqu’un que qui faut que tu voyes.
- C’est qui?
- John Ball
- C’est où?
- À Rawdon.
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Entscheidungsproblem
On sort du local de pratique. Avec Poufiasse, on fume la traditionnelle clope avant d’entrer dans la van à Seb. Seb, si vous le connaissez pas, c’était le guitariste des défunts Thanatologues. Le gars est post-doctorant en physique. Il conçoit des programmes de planification de vols pour les aéroports. La pratique s’est bien déroulée, mais il a l’air un peu dépité.
- Vous savez, la job Walt Disney dont je vous ai parlé cet été…
- Ouais, mais tu ne nous a jamais dit ce que c’était au juste.
Curieusement, on ne lui avait pas demandé. Peut-être par pudeur.
- Je peux vous en parler maintenant, parce que finalement, ça marchera pas. C’était pour l’Agence spatiale. J’avais appliqué pour être astronaute.
- Quoi? Le programme Mars500? Ils t’ont refusé toi aussi?
- Pas tout de suite. J’ai passé le premier tour, mais ils ne m’ont pas pris, sous prétexte que je ne sais pas piloter un avion de chasse.
Je suis sous le choc, et, je ne m’en cacherai pas, un peu vexé, que lui ait passé le premier tour. Mais ça ne fait rien: au fond, il s’est fait avoir. À lui aussi, on a fait miroiter les océans de glace de la planète rouge. Il s’était seulement un peu plus fait prendre à leur jeu.
Mais moi, j’ai compris qu’il ne fallait pas compter sur eux. Il fallait tout entreprendre soi-même, depuis le début. J’allais faire la belle à la Bête. Cette planète, j’allais la conquérir, et j’allais emporter avec moi le rêve brisé de Seb.
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Wovon man nicht sprechen kann…
Nous filions sur les chemins de gravelle des Cantons-de-l’est au volant de la vieille Chrystler de Bébé Astronaute. Je sentais que nous suivions un filon d’or, mais Tony refusait de m’en dire davantage. Qu’importe? Ce n’étais pas la première fois que je mettais les pieds dans un labyrinthe. Le vieux tape deck, d’ailleurs, jouait Teenagers from Mars
We are the angel mutants
The streets for us seduction
Our cause injust and ancient
In this “b” film born invasion
Teenagers from mars and we don’t care…
Nous avons contourné le lac N* aux abords de Rawdon. La route surplombait l’étendue d’eau et le défilé de conifères qui l’encerclait semblait s’en détacher pour constituer une bande autonome, gravitant en sens inverse. « J’ai des visions », pensai-je, mais c’était tout comme si nous orbitions à quelques parsecs d’un maelström d’étoiles agonisantes à l’horizon d’un trou noir.
Nous parvînmes enfin à destination, une terre isolée au bout d’un rang. Tony stationna la voiture aux abords du chemin et sortit aussitôt, se dirigeant de sa démarche de bûcheron vers une masure en pierres des champs. Des fourmis dans les jambes, je le suivais en claudiquant, tout en essayant de lui tirer les vers du nez, mais il ne voulait rien me dire. « Attends, Amygdale, c’est une surprise que j’te fais! » Sacré Tony.
Il frappa à la porte du solarium à l’avant de la maison, qui ne manqua pas de mener un vacarme épouvantable. Je restais derrière, les mains dans les poches. La seule pensée qui m’habitait était de faire attention de ne pas affecter de manières trop citadines. Je cherchais en moi le limon de mon St-Frank natal.
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Tony avait rencontré John Ball dans un bar de F* tandis qu’il travaillait comme mécanicien pour un apiculteur. Il s’ingéniait alors à la confection d’un système de dalots amovibles et de bielles, de roues dentelées, qui devait permettre une récolte plus efficace à même la canopée. Le soir, assis au bar, il avait aperçu un homme une bière vide et un carnet ouvert à portée de la main, qui, terré dans son coin, semblait perdu dans la contemplation de la machine à pop corn. Tony commanda deux bières et alla en offrir une à ce bonhomme à l’aspect mi fermier, dans sa salopette de jeans, mi savant fou, derrière ses épaisses lunettes carrées.
