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Les annales du FAS

Le site des sympathisants du Front d’Action Stupide pour un quotidien délirant

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Zepoulpe , 14 novembre 2008
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Zepoulpe , 17 octobre 2008
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Comme vous le savez peut-être, des protagonistes du FAS sont à mettre sur pied les 3 premiers tomes des livres du FAS. Après lecture du premier tome (envoyé en exclusivité à des journalistes triés sur le volet), les critiques se sont mises à pleuvoir. En voici quelques-unes que nous pensons reproduire sur les 4e de couverture des tomes 2 et 3.

« Three thumps-up ! »

–The Yellowknife Courrier

« Le F.A.S., un rempart de béton contre la stupidité insidieuse. »

–Protège-toé

« Le F.A.S. frappe encore un court-circuit ! »

– L’Épique

« Le FAS, une véritable aspiration pour les jeunes et moins jeunes. »

– Clin de pouce

« Le F.A.S., une tendance éphémère avec laquelle on devra compter sur. »

– Heille Québec

« Le FAS prouve une fois encore que 2 + 2 n’égale pas toujours 7 »

– Québec Silence

« Des recettes délicieuses, des conseils pratiques, des amis, des rencontres… »

– Chatte Laide

« 7 étoiles minimum ! »

– Le 8 jours

« *?!?%$!! »

– Le Soleil d’East-Brompton

« Le F.A.S. : en rupture avec tout. »

– Le Nouvel Alternateur

« Nul n’a jamais vraiment vécu avant d’avoir lu ce livre. »

– La Mode Diplomatique

« F.A.S. represents. »

– The Orlando Post

« Le FAS réinvente tous nos clichés ! »

– L’Inactualité

« Des scoops sur nos vedettes et nos insectes favoris ! »

– Flush

« La vérité sur le secret dans la théorie du complot enfin révélée. »

– Boir

« Ça faisait longtemps qu’on attendait que quelqu’un parle des vraies affaires. »

– Le magazine des Vraies Affaires

« Le FAS, pas mal plus que du bonbon, mais avec le goût de pogner des caries en prime! »

– Le lecteur indigeste

« Le FAS, parfait pour attendre en ligne au purgatoire. »

– Réveillez-nous

« Le FAS, un véritable karma de caméléon. »

– Boy George

« Avant le F.A.S., rien. Après le F.A.S., une bonne sieste.»

– Hubert Reeves

« Si j’avais le choix, je voterais sûrement F.A.S. »

– Robert Kennedy

« Incroyable, lire le F.A.S. a vraiment changé ma vie ! »

– Charles III, dit le stupide

« Ce livre pourrait vous sauver la vie. »

– John Lennon

Rhaa , 9 octobre 2008
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http://www.pgporn.tv/

pour le scénario et le talent des comediens.

- ouiap, je procrastine ce matin.

Robodrigue , 19 septembre 2008
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Quand j’ai repris semi conscience - état d’une durée de 20 à 45 minutes à mon réveil - j’entendais le son de plusieurs personnes qui couraient autour de moi, comme si elles se sauvaient toutes d’un Tsunami ou d’une allocution de Stéphane Dion. Pourquoi c’était pas des automobiles que j’entendais? Habituellement quand je me laisse tomber complètement saoul c’est sur le boulevard Saint-Laurent, en traversant d’est en ouest, c’est le moment où la fatigue gagne le combat, j’sais pas pourquoi, mais selon toute vraisemblance il y a toujours un automobiliste qui débarque de son char et qui me roule jusqu’entre deux auto stationnées, et là moi je dors paisible, caché entre les deux autos (ça empêche les étudiants du quartier de m’humilier, la preuve que le destin arrange bien les choses) et je me réveille en après-midi pour pleurer sur mon triste sort. Bien que ça ne soit pas l’idéal comme vie, je la traîne depuis 28 ans et je ne demande rien à personne.

