On a le beau jeu lorsqu’on place tous les politiciens dans le même panier. Dans le fond, moi je les aime bien. Surtout Jack. C’est qu’il m’envoie mensuellement une carte par la malle pour m’expliquer pourquoi Duceppe ne peut rien faire pour le Québec et à quel point Harpeur est méchant méchant. J’irais jusqu’à dire que je lui donnerais bien mon vote si les concepts de «Canada» et de «démocratie représentative» étaient signifiants. Récemment, j’ai eu  l’idée de lui envoyer une invitation à son bureau de Toronto. Je me suis dit que boire une bière avec Jack, ça doit être vraiment cool dans le sens class war. En tout cas, c’est un projet à réaliser dans un avenir rapproché.

Je disais que j’ai de la sympathie pour eux  (surtout Jack) parce que leur vie est pas facile, surtout quand vient le temps de répondre aux questions des journalistes. J’ai recueilli quelques perles lors de la conférence de presse qu’il a donné à Edmonton et qui avait pour titre (c’était ça que le ti-bandeau spécifiait en bas de l’écran) : plus de police pour combattre le crime.

Catégorie «toute est dans toute» ou «de quelle couleur est le cheval blanc de Napoléon»: Qu’elle est votre position sur la décriminalisation de la marijuana?

Catégorie «profession de foi» : Est-ce que vous croyez que la gêne occasionnée par la démission de vos deux candidats nuira à votre campagne?

À force de devoir répondre à ces deux mêmes questions en boucle pendant 10 minutes, Jack a effectivement fini par avoir l’air gêné. Ce que les journalistes n’ont cependant pas précisé c’est si cette gêne était le résultat du contenu des questions ou de leur forme. À vous de juger.

al_hakim, 23/05/2008 [Cool is Class War]

J’ai décidé cette année de m’impliquer dans mon asso universitaire question de vérifier les progrès de la stupidité de ce côté. Je fus déçu à plus d’une reprise de constater que de ce côté ils étaient minimes, voire nuls. En pastichant un philosophe que j’aime bien, je dirais que la stupidité est là, mais qu’elle n’est pas encore parvenue au stade de son auto-conscience. Dans mon département (qui pourtant fait partie de la FAS et relève de la FES ), elle ne sait pas encore que tout émane d’elle.

M’enfin bref, je me devais d’assister hier à une réunion départementale dans le cadre de mes fonctions (cela va sans dire). Le plus clair du temps alloué à cette rencontre (2 h 30) fut consacré à l’examen rigoureux d’une tragédie qui a secoué récemment le département. Contrairement aux années précédentes, le département est passé sous le seuil critique des 40 % d’obtention de subventions du CRSH dans le groupe 24 (et une seule dans le groupe 1), et ce, même si l’UdeM fait partie du G-10. Si tout va bien par contre du côté du FQRSD, c’est que les subventions sont moindres et le processus d’appel plus efficace. Pour expliquer cette disgrâce soudaine du département, pourtant l’un des plus gros et des plus réputés pour la recherche, les uns penchaient pour une théorie du complot alors que les autres suggéraient plutôt que chacun fasse son auto-critique. Le seul qui semblait aussi pénétré que moi par la gravité de ces enjeux c’était le prof d’études classiques assis à côté de moi.

Après 1 h 30 de débats passionnés et passionnants sur la question, je me suis rendu compte que je devais renoncer à essayer de dessiner l’étoile à 5 branches parfaites. Je me suis dit que c’était fini cette quête de l’Idée d’étoile à 5 branches. Je me suis mis à improviser : je décidai de me lancer dans une série d’étoiles aux formes disproportionnées pour voir si je n’accédai pas à une forme réelle supérieure à l’Idée. Une demi-heure plus tard, j’étais déjà las et je partis dans une tout autre direction : les bonhommes sourires. J’en dessinai en lui donnant une personnalité « hippie », un autre avec une personnalité « rock à bill ». Au bout d’un moment, je me retourne vers le prof à ma droite et je remarque qu’il est lui même en train de griffonner quelque chose et c’est… un bonhomme sourire en costume traditionnel grec qui fume la pipe.

