Désolé pour cette introduction un peu trop technique. Le hic, c’est que j’ai réalisé, en regardant le travail fait par notre graphiste, que la carte arrière (celle qui va à l’arrière du boîtier) qu’il avait prévue était en couleur des deux côtés, tandis que tous les devis que j’avais reçus prévoyaient un côté couleur et l’autre en noir et blanc. Au départ, je m’étais dit que l’image dans le boîtier, qu’on voit quand on retire le disque, pouvait rester en noir et blanc. Cette information s’est perdue quelque part et cela pose problème. En effet, cette image est une photo prise de Brigitte Bardot en Harley Davidson. Comment pourrais-je enlever sa couleur à Brigitte? Ce serait un affront insupportable. De toute façon, je sais que mon graphiste a d’autres trucs à faire et je doute qu’il ait envie de s’y remettre. Alors je dois demander à tout le monde de me refaire une offre en tenant compte de la couleur, ce qui va me coûter 75$ au bas mot.
Le plus drôle dans tout ça, c’est que la photo originale était en noir et blanc. On peut voir des petits buissons à travers les rayons de la roue avant de la moto qui étaient là au départ et qui sont restés en noir et blanc sur l’image finale… une petite ‘erreur’ qui a son charme. Peu importe : on en est pas à la première dépense somptuaire pour cette cocotte.
Je marche souvent le nez en en l’air. C’est ainsi que je l’ai vu, ce fameux tract – DANGEROUS KRAFT’S CRIMINALS STILL AT LARGE, ENCOURAGED BY YOU – , collé trop haut sur un poteau électrique pourqu’un homme puisse l’atteindre les bras levés. André Serouille marche sur des échasses - c’est sûr - sinon il lévite un peu. Aurait-il décidé d’étendre sa propagande aux oiseaux?
Elle avait les yeux comme des morvias gelés quand elle m’a demandé mon nom : “Robodrigue!” Ça l’a fait rire. Des morvias bleus ça reste des morvias, même gelés je mange pas de ce pain-là. « Dégage ma mignonne, Robodrigue a des trucs à régler ce soir, il n’a pas le temps de s’occuper de maigrelettes de ton espèce… des combats de robots c’est dangereux pour les organiques; les lasers, les boulons, les membres cybernétiques ça peut tuer sans crier gare. Faut être fait solide.» Mais elle a insisté pour venir, sûrement qu’elle avait peur que son macro, celui que je venais de dégeler, se ramène pour lui faire payer cette insulte.
Les organiques ont eu une enfance ça fait qu’ils sont imprévisibles, elle a été engendrée ça fait d’elle une trouillarde, mais moi j’ai été manufacturé et à l’âge de quinze révolutions solaires j’ai effacé le mot « peur » et tous ses synonymes de mon disque dur, c’est pour ça que je suis le pire cauchemar des robots terroristes de tout Gigapole, mais avec une fille publique à trainer je deviens la moitié de moi-même. J’ai décidé de lui faire honneur avant d’aller cogner de la ferraille, après tout si elle me le fait gratuit… Pendant qu’elle prenait sa douche, je me suis tchoupé; pas question qu’on voit Robodrigue se promener en ville avec une tapineuse… faut tout de même entretenir une certaine image quand on est l’androdrigue le plus rapide de la galaxe. Dans la rue j’ai croisé son macro que j’avais bien assomé une heure plutôt, j’imagine qu’il allait lui foutre une raclée, j’ai enclenché mon jet-pack et j’ai filé dans le firmament étoilé, j’ai fait joué de mp3 des émissions pour enfants qui m’ont le plus accroché (Astro le petit robot et Goldorack)… En atterrissant dans le cœur du double processeur de Gigapole, j’ai cherché des emmerdes avec le premier renégatron sur mon passage.