J’ai fait un énorme effort pour ouvrir les yeux, je les aurais laissés fermés, surtout aussi tôt… jamais je ne les ai ouverts pour qui que ce soit ou quoi que ce soit, mais cette situation des pas de courses autours de moi me laissait perplexe. Comme j’ouvrais les yeux je vis de magnifiques jambes de demoiselles qui joggaient tranquillement, il y en avait plein d’autre autours, mais cette paire de jambe était quelque chose, faudrait les voir pour comprendre, j’ai levé les yeux pour voir si tout le reste était bien en place, et j’ai vu un visage radieux, en santé, des yeux foncés brûlant d’amour, et un nez fin et légèrement retroussé, elle avait attachés ses cheveux en tresse et elle portait un bandeau à la Rambo autours du crâne. Ce bandeau lassait présager qu’elle avait un certain goût pour les choses. Elle respirait la santé, le soleil devait la suivre partout, moi je respirait difficilement, ma peau devait être verte, mais devant le tableau j’ai lâché un “bravo!” qui est sorti sous la forme d’un glougloutement étouffé, elle ne l’a pas entendu, elle ne m’a pas remarqué et elle m’a lancé son gobelet d’eau à moitié plein plein au visage sans s’en rendre compte. Ça réveille d’un coup sec de l’eau au visage, même le soiffard le plus assommé.

Je me suis levé et j’ai vite réalisé que j’étais au beau milieu d’un marathon, le genre de truc que les gars de ma race ne voient que dans les films… qui fait un marathon? Sans blague moi tout ce que j’ai connu c’est la fête, l’idée que quelqu’un développe la forme physique nécessaire pour courir un marathon ça me dépasse; moi je suis le contraire de ces gens là, je n’ai absolument aucune ambition de réussite de quoi que ce soit, je n’ai aucun défi personnel, en fait je déteste, habituellement, les défis. Mais avec eux je me faisais mettre en pleine face que si je pensais tout ça c’était parce que j’étais un raté, bien que j’en soit complètement conscient et que le vie trouve toujours de nouveau moyens de me le rappeler, cette fois je réalisais toute la dimension et les niveaux où j’avais raté mon coup.

Les gens passaient autour de moi sans vraiment me juger, en fait ils ne me regardaient même pas, ils étaient en transe, chacun avait sa petite station I-pod accrochée au bras ou à la ceinture, et ils allaient droit devant. Ça me plaisait cette foule, il allaient tous dans la même direction, ils avaient chacun un numéro,, c’était la chose la plus plaisante, une super conformité où personne ne me jugeait, comme si leur tâche était trop importante pour perdre leur temps avec moi. C’est avec des gens comme ça que je veux être! Dans le fond je me frotte d’être en marge de la société, “mais je n’ai jamais demandé qu’à être comme tout le monde”, si c’est aussi facile qu’un marathon alors j’y vais, juste à foncer droit devant et ne pas s’occuper des autres.

Quand j’ai raconté ça à Bernard à la taverne il m’a dit que c’était une histoire bien drôle et il a voulu me payer une bière. Je lui ai dit de la garder pour lui, que j’étais un marathonien maintenant et je me suis rassis à ma table pour terminer mon Stade Olympique en cure-dents.

Mon nom est Conquête.
Avec mes amis Pestilence, Guerre et Mort nous chevauchons tranquillement. Nous tournons au coin de St-Denis et de Mont-Royal, les gens se retournent aux claquement des sabots. À notre passage, la nouriture se putréfie dans les restos, la peur s’insinue dans les cerveaux, la terreur s’empare des bobos.

Pestilence esquisse un sourire d’anticipation contenue, un sac de retailles d’osties dans sa main et il en brise le sceau.
Un bruit de tonnere fendit l’athmosphère.
Il regarde un graphiste emo et lui dit : « Viens et regarde».