Soit dit en passant, c’est le seul prof à avoir obtenu sa bourse du CRSH.

L’univers, c’est bien connu, repose sur une infinité de syllogismes. Dans tous les cas, qu’on en admette un seul, plusieurs, une infinité ou même une infinité dans une infinité de mondes possibles, rien de tout cela change quoi que ce soit à sa forme syllogistique.

Pour les sceptiques, je rappelle la forme du syllogisme qui a pour but, en principe, de mettre un terme dit « mineur » en relation avec un terme « majeur » par le biais d’un terme « moyen ». Ça donne par exemple : Socrate (mi) est un homme (mo), les hommes (mo) sont mortels (ma) donc Socrate (mi) est mortel (ma).

Mon point, c’est qu’en fait tout syllogisme est à la base une tautologie (et, j’anticipe sur le coeur de mon propos afin que vous puissiez voir où je m’en vais, ça m’emmerde), c’est-à-dire que finalement, tout ce qui est mis en relation n’a pas besoin de l’être parce que de toute façon les trois termes (mineur, majeur et moyen) contiennent les deux autres, et ce, en vertu d’une relation analytique (en vertu des propriétés intrinsèques de la chose et non pas à cause d’une relation établie a posteriori), donc a priori.

En gros, mes chers frères et soeurs, nous baignons toute notre vie dans un immense syllogisme (du moins, c’est mon sentiment que je veux partager avec vous) qui ne fait que s’actualiser en présentant ses propriétés d’heures en heures. Or, dans la mesure où « toute n’est pas dans toute » (malgré ce qu’en dit ce slogan à qui je ne sais attribuer la paternité et que je me permets ici de paraphraser ) chaque syllogisme indépendant (puisque j’élimine d’emblée la possibilité qu’il n’y en a qu’un seul sans quoi l’univers serait vraiment métaphysiquement plate) comprend des termes qui ne peuvent communiquer qu’entre eux sans pouvoir entrer en relation avec ceux des autres (sinon il serait impossible de conclure). J’avance dès maintenant une question fondamentale qui servira de conclusion afin de guider vos réflexions en rapport avec le reste de mon exposé : Si x appartient à un syllogisme a et que x gagnerait à être en relation avec y qui se trouve pour sa part dans le syllogisme b (donc incompatibilité fondamentale entre les deux termes), alors la question suivante d’inspiration leibnizienne (je l’admets) s’impose : est-ce que x peut légitimement en vouloir à l’univers?