Ce salopard était armé de rayon error 404, question de compliquer l’inévitable il me les balancé dans le routeur… J’en ai tout de même fait de la ferraille de potence, mais j’ai dû télécharger quelques rustines pour remettre mes hardwares en fonction. Quelqu’un m’a demandé si c’était à cause de la victoire du Canadiens que je faisais de la casse, je me suis étendu par terre et j’ai mis mon écran de veille jusqu’à la prochaine mise à jour; j’aime pas débattre, je préfère battre…
Mes contributions aux annales du FAS se sont faites plutôt rares ces derniers temps. Ma catégorie préférée étant autobiographique, j’avais presque l’impression qu’il ne se passait plus rien dans ma vie. Qu’est il arrivé des sorties, des spectacles, des partys de poudre chez des invités inconnus?
J’sais pas trop. Cet été j’ai rencontré une fille, E* Elle est vraiment plus cool que tous les partys. Alors je m’en occuppe. Elle aime bien connaître tout le monde, alors je marche un peu sur des oeufs. C’est facile parler des ses mésaventures avec des inconnues auxquelles on ne repensera jamais à part comme à un livre qu’on a lu à un moment donné. C’est plus difficile de garder le petit ton détaché, ironique, et d’autodérision, quand tu parles d’une fille qui change ta vie et que tu sais qu’elle sera au courant. Elle est belle, elle est bizarre, elle fait des rituels chamaniques avec du styrofoam bleu et du vinyle autocollant. Elle a tatoué des pictogrammes magiques sous ma peau pour me capturer. J’était tellement heureux d’avoir enfin trouvé ma fille en art, qui est complètement folle mais pas du tout conne, j’ai cru que ma vie était un monde magique et j’ai crissé ma job là.
Maintenant, j’ai plein temps à perdre. Je veux plus travailler à tout ce que je faisais avant. Je veux changer de vie. Je veux être moi. Ça doit me plonger dans un questionnement qui fait peur parce que E* est étrange dernièrement. Son regard passe directement à travers moi. J’arrive plus à l’attirer avec mes rayons. Elle m’a dit qu’elle devait travailler, qu’elle était préoccuppée. Je lui ai dit à la blague, tu me rappelleras quand tu auras fini, pour ne pas avoir l’air trop accroché. Ça fait une semaine que j’ai pas de nouvelles et que je pense à elle à tous les jours.
Dans mon rêve, je lui dis qu’elle est la femme de ma vie. Elle me dit:
—J’ai besoin d’intensité. J’ai peur du quotidien.
—Mais, je milite pour un quotidien délirant…
—Probable, mais dégage.»
J’ai peur. Je ne veux pas retourner avec le lumpenprolétariat.
Avec le printemps, la saison du vélo est revenue en force. C’est grâce à lui, mon vélo, que je m’apprête à réussir à passer à travers l’été de ma nouvelle vie normale de fille qui travaille downtown Montréal. Quand je l’enfourche le matin, un vent de liberté me souffle dans les cheveux tandis que je pédale de mon plus vite en descendant au creux du viaduc, cherchant l’élan nécéssaire pour remonter au grand jour sans me lever de mon siège. J’accélère. J’éprouve un plaisir insoupçonné à rouler dans le traffic; lorsque je dépasse les voitures arrêtées à la lumière rouge et qu’elle tourne au vert lorsque j’atteins l’intersection, mon esprit sportif atrophié s’enfle soudainement, et je donne de la pédale jusqu’à ce que les cuisses me brûlent. J’ai l’impression que le monde m’appartient. Si je dois m’arrêter, je regarde autour de moi, relaxe, en croyant dur comme fer que je suis la personne la plus cool de toute la ville. Il ne manquerait plus que je monte les quatre étages du Belgo avec mon vélo sur l’épaule au lieu de prendre l’ascenseur.