Je sors mon arc et d’une flèche je transperce la tête de Richard Martineau et brise ainsi le deuxième sot.
Je dis à un acteur, surtout serveur : «Viens et regarde».

Guerre à son tour s’avance et dans un crescendo de hurlements venant de la foule qui s’agite comme une houle, la bousculade éclate, les rixes s’enveniment et il reçut une épée.
Il trépane Francis Ready du revers de la main avec une facilité étonnante et ainsi se brise le troisième sot.
Il accroche un DJ par le collet et lui dit : «Viens et regarde».

Mort s’avance tenant entre ses mains une balance électronique, «une ecstacy pour dix piasses et un backstage pour le bal en blanc à 280» dit-il «et les micro-brasseries et la S.A.Q ne seront pas touchées».
Il sort un ziploc et brise le quatrième sceau en disant à une hippie aux pattes velues : «Viens et regarde».

Les membres de l’élite voient l’enfer qui le suit alors que du ciel l’orage éclate enfin et ‘une pluie de pigeons morts s’abat sur le plateau . nous fime retentir le didjeridou et a notre suite, descendirent vers le sud pour se jetter dans le bassin du parc lafontaine remplit d’huile à lampe parfumé, pris dans une petite boutique, pour que puisse commencer l’autodafé

Zepoulpe , 29 juillet 2008
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(Malgré le lock-out qui sévit toujours à la salle des nouvelles d’IP, la direction a demandé à ses cadres de prendre la place des dégoutants syndiqués qui refusent de comprendre qu’une piasse et demie par page, c’est ben en masse. Le public a le droit d’être informé.)

D’après Intoxicated Press

Une collaboration spéciale de Johnny Scab.

Gloucester (Massachusetts) - Une équipe de chercheurs bien de chez nous est arrivée à une conclusion passablement incroyable hier après-midi, alors qu’on annonçait de la pluie sur tous nos secteurs. Publiés dans le Journal of Unbelievable Medecine, ces résultats remettent vachement en question ce qu’on avait toujours supposé jusqu’à avant-hier matin, soit que la friture n’est pas très bonne pour la santé et qu’elle laisse le majeur luisant. Or, et c’est là que le boa se blesse, selon l’étude conduite de mains de maître par le docteur Robert Geai, directeur du centre de recherche sur les matières grasses de l’université Cambridge et membre depuis 2 ans du gymnase Haltères et Go, situé rue Bellechasse, la graisse de la friture, loin d’être mauvaise pour les artères, le tour de taille et l’apparence de la face après les repas, serait bénéfique pour l’individu. Le spécialiste se base sur une étude réalisée auprès de 85 000 répondants 19 fois sur 20, avec une marge d’erreur de 4 pieds et demi, selon laquelle il appert en premier lieu que la friture goûte très bonne. « En effet, affirme le docteur Geai, les courbes sont sans équivoque, la friture, c’est du bon menoum-menoum. »

Se fondant aussi sur une expérience personnelle difficile due à son patronyme rappelant un oiseau à la sexualité ambigüe, le docteur Geai insiste : « Appelez-moi juste Robert. Donc oui, l’étude démontre aussi que les gens sont absolument incapables de résister à la friture. Par exemple, mes collègues et moi avons fait deep-frieder des trente sous et 80 % des gens les engloutissaient comme s’il s’était s’agit de petites crevettes! Lorsqu’on a fait frire des 1 piasse, le pourcentage montait à plus de 92 % et à 99% avec des deux piasses ! Pour être sûr de notre affaire, on a aussi enrobé de friture des chaises de patio, des capotes usagées, des tracteurs, des rotoculteurs, une réplique en cire d’Idi Amin, un dentier, un rappeur avec son hummer custom, un parachute, une vierge, une can de zepoulpe encore fermée, une pommeau de douche, la perruque de Robert Lepage, une crotte de béluga, un crayon bic et de vieux essuie-glaces; toujours, la plupart des cobayes s’en délectaient. »