La conversation s’était rapidement engagée. Tous deux partageaient la même passion pour l’ingénierie de la Renaissance. Ils étaient fascinés par ses mécanismes compliqués, presque occultes, et qui exhalaient des relents du laboratoire d’alchimie de la porte voisine.
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- Hi John, remember this guy I told you he wanted to go on Mars? He’s with me right now.
Ball nous épiais à travers le moustiquaire. À sa voix, il reconnu Tony. Il nous fit entrer. Il nous montra ses plans. Je n’y comprenais pas grand chose, mais Tony semblait satisfait. Je restai muet d’admiration. Nous avions désormais tout ce qu’il nous fallait pour construire un supercanon à l’image de celui du Tsar, qui avait fait trembler la Grande Armée de Napoléon, ou de Big Bertha, ou du canon secret de Saddam Hussein, et capable de propulser un module dans l’espace.
Au fait, où en était Mjack avec ce module?
« Je ne sais où ni quand, j’ai perdu mon sens de l’humour. Je n’ai pas perdu le rire cependant, mais quand je ris, c’est par un effet miroir, par pur conditionnement social. Il m’arrive de sourire, mais c’est par malice, par pure malice, et alors je suppose que mon sens de l’humour doit être malicieux. Mais ce n’est pas comme ça que je me connais!
En fait, j’ai une théorie là-dessus. L’humour est quelque chose de très personnel. Souvent, on rit simplement parce qu’on a envie de rire, et s’il y a un sens de l’humour, ce ne doit être en définitive, qu’une capacité à sentir et à anticiper les cycles des envies humoristiques. Mais, de ce fait, il y a autant de sens de l’humour que de manière d’apparier nos envies à notre environnement. Si bien qu’on ne peut que très difficilement caractériser ce qui nous fait rire au juste, et pourquoi cela laisse les autres de glace. J’ai, malgré tout, fais un effort d’introspection, et je crois que je suis parvenu à cerner ce qui me fait rigoler. C’est le risible. Je ris de ce qui est risible, moi, parce que je suis quelqu’un de logique.
La platitude est le fait fondamental
Il est absurde de croire en la théorie de l’évolution. Croire que la sélection se fait en faveur de formes de vie de plus en plus fortes et plus sophistiquées, quelle bonhommie, quelle indécrottable candeur! Le constat le plus élémentaire à faire sur le monde vivant est qu’il favorise au contraire la reproduction de la médiocrité. Car seule la médiocrité est un état auto-suffisant; elle assure confort, stabilité, pérennité même. C’est le modèle le plus économique et le plus viable à long terme. Aussi trouve-t-on des médiocres en grand nombre et partout. Ce sont eux qui gouvernent le monde, et tous les dirigeants du monde, des présidents jusqu’aux gourous, ne sont chefs que parce qu’ils acceptent de se plier aux exigences des médiocres qu’ils veulent gouverner. Mais, pour s’assurer que les médiocres ne suffoquent et ne s’étouffent sous le poids de leur médiocrité, ces dirigeants ont eu l’idée d’inventer une soupape morale: la platitude.
La platitude est une attitude morale qui sert à maintenir la cohésion parmi les médiocres. Parce qu’elle est socialement acceptée comme une sorte de nécessité, il ne viendrait à personne l’idée (un peu abjecte) de la conspuer. Elle est là: muss man akceptieren. Mais, parce que les médiocres sont largement supérieurs en nombre, la platitude, en réalité, en est venue à s’imposer comme la norme du bon goût et le ciment de l’existence. Si bien que l’on a pas honte d’avouer que l’on est plate, bien au contraire: c’est une victoire, c’est un acte affirmatif.