Mais jamais le matin je n’atteins le niveau d’euphorie qui me gagne le soir lorsque je rentre chez moi. Bien que j’emprunte la bande cyclable sur Clark et St-Urbain le matin, je ne m’embarrasse pas de voies réservées le soir et fonce tout droit sur Saint-Laurent. À neuf heures du mat, en passant dans le Mile-End, la congestion est modérée. Mais vers cinq heures et quart sur la Main, c’est toujours un bouchon terrible, et je jubile en zigzagant entre les voitures. Je vais plus vite qu’eux. Je le sais grâce aux fans des Canadiens, ces sportifs du samedi soir arborant fièrement leur fanion tricolore sur leur véhicule surdimensionné. Ces temps-ci, c’est environ une bagnole sur dix qui a son petit drapeau. Moi j’en spotte un au hasard, immobile. Je m’exite, j’accélère, je le dépasse, la lumière tourne au vert. En général, la frustration des chauffeurs est palpable quand ils voient que je les dépasse à bicyclette. Ils fulminent, et je carbure à leur contrariété. Je suis complètement exaltée. Je vous emmerde, bande d’imbéciles coincés! Si vous pensez que ça m’impressionne, quand vous essayez de me bloquer le chemin en serrant à droite! Comme si la route vous appartenait! J’oblique à gauche et je rejoins rapidement l’avant du peloton. Traversant l’intersection, je vois du coin de l’oeil le fanion bleu blanc rouge s’approcher. Il me dépasse, je le perds de vue. Je pédale comme un forcené. Puis, au loin, je vois que la prochaine lumière devient orange, les voitures s’agglutinent les unes contre les autres. La route est à moitié fermée à cause des travaux. Je continue sur ma lancée, contournant les bornes, et je rejoins rapidement le drapeau du Canadien. La passagère se retourne vers moi. Je croise son regard et je lis un mot d’admiration sur ses lèvres. Moi je me dis : Go! Habs go! Tant que les Canadiens continueront à jouer dans les séries, de fiers Montréalais arboreront leurs couleurs et moi, je pourrai aiguiser mon esprit sportif en faisant la course avec un petit fanion bleu blanc rouge battant au vent.
Le 2 juillet 1986, au matin, les épouses calumet-pontoises ramassaient les corps de leurs maris imbibés d’alcool et éparpillés de toutes les parties de cette localité - les chèques d’aides sociale avaient été encaissés la veille, ce qui donnait droit à un carnaval orgiaque entre le premier et le deuxième jour de chaque mois. Parmi les plus agiles on en retrouvait dans le clocher de l’église avec tous les poils rasés, parmi les plus gloutons on en retrouvait dans les confiseries couverts de leurs propres fluides corporels, les policiers délirants d’alcool déguisés en femme s’étaient enfermés eux-mêmes dans la prison et les bandits libres avaient été retrouvés déshydratés la bouteille à la main dans le coffre fort de la caisse populaire, vide de surcroît vue la masse de chèques encaissés le jour précédent les évènements. Les enfants s’amusaient grandement lors des deuxièmes jours de chaque mois, ils s’amusaient à dévêtir les hommes, leur dessiner des obscénités partout sur le corps avec des déchets, ils leur mettaient des pétards dans les orifices ou encore il utilisait des rampes de lancement pour sauter par-dessus les immondes corps à l’aide de leurs vélos; les hommes les plus gaillards qui se réveillaient nus pendant les manœuvres tentaient d’obtenir réparation, mais toujours saouls ils étaient titubants et se retrouvaient sur le derrière la plupart du temps, ce qui divertissait encore plus les jeunes calumet-pontois qui leur criaient ” Maudit fous, arrêtez de boire de la bière ça donne la chaude pisse!” Et les bambins leur lançaient des pierres, les hommes, honteux, s’effondraient souvent en larmes. Comme la « grande fête du premier » attirait les hommes des villages à l’entoures on voyait des femmes étrangères à bord des camions à ordures des villages voisins remplir leur coffre avec les hommes à l’haleine fétide pour le voyage de retour. À travers tout ça les mégères locales chassaient les enfants avec des épées et des weed-eater pour rapatrier les corps malades.