En deuxième lieu, les chercheurs soutiennent que la friture, c’est bon pour la peau. « En jammant les pores, les molécules de gras permettent en quelque sorte de dérinecher les molécules du poil, leur permettant d’être plus bien dans leur peau… sans jeu de mots ! affirme le spécialiste en riant gras (c’est son métier). » « Pas plus tard que vendredi passé, je me suis fais un masque d’huile vidangée que j’ai achetée au greaser du coin. Une vraie fontaine de Jouvence pour le visage ! »

Finalement, l’étude démontre que la friture, ça aide la croissance des enfants. En en mangeant quotidiennement, les enfants s’assurent un apport en plus ou moins toutte, ce qui leur garantit une croissance horizontale optimale. Aujourd’hui, avec les glaciers qui fondent et la population qui vieillit, il ne faut pas sous-estimer les dangers pour les enfants trop maigres. Selon Robert, il est recommandé d’inclure des aliments frits dès la tendre enfance : purées frites, lait tempura, croquettes de pablum, etc. Ainsi, les enfants seront aptes à digérer plus rapidement cet aliment sain.

Éclairante, bien écrite et somme toute câlissement révolutionnaire, l’étude de Robert s’inscrit dans un grand courant de pensée qui remet en cause les choses prises pour vraies. Intoxicated Press sera là lors de la sortie des prochaines études du Docteur Geai portant sur les méfaits pour la santé de la fréquentation de dauphins, sur les risques attribuables au rire des enfants, au danger du visionnement des fleurs en saison et du potentiel nocif relatif à l’odeur des bébés.

Zepoulpe , 1 juillet 2008
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Ensemble de chaises a jardin , 7 juin 2008
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Mysterious, Sens caché - 2 - Épiphanie du sens, toile éclairée, 78 000$

Intoxicated press

De fructueuses négociations on abouti sur un accord historique entre le Front d’Action Stupide, Le Laboratoire de Métaphysique Expérimentale, et le philosophe marathonien Amygdale Lecteur.
L’association de ces trois acteur devrait permettre un renouvellement sans précédent de la recherche dans ce champ d’étude méconnu qu’est la métaphysique expérimentale, en permettant au Laboratoire de poursuivre la matérialisation de nouvelles gedankenexperiment dans des conditions encore jamais atteintes: Le vide interplanétaire.

Rhaa , 6 juin 2008
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Pour ceuses qui n’étaient pas encore au fait; je suis père et ce depuis bientôt neuf ans.

J’ai, derrière la carvate, presqu’une décennie de tranches de vie d’un cute-isme à faire crouler toutes les matantes de la province sous leur empathie maternelle, de souvenirs inoubliables, de leçons capitales sur la vie et sa soeur, d’un amour réellement inconditionnel, d’un sentiment d’appartenance et d’accomplisment absolu etc… etc… Bref d’expériences que jamais je n’échangerais pour vos dizaines de trips de backpackers sur les 99% de cette petite planète qui me sont étrangés, vos milles-et-une histoires de brosses dans le fin fond du jura scandinave, de rock n’ roll à Phnom Pehn, de fesses multitcolores et de coeurs saignants que je n’ai jamais réellement compris d’aileurs.

bon, ou voulais-je en venir avec ce préambule à la guimauve ? le titre, ouais: le titre.

C’est un garçon. Un gars. Comme moi, avec une bite, des couilles et tout et tout.  Le terrain connu, quoi.

Putain que je l’ai échappé belle.

Me considérant comme un des pires sociopathes que je connaisse (je fais des efforts herculéens, vous pouvez pas savoir) , vaguement misogynemais surtout mal léché et mal baisé; je ne vois pas trop comment j’aurais pu toffer neuf ans à essayer de faire d’une enfant une Femme dans ce monde de meeeeeeerde.