Peut-être n’êtes-vous pas entièrement convaincu, alors je partage avec vous une pièce (presque) authentique de mon quotidien délirant pour servir de preuve. Hier, je me suis pointé à un show rock qui, a priori, semblait s’accorder parfaitement avec mon syllogisme : musique agréable, bière bon marché et de qualité, compagnie de gens peu fréquentable et peu recommandable. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes quand soudain je sens une douleur lancinante dans la cavité inférieure de mon omoplate gauche caractéristique pour un planteur (gaucher) d’une piqure de mouche à marde et/ou (la simultanéité n’est pas à exclure dans ce cas) de taon. Je me retourne et je vois poufiasse derrière moi qui, par ses propos, semble vouloir me sortir de ma « torpeur » (ou peut-être m’entraîner dans un doute hyperbolique, j’en suis pas à un cliché près comme vous l’avez sans doute remarqué) et provoquer une action, ou plutôt une réaction de ma part. En gros, il insiste sur le fait qu’il y a «plein de filles cutes dans’ place et que je devrais faire quelque chose, en profiter» (j’imagine). Je dodeline avec emphase de la tête pour marquer mon approbation face à des propos aussi sage et je profite de son envie de pisser pour me glisser ailleurs. Même jeu : cette fois poufiasse revient à la charge pour attirer mon attention (et déplorer) sur le fait que tout autour de moi il ne se trouve pas une seule jeune fille en train de danser, mais que des mecs. Bon, je suis assez emmerdé pour vouloir faire un effort et vérifier si, quelque part, quelque chose semble en valoir la peine. À première vue non : certes, la salle ne manque pas de jolies femmes, mais aucune ne semble posséder d’attrait particulier (sauf la beauté entendons-nous, certains y verront une prémisse suffisante, mais c’est pas assez dans mon syllogisme à moi). Les apparences aidant, tout semble conforter la valeur de mon syllogisme et je m’apprête à m’y laisser choir pour apprécier à nouveau son confort quand soudain, je la remarque, elle. Qu’est-ce qu’elle a de plus que les autres (alors que certaine sont, à certains égards, plus jolie qu’elle), je ne sais pas, disons qu’elle a une sorte d’« aura » particulière. En tout cas, un charisme suffisamment intense pour que je sois incapable de m’empêcher de la regarder de toute la soirée (sauf l’interruption de poufiasse qui m’a retenu une autre fois pour m’exposer son dilemme éthico-légal, mais ça c’est une autre histoire). Alors, vous en conviendrez, n’importe quel homme un tant soit peu digne de ce nom aurait essayé de séduire la belle, ou au moins de lui parler… quitte à seulement la saluer… lui faire un sourire… Hé! bien, croyez-le ou non : rien. Je n’ai même pas bougé d’un poil. Je suis resté là, figé, comme paralysé par une impossibilité a priori, une incapacité logique. C’est là que m’est venue une sorte de haine contre l’univers.

Nous sommes tous capables d’identifier au moins un couple d’amis mal assorti, rien de nouveau sous le soleil à ce niveau-là. N’empêche, pour le temps que ça durera, on parlera de « couple » et peut-être même qu’à la base certains y voyaient là une possibilité, un potentiel. Donc, pas nécessairement souhaitable, mais tout de même possible. Il y a aussi des gens dont nous ne pourrions même pas envisager la possibilité de les voir entrer en relation et le simple fait qu’un hurluberlu nous suggère l’idée ne fait qu’éveiller en nous un sentiment fort que je traduirai simplement par « cela est radicalement impossible » (excusez le pléonasme, mais nos sentiments ne respectent pas toujours les règles du français écrit, tout comme moi d’ailleurs). Donc, pour faire court, c’est ce genre d’impression que j’éprouve à ce moment-là. En la regardant il s’est produit dans ma conscience une sorte de réminiscence en accéléré, comme si j’avais contemplé en l’espace d’une fraction de seconde toutes les implications possibles de nos syllogismes respectifs et d’avoir affronté la conclusion dans toute son irrévocabilité : tu ne fais pas partie de ce syllogisme –» CQFD. Impossible de ne pas être pétrifié devant l’implacabilité d’une preuve « mathématique ». J’ai profité du reste de ma soirée pour être désagréable avec tout le monde et maudire l’univers.

En me réveillant, je fus cependant assailli par quelque chose qui s’apparente à des remords de conscience. Alors, je vous repose ma question : a-t-on le droit de maudire l’univers ou, au contraire, doit-on accepter stoïquement (si possible avec enthousiasme) le fait que nous vivons tous dans le meilleur des mondes?

Voici un poème rhapsodique composé par le comité de modification de la charte de l’ADÉPUM 2007-2008 qui sert de pièce explicative à la nouvelle charte. Bien sûr, il a été adressé à tous les étudiants du département de philosophie de l’UdeM. FAS gagne du terrain!
Vive les émotions

Voici 13 émotions basées sur le comportement lunaire lors de déplacement de la légion étrangère:

Joie
Colère
Épanouissement
Béatitude
Excitation
Tristesse
Affliction
Désarroi
Espoir
Auto-détermination du moi
Puissance
Radio-oncologie
Conscience de classe

C.Q.F.D.