Fleurimont
La platitude est une victoire de la vie des médiocres sur la vie elle-même. Elle est la maturité. Je crois qu’aujourd’hui, personne n’y échappe. Au fond de chacun de nous, lorsque nous sondons, nous voyons toujours, dans un coin que l’on s’efforce peut-être de dissimuler, des souvenirs de collection de bibelots, de drames sentimentaux crus pour le summum du roman d’amour, de dimanches à la con, qui se sont imprimés dans notre souvenir un peu plus fort que nous l’aurions souhaité.
J’ai perdu mon sens de l’humour. Et pourtant, tout cela est d’un risible! Plus ma mémoire me fait remonter de cette lie de sous-sols en pré-fini, de dessins animés de Walt Disney, de temps des fêtes enfin, puisqu’on y est et que cette période est bien le summum de la platitude, plus je m’esclaffe.
Mais, comme je l’ai dit, l’humour est quelque chose de très personnel. Moi, ça me fait rire voyez-vous, parce que je sais quel est le vrai sens de Noël. Eh oui, je sais que Noël n’est là que pour recouvrir d’hystérie collective controllée le solstice d’hiver. Et ne me parlez pas de calendrier romain! La plus belle nuit du monde est aussi la plus longue. C’est pour oublier la noirceur et le froid que nous avons mis là ces fêtes, ces réjouissances en famille, ces « enfants dans la crèche » et c’est pour cela qu’il y a toujours, à la fin du mois d’août, un petit baby boom. Et c’est pourquoi je trouve que tout cela est risible, mais le sarcasme ne me semble pas avoir la cote.
Et moi, et moi, et moi? Eh bien, comme la Castafiore, je ris de me voir, en ce miroir, si médiocre. D’abords, j’ai un gros nez, et de gros sourcils jaloux, et du poil au oreilles. Et au cul aussi. Et puis tous ces auteurs d’auto-fiction qui nous parlent de leur obsession du sexe sont pour moi tous souffrants de cécité hystérique, car ils omettent toujours de nous parler de ce autour de quoi toute leur - médiocre - littérature gravite : leur quéquette. Eh bien moi, je vous le dis : j’ai une très petite quéquette. Oui, minuscule, infinitésimale. La chose est donc réglée : l’auto-fiction n’est qu’un moyen de compensation pour érotomanes à petites quéquettes.
L’autre jour j’y songeais et je me disais que ce serait se discréditer comme écrivain que de parler ouvertement de ses organes génitaux. Mais quoi? C’est la nature, pourquoi s’en faire un roman? Et voyez-vous, ce sont toutes ces fictions ourdies de toute pièce pour masquer des faits naturels, qui me pompent mon sens de l’humour. Je voudrais m’installer sur mon balcon, une clope à la main, le soir de Noël, et voir les gens se jeter à la rue et brailler comme des veaux pour échapper à la noirceur et au froid, dans une folie toute singulière, mais personnelle. Au lieu de ça, les médiocres se sont organisé collectivement pour tenir bon : « nous allons nous réjouir ! Et nous allons payer le prix fort! »
Ce qui fait que je ne sais pas comment mettre un terme à cette réflexion. Je dois pourtant me rendre à mon travail, un boulot médiocre, sous-médiocre même. Je suis un raznochintsy, un déclassé. Et je voudrais voir toutes ces petites quéquettes frettes brûler dans leur sapin, le soir de Noël, et que la lune devienne rouge. »
- Philippe Sollers
C’est vraiment la semaine des actes manqués. Dimanche au bar :
-Qu’est-ce que tu fais le 25 ? Moi j’hésite à caller un nowel des malaimés.
-Ben nous autres on ouvre le 25, y va avoir de la musique. Je pense que je t’ai envoyé le event sur Facebook ou sinon tu viendras sur ma face… euh. Ma page.