Écœurées par cette manifestation sensuelle mensuelle de leur mari, c’est toujours le 2 juillet 1986 en après-midi que les épouses dépassées se tournèrent ver le seul homme possédant encore une dignité aux abords du Lac des Deux Montagnes, c’est-à-dire le vieux professeur Euphélius Lampa. Metteur en scène émérite dans sa jeunesse, il était, plus vieux, devenu chercheur de l’occulte pour ensuite se ressaisir et aller couler de jours heureux sur la péninsule avec la fortune qu’il avait accumulée par ses séances de spiritisme. Il vivait dans un manoir victorien éloigné du village, on le voyait souvent sur son voilier faire le pitre — enfin pour les gens de Pointe-Calumet lire un livre c’était faire le pitre—, mais sinon on ne connaissait rien de lui.
Face aux plaintes des bonnes femmes, le gentil docteur vint avec l’idée d’utiliser cette masse de chair puante à bon escient: “Pourquoi ne pas leur donner un projet valable et digne? Chères bonnes épouses répugnantes! Parce que vous l’êtes croyez-moi, mes vieux yeux me permettent toujours de le constater; il suffirait de leur donner un rêve, une fierté, les ignorants ont besoin d’être poussés ver l’excellence, sinon ils ne pensent qu’à se donner de la bouteille! Revenez demain à la même heure, je vous exposerai un plan qui vous sortira autant vous que vos maris de la vie de misère méprisable que vous menez, et cela, grâce à la science!»
Les épouses n’ayant pas compris un seul mot se mirent en tête de le brûler sur le champ pensant avoir assisté à une incantation satanique, mais la plus savante d’entre elles affirma qu’elle l’avait entendu dire “revenez demain à la même heure”. Elles décidèrent donc de revenir le lendemain pour voir ce que le bon professeur leur proposerait, en attendant elles devaient aller battre leurs maris avant qu’ils ne reprennent toutes leurs forces.
Le lendemain les femmes du village se ramassèrent toutes devant le manoir du docte Euphélius Lampa, elles regardaient ne sachant à quoi s’attendre. Une voix venant d’un haut-parleur dit : « Voici la science faite homme! Mesdames toutes aussi sottes et laides que vous êtes vous devez admirez les progrès de vos hommes, car ces derniers s’apprêtent à voyager par delà les nuages! Le professeur les emmènera tous avec lui dans un long voyage qui les mènera ver la planète des martiens, la grande planète rouge!! ». Du coup le professeur Lampa sortit vêtu d’un uniforme blanc et ample avec un casque représentant un visage grotesque et souriant. Les femmes étaient pantoises, le professeur fit quelques mouvements de gymnastique pour démontrer les possibilités qu’offrait un tel accoutrement. Il enleva le casque et afficha un large sourire en les saluant de la main.
Ceci sont les premiers évènements d’une grande aventure qui mena les neuf courageux cosmonautes calumet-pontois ver la plus grande aventure interstellaire de l’histoire humaine. Vous avez sûrement déjà entendu parler de cette histoire, voilà pourquoi je m’abstiendrai de vous la raconter. De plus ça ne serait d’aucune utilité dans mon étude des mœurs de ce petit bourg bucolique, il s’agit ici de faire la généalogie de l’action stupide.
L’astronaute Gravier fait une démonstration de gymnastique sur la rampe de lancement avant le deuxième voyage ayant pour but de sauver la princesse des Martiens.
Nous relisions les articles sur la préparation au voyage vers Mars, parce que nous préparons un nouveau numéro des cahiers du FAS. Je me suis mis à envisager la question d’un côté pratique. Enfin, disons que j’ai essayé d’évaluer quelles étaient les possibilités qu’Amygdale réussisse à être sélectionné pour un programme d’entrainement au voyage vers Mars, et elles m’apparaissaient pluôt minces.
Ça me semble dommage car il me semble que ce soit dû à une forme de mépris envers la discipline qu’il pratique. Pourtant qu’est-ce qui serait plus intéressant que d’envoyer en mission vers Mars un individu capable de réfléchir sur sa condition.