Psychiatrie kraft = nazi
hylê/eidos
666

al_hakim, 19/09/2007 [Actions stupides]

Vous avez planté des arbres pendant six mois et êtes revenus avec le sentiment d’avoir sauvé le monde tout en éprouvant une étrange sensation de vide dans vos tripes? Vous venez de terminer un vidéoclip artsy et depuis vous vous tournez les pouces? Vous avez assailli les passants de questions sur le sida, la polio, l’existence de Dieu sans jamais pouvoir vous exprimer sur la véritable question : mais où est la p’tite Cédrika?

Dans le fond, nous savons tous grâce à notre grand coeur d’enfant que la jeannette rouquine se trouve probablement au paradis, dans un dépotoir municipal, là où elle pourra assembler des restants de Barbie au plomb avec des G.I. Joe et des Transformer jusqu’à la fin des temps…

Celà dit, avant que la masse se détourne de sa quête mystique estivale, je suggère que nous utilisions la visibilité et de la mobilisation citoyenne autour de la petite Cédrika pour que nous retrouvions les êtres disparus qui nous sont chers. Personnellement, je dois l’avouer, j’ai un petit faible pour Charlie. Oui, chercher ce Kurt Cobain pour enfant dans des mondes fantaisistes fut pour moi un élément fondateur de ma personnalité. Je dois mon flegme à ce héros imperturbable qui affiche toujours son sourire de dadais que ce soit en pleine guerre ou dans l’espace sans combinaison spatiale. Cependant, le trouver dans ma ville ne pourrait que rendre mon quotidien vraiment délirant. Mais maintenant j’y pense et je sais nous avons tous déjà perdu un être cher sans jamais pouvoir combler le vide dans notre immense coeur d’enfant : ti-mine le chat, Elvis Presley, Astro le Robot, Jean-Paul II… Nous savons tous que malgré les apparences, ils ne sont pas morts, mais tenus au silence par un complot international, rien de moins. Pourquoi ne pas profiter du support que constitue les affiches de la petite Cédrika pour nous aider dans nos recherches personnelles?

Scandale assuré

P.-S. Je suis prêt à payer une récompense de 20$ si jamais quelqu’un retrouve quelque chose

al_hakim, 19/05/2007 [Cool is Class War]