J’ai lu l’entrefilet sur cyberpowercorp.ca sans trop me soucier. On ne s’étonne pas trop de voir le blogue des mamans s’offusquer d’un tel site. )n se dit qu’elles sont tombées dans le didon du panneau canulard de la farce à claquettes.

Jusqu’à ce que fiston, qui convoitait l’Internet par dessus mon épaule, s’exclame: ” -Pfeu! Tu joues au même jeu que les filles à l’école. C’est plaaaaate! Je vais terminer mon Amos d’Aragon numéro 218, appelle-moi quand le souper est prêt.

- Ti-c… monde de meeeeeeeeerde…”

http://www.ma-bimbo.com/

(suite…)

mjack , 4 juin 2008
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Vous vous rappelez du Laboratoire de Métaphysique Expérimentale ?

Voici un court clip rappelant la première partie d’une expérience sur les sphères de Wittgenstein.

[...] Les hommes sont toujours infiniment heureux qu’on les laisse dans l’incapacité de réaliser leurs idées!

— Et que feriez-vous donc, dit Diotime irritée, si vous aviez pour un jour le gouvernement du monde ?

— Sans doute ne me resterait-il plus qu’à abolir la réalité!

Joseph , 12 octobre 2007
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Vous savez, cette nuit j’ai rêvé que j’étais un champion du curling sur glace. Sport débile où après avoir fait glisser le lourd palet vers les quilles, mon équipe et moi, nous nous ruâmes aussi dans une eau glacée pour savoir qui serait le premier à grimper sur un matelas flottant… J’avais un manager et cela devait me faire gagner beaucoup d’argent pendant l’été… Pendant l’Été ! Pourtant je jouais au curling d’hiver ! C’est incroyable, ça ! C’est tout à fait stupide comme rêve ! Je me demande alors la signification de toutes ces bétises nocturnes… Aah, soupir…

Sylvius Albinus ne parvenait pas à s’habituer à son casque, trop lourd et rouillé. Au campement de Trasimenus, le légionnaire-équipeur lui avait remis en riant. En y repensant bien, Sylvius Albinus se rappela que l’homme avait ri en lui donnant tout son équipement, des cuirs (qui l’avaient fait s’esclaffer) au scutum (qui l’avait littéralement plié en deux).

Et pourtant ses collégionnaires ne semblaient pas se plaindre. C’était peut-être à cause des coups de pied au cul qu’on vous donnait lorsque vous vous plaigniez? D’ailleurs, dans la légion, tout était très simple : il ne fallait pas se plaindre, il fallait marcher. Marcher et encore marcher, marcher encore et marcher toujours. Marcher comme si au bout de cette marche nous attendait quelque chose comme le paradis.

- Sylvius, demanda son voisin de marche, crois-tu que Rome vaincra?

- Je ne sais pas Rufus Paiilus. Quelle différence cela fait déjà?

- Beuh, si Rome vainc ces barbares carthaginois, nous serons des héros !

- Vraiment?

Rufus Paiilus, plus jeune et plus court que Sylvius, avait un drôle de visage boursouflé. On aurait cru qu’il venait de se faire piquer par quelque abeille obstinée. Il avait dans les yeux une fougue mêlée d’appréhension : il voulait se battre au plus vite de peur de perdre le courage de se battre. Il s’était enrôlé une semaine plus tôt à Metaurus, où l’armée de Tiberius Sempronius avait organisé de grands concours pour attirer les jeunes Romains valables à se joindre à la légion. Naturellement, Rufus Paiilus n’avait gagné aucun des concours d’habileté. On le retrouvait, marchant sur la route du Nord, au poste de légionnaire-garde-manger, aux côtés du simple et maladroit Sylvius Albinus.