Il est selon moi important que cet entraînement ait lieu malgré tout. Comme Amygdale est déjà un sportif et un ascète, il ne lui serait probablement pas impossible de passer la durée de ce voyage dans un simulateur, conçu pour imiter le plus possible ce que nous pouvons connaître des condition d’un voyage vers Mars, en mettant peut-être de côté l’apesanteur. La cave de son appartement, presque aussi froide et sombre que l’espace interplanétaire, ferait tout à fait l’affaire pour l’installation de ce simulateur. En refermant une certaine partie, pour imiter l’exiguïté du vaisseau, on pourrait créer un espace dans lequel divers objets usuels — glanés au hasard des ventes de garage et des bazars— viendraient remplir les fonctions des appareils sophistiqués et couteux nécessaires à maintenair en vie un cosmonaute dans l’espace. Un tapis roulant et une bicyclette d’exercice lui oermettraient de conserver la forme physique acquise par la pratique d’un entrainement quotidien. L’internet, unique moyen de communication avec le monde via un site spécial diffusant sa performance en direct, permettrait de simuler l’isolement vécu par les astronautes. Plusieurs webcams viendraient rappeler le constant monitoring subi par les cosmonautes. quelques aquariums et terrariums
fourmillants d’animaux permettraient d’imiter les expériences continuelles qu’il doivent constamment exécuter.
Je crois que nous tenons une bonne piste. Après une bonne recherche sur les conditions de survie interplanétaires, il est fort raisonnable de penser que nous pourrion construire un simulateur de voyage vers Mars crédible. Il ne manquerait plus ensuite de convaincre Amygdale de se soumettre à cet entrainement
age disparity in sexual relationships.
evidemmment, la neutralité de l’article est contestée. mais la règle ( a / 2 ) + 7 est présente
Les lycoses pendulaires ont l’instinct grégaire très développé. Elles chassent en groupe, courant à toute allure sur leurs huit pattes velues à la recherche de proies qu’elles dévorent ensemble, se partageant les mandibules et les élytres. Elles dorment entassées les unes sur les autres pour se tenir au chaud. Elles se partagent les mâles, copulant l’une après l’autre avec ceux qu’elles parviennent à attraper avant de les dévorer. Il arrive pourtant que l’une d’entre elles, sans justification, alors qu’elle est encore jeune et agile, que ses pattes sont toujours solides et ses yeux brillants, décide de s’éloigner du groupe. Elle grimpe alors dans un buisson ou le long de la tige d’une fougère, tisse un fil et se laisse pendre à son extrémité, oscillant comme un pendule. Elle ne se nourrit plus. Elle replie ses huit pattes contre son corps et se laisse lentement mourir. C’est le célèbre entomologiste albanais Thrank Spiroberg qui remarqua pour la première fois cet étrange comportement chez cette espèce rare d’arachnides. Étendu sur un tapis de feuilles mortes, il passa de longues heures à observer l’oscillation d’une lycose au bout de son fil. Il s’agit en quelque sorte d’un suicide, mais les arachnides peuvent-elles connaître le désespoir? Qu’est-ce qui justifie ce comportement bizarre? Homme de terrain, Thrank Spiroberg décida d’imiter le comportement des lycoses pendulaires. Il monta dans un arbre, attacha une solide corde à une de ses branches, la noua à son pied, se lanca dans le vide et resta ainsi pendu, se balançant lentement au bout de sa corde. Le sang lui montait à la tête. Le vent soufflait sur son visage. Des mouches se posaient sur son corps.
C’est le titre d’une gravure du haut Moyen-Âge, qui m’a toujours fasciné par son absence d’équivoque. Et puis je suis né sous le signe de la Vierge, ce qui m’a peut-être fait ressentir une parenté cosmique avec l’oeuvre. Quoi qu’il en soit, je ne me serais jamais douté qu’un jour je vivrais littéralement cette fresque.