Je suis en permission pour trois jours parce que je bénéficie de cette longue fin de semaine qui m’évite de rester à St-Michel-des-mouches-noires (habituellement, on dort dans des tentes dans un trou pendant deux mois) ou je plante des arbres cet été à l’instar de nombreux autres adeptes fassiens dans le passé (Amygdale, Mysterious et poufiasse entre autres). Il y a plusieurs bonnes et mauvaises raisons qui nous amènent à planter des arbres. Dans mon cas, ce doit être les mauvaises si j’en crois les nombreux surnoms affectueux que j’utilise pour parler de ma job d’été (camp de la mort, goulag, enfer noir – à cause des mouches noires pis que même si c’est supposé être une job dans le bois, c’est des coupes à blanc -…) Là, je me dis que mon attitude est vraiment trop négative pis que si ça continue comme ça, je passerais pas au travers de la saison et que je risque de finir pendu à un tremble solitaire et sans valeur épargné par la coupe. Je me souviens que j’ai en ma possession un gramme de psylo et que lors d’une précédente saison, alors que j’étais encore jeune et naïf, ça avait donné une tournure positive à ma saison. À l’époque, une fois les premières hallucinations tactiles de la première heure passée avec mon sourire béat et la toune «here comme the sun», je me suis mis à me prendre pour Jason pris dans son labyrinthe avec pour seul allié une roulette de flag – c’est une roulette de ruban qu’on utilise pour faire des divisions dans nos terrains quand c’est le Vietnam - et la vague idée d’une jeune femme pour sortir de là. Pis c’est là que c’est intéressant (parce que ce qui suit c’est une action stupide, pis le monde icitte, aime ça les affaires stupides) : j’ai attaché un bout de mon ruban à un arbre dans le fond de mon «land» et je l’ai déroulé tout en sachant très bien que je n’en avais pas assez pour me rendre jusqu’à la sortie (le bord du chemin). J’imagine qu’il y avait quelque chose de poétique là-dedans et ça m’a ému assez pour me faire prendre moins au sérieux l’enfer du planting. Après ça, tout s’est mis à bien aller. Mais maintenant, là, je doute de tout. Je me dis «hum, faire du mush en ville, c’est pas un peu dangereux ça?» Pour atténuer mes appréhensions, je me rappelle que Mjack, qui a déjà tenté l’expérience, m’a déjà dit que tout était ok de ce côté-là et qu’il me recommandait même fortement l’expérience. Je me prépare donc pour mon voyage : j’amène de la musique, un livre (que je sais que je serais absolument incapable de lire, mais bon, ça fait du poids en plus à traîner) et un cahier au cas ou j’aurais des idées. Avant de sortir, j’enfile mes souliers de cuirs brun qui, ont dirait, on été designés expressément pour faire mal au pieds, mais de donner en contrepartie une ivague mpression de dignité. Je gagne des milliers de dollars à peiner comme un diable dans le bois, mais il est hors de question que je dépense mon argent dans des frivolités comme une paire de souliers confortable et que j’aime par exemple. Je sors, commence à marcher et ce qui devait arriver arriva : c’est l’illumination et je sens comme un brouillon d’idée. Je suis tellement excité (ça m’est pas arrivé depuis au moins 6 mois) je m’installe donc sur le premier banc de parc à ma porté et commence à décrire cette étrange impression. Comme défaite, le maudit crayon ne marche pas. Là, je me permets d’insister (des idées j’en ai pas souvent, alors quand ça passe, aussi bien capitaliser), je liche, frotte, fesse le christ de crayon qui veut toujours pas écrire. Je suis presque hystérique et je me mets quand même à écrire en me disant que la pression laissera une marque qui sera au moins lisible. J’abandonne, c’est trop désagréable et, je l’admets, j’ai comme un peu peur que des gens me prennent pour un freak dans un état catatonique qui écrit une quelconque poésie invisible prostrée sur son cahier de notes. Débité, je mets donc mes écouteurs (la musique est trop forte, mais là je suis contrarié et faut que ça fasse mal) je reprend mon chemin de croix en me disant que tous les ingrédients sont réunis pour un bad trip. Je passe devant une église et je commence à penser à la religion et à son symbolisme. En fait surtout au signe de croix. Dans la religion catholique, on insiste souvent sur le principe de la trinité : père-fils-St-Esprit, mais en fait je pense que la croix à 4 bouts illustre mieux ce que c’est. La branche de droite c’est le fils, celle de gauche c’est le St-Esprit et celle du dessus, c’est évidemment le