Et pourtant, Rufus Paiilus avait dû faire quelque impression : le poste de légionnaire-garde-manger, bien qu’ingras, était l’un des plus importants de la légion, le fruit d’une longue expérience militaire. En effet, lorsque l’armée traversait une zone inhabitée, on avait l’habitude de confier aux nouveaux légionnaires la responsabilité des réserves de nourriture : saucisson, lard fumé, couenne et vin. Pour prouver leur valeur (et ainsi être déchargé du poids supplémentaire de ces victuailles), les nouveaux devaient résister au mieux de leur capacité aux assauts incessants - et bien souvent nocturnes - des soldats désirant combler un appétit que la mince ration prescrite n’arrivait pas à satisfaire. Les légionnaires-garde-manger marchaient à la suite de chacun des manipules, tirant une charrette ou conduisant une bête de trait. Un des problèmes de cette tâche résidait dans le fait que ceux dont la faim n’était pas assouvie se trouvaient généralement à être les plus gros et les plus forts des hommes, ce qui donnait lieu à des scènes pitoyables et la plupart du temps d’une rare violence. Les légionnaires-garde-manger étaient donc les premiers à être soulagés lorsque l’armée arrivait dans un village, là où l’on pouvait réquisitionner troupeaux et tonneaux.

Mais entre temps, il fallait marcher et marcher toujours…

Le mot circulait que les VII centuries de Publius Cornelius Scipion, venues d’Espagne par la mer, avaient essuyé une terrible défaite à Tessin et se repliaient maintenant vers le Sud. L’armée de Sempronius quant à elle faisait route vers le Nord et la jonction des deux armées romaine était attendue. Le froid de décembre commençait à faire mal aux troupes. Les hommes de Sempronius étaient fourbus et ils avaient de plus en plus faim. Sylvius Albinus et son partenaire d’infortune, Rufus Paiilus, devaient prendre mille précautions pour ne pas que soient dilapidées les préciseuses réserves de vivres. Malgré leur adeur et leur ingéniosité, chaque matin ils constataient la disparition d’un sac ou d’une outre. Un centurion, ayant constaté ce résultat, vint trouver les deux jeunes légionnaires, alors affairés à faire avancer un canasson rébarbatif. Après les avoir salués, il leur parla en ces termes :

- Rome demande à ses légionnaires de faire preuve de courage et d’intelligence. Êtes-vous dignes de la tâche que je vais vous confier?

- Mais-mais-mais centurion !! C’est une question piège ! affirma Rufus Paiilus. Comment pouvons-nous répondre si nous ne savons pas la tâche que vous désirez nous confier?

- SILENCE SOLDAT ! Le temps n’est pas à la joute verbale. Rome demande de vous que vous vous fassiez légionnaires-éclaireurs.

- Nous serons donc des légionnaires-garde-manger-éclaireurs? demanda Sylvius Albinus qui savait additionner.

- SILEEEEEEEEEENNCE !! Non, vous ne serez que légionnaires-éclaireurs. Nous confierons le garde-manger à quelqu’un d’autre. Vous, votre mission consiste à aller voir ce qui se passe par delà la Trébie. Est-ce que vous acceptez de servir Rome?

- Rejoindrons-nous l’armée de Scipion? demanda Rufus Paiilus sans savoir qu’il venait de se mettre la sandale dans la bouche.

- SIIIIIIIIIIIIIIILEEEEEEEEEEENNNNNNNNNNNCEEEEEEEEEEE !!!!!!! Acceptez-vous légionnaires?

Rufus et Sylvius partagèrent un rapide regard et, à l’unisson, répondirent :

- Oui centurion !!!

- Bien, légionnaires, dit le centurion. Il siffla bruyamment entre ses dents d’en avant et un petit légionnaire très maigre (visiblement pas un de ceux qui avaient rossé de coups les deux légionnaires-garde-manger) s’approcha, deux chevaux tenus en bride.

- Rome met à votre disposition ces deux chevaux. J’espère que vous savez monter à cheval, légionnaires…

Avant même que Rufus Paiilus n’ait eu le temps de se tourner vers lui, Sylvius Albinus avait sauté dans le fossé et vomissait cruellement sa couenne et son lard.