C’était hier, une véritable frénésie printanière dans cette nuit passée comme gardien du cimetière. Dès mon arrivée, je constatai une activité faunique inaccoutumée. Des marmottes louvoyaient çà et là par petites bandes entre les pierres tombales et les monuments. Une volée d’oiseaux passa en piaillant au-dessus de la montagne. Je devais rencontrer un Africain congolais posté devant l’entrée principale, un homme d’une cinquantaine d’années qui devait veiller toute la nuit sans bouger que personne n’entre par cette brèche béante du cimetière. Je discutai avec lui et j’en profitai pour sonder les superstitions du bonhomme en lui parlant de cet agent haïtien qui m’a donné ma formation et qui croyait le cimetière hanté par des zombies. L’Africain ne croyait pas aux zombies, mais il a changé de son ton badin pour du plus sérieux lorsque j’ajoutai que ce même Haïtien m’avait raconté avoir rencontré une femme tard dans la nuit qui rôdait de caveau en caveau, qui lui avait dit tout net qu’elle était passée par-dessus la grille en volant. Il s’agissait donc d’une magicienne, pratique à laquelle mon collègue accordait une certaine crédence. Comme j’avais beaucoup à faire, je le quittai sur ces mystères et ne remarquai rien d’autre de spécial avant la tombée de la nuit.
C’est une fois tous les mausolées fermés que j’ai pu m’attarder à observer le paysage en faisant mes rondes. Je constatai rapidement une véritable invasion de ratons-laveurs qui, en couples ou en petites bandes, couraient en tous sens pour se sauver de la voiture, tentant en vain de grimper sur les rebords de la route érigés en véritables remparts de neige depuis le passage de la souffleuse, ce qui à leur échelle fait du cimetière un gigantesque labyrinthe. D’autres grimpaient à quelques deux mètres dans un arbre et se perchaient là en me dévisageaient comme de gros chats. D’ailleurs, des matous j’en vis plusieurs qui rôdaient le long des édifices. Devant autant d’activité, je pensai que j’allais inévitablement faire un road kill et je dus ralentir pendant mes rondes.
J’aperçus plus tard un couple de renards roux. Il y a quelque chose d’affolant à voir tous ces grands yeux ronds et noirs qui vous épient, réfléchir soudainement les phares de la voiture et luire au bord du chemin comme de grosses pièces de monnaie (non, il n’y a pas de castor près du lac du même nom). Une odeur de mouffette vint embaumer les lieux juste au moment où le ciel se couvrait pour la nuit. Je l’aperçus bientôt se dandinant dans un sentier, qui menaçait d’asperger mon véhicule en retroussant sa queue à trois reprises. Il n’y eut fort heureusement pas de dégâts.
Un rien fébrile, j’allai me poster près du sommet, sur l’adret de la montagne. J’inclinai mon siège pour faire une petite sieste et j’ouvris la fenêtre pour éviter que le chauffage ne m’assèche la gorge. Partout autour de moi, j’entendais le fouissage, les grouillements, les reptations et les petits cris de cette faune agitée par le retour du printemps. Je dus lire Proust pour m’endormir. Je fis des rêves érotiques dans lesquels une magicienne africaine s’introduisait dans mon véhicule sous les auspices d’un gros raton pour se métamorphoser lentement et me faire l’amour en me susurrant des propos blasphématoires à l’oreille. Je m’éveillai au paroxysme, stupéfait devant la voûte étoilée du ciel à nouveau dégagé. Ma virginité s’était dissipée comme le brouillard. Des milliers d’étoiles me dévisageaient comme autant de petits animaux non apprivoisables et non domesticables.
Le FAS parasite la haute couture.
Le FAS est partout. Il parasite. Il subvertit. Ainsi le retrouve-t-on dans la section «idée» du site des Enfants Sauvages, une boîte de couture se définissant elle-même comme anarcho-mystique et posant, à sa façon, la question de l’apprivoisable et du domesticable. Miaou! Nous sommes félins pour l’autre. Tricotés, tissés ou maillés, nous vaincrons!