père. Quant à la grosse partie de la croix, celle qui pointe vers le bas, j’imagine que ça doit être nous, le peuple. Je continue de marcher et je croise du regard une autre église (un genre d’église orthodoxe) pis là j’ai d’autres idées pis j’ai l’impression d’être ben ben ben ben ben intelligent. J’en croise une autre (c’est tout ce qui a à Montréal, des églises), celle du Mont-Royal pis je trouve ça drôle parce qu’il y a un mariage et que ça doit être un couple de futurs bourgeois fini si j’en crois tous les signes (le char nuptial, c’est un VUS «Navigator» format limousine, c’est l’une des églises le plus en vue de Montréal et tout le monde qui pose pour la photo sur le perron à l’air ben smatte et ben beau). Je commence l’ascension du Mont-Royal (c’est le seul endroit ou il y a de la «végétation» à Montréal et ça à l’air que le mush c’est un trip qui nécessite du vert) même si je sais que je vais croiser une tonne de Montréalais pendant leur pèlerinage du samedi. Là, je commence à sentir mes souliers qui me bousillent les chevilles et la chaleur dégagée par ce rayonnant soleil de mai m’étouffe. C’est que sans considération aucune pour la température (ni le confort), je suis sorti avec mon veston de laine noir et vêtu d’un épais et lourd jean de coton. Là, j’arrive en haut et j’ai mon bad trip (en d’autres mots, la confrontation avec la réalité), et mon bad trip s’appelle le retour inévitable au planting dans quelques heures. Là, je pense que c’est allé trop loin, que je prends ça ben trop «deep» et que si c’est si dur, c’est uniquement de ma faute : après tout, il s’agit seulement de crisser des arbres dans des trous et je suis pas obligé de me forcer pour en faire un Enfer, la job étant assez fatigante en soi. L’expression «cauchemar gothique» me vient à l’esprit. J’aime ça, mais je sais pas trop ce que ça veut dire, je veux dire, je ne connais pas la définition du Robert de «gothique». Pourtant, je sais c’est quoi une église gothique. Là, je commence à examiner le concept. Ça ne peut pas être seulement laid ni stupide, après tout ces églises renferment les plus beaux vitraux du monde et ses arcs en ogive ont constitué une percée architecturale permettant d’ouvrir de nouvelles perspectives. Ok, debord c’est quoi. Là, je me concentre et je pense «lourdeur». S’il y a ben une caractéristique qu’on peut associer au gothique, c’est bien la lourdeur : les murs sont surchargés de sculptures, les vitraux dépeignent quasiment toute l’histoire de la bible sur un mètre carré et les arches et les poutres partent et sortent de tout partout. Là je creuse un peu et je me dis «mais, pourquoi le gothique c’est aussi lourd, pourquoi on peut bien vouloir faire ressentir cette lourdeur et quel est son sens». La réponse à toutes ces questions ne tarde pas à se présenter : «you suck». Tout dans l’art gothique, tous les détails servent à nous rappeler que Dieu est grand et que nous, la quatrième branche qui pointe vers le bas, on «suck». Peu importe ce qu’on fera de notre vie, les gargouilles nous dévisagerons toujours avec le même air de dégoût. Là, c’est le moment d’introspection, je me rends compte que moi-même je suis pas mal gothique. Je veux dire, même si j’encombre sans cesse ma vie de petits détails, tout est finalement organisé autour d’un seul et même axe. En quatre ans de vie à Montréal, jamais je n’ai vagabondé dans les rues à moins d’avoir un but bien précis à accomplir. Je crois pas non plus m’être jamais arrêté devant un bâtiment pour l’admirer ni même m’être écrasé sur une terrasse pour checké les chics qui passent. Les fichiers sur mon ordinateur sont scrupuleusement organisés et classés dans un dédale de dossiers. Tout est balisé, défini, précis… lourd. Tout ça en fonction d’une finalité qui doit me transcender parce que je ne sais pas pourquoi, là. Même mon écriture est gothique : j’utilise toujours un nombre exagéré de virgules, de parenthèses et de deux-points qui ne sont pas réellement des fioritures, mais plutôt des surajouts qui viennent alourdir mes phrases. Les paragraphes, oublie ça, à quoi ça sert. Finalement, le planting c’est un cauchemar gothique uniquement parce que c’est moi le rêveur. Là, je déprime un peu, parce que même si j’ai pas souvent des idées, j’ai déjà lu des livres et sais qu’à quelque part, le gothique, c’est mal. Soupir. Je suis écœuré et je décide de rentrer chez moi. Je relève la tête et je me rend compte que pour la première fois de ma vie, je suis perdu dans Montréal…