Sa simple présence réjouit
L’oeil, la lune, les lèvres
de l’ermite, obélisque :
c’est dans un poème. Moustache
lit le soir à la Bibliothèque nationale.
Le chat Moustache.
Une poésie séduisante,
sensuelle et étrange à la fois.
Et Moustache disparaît
dans un réduit secret
grâce à un couloir dissimulé chez lui.
Il se lève et se dit à part soi :
soyons mystérieux.
Mystère = succès.
Des semaines de recherche en vain
jusqu’à ce que Moustache réapparaisse.
Le public est ému,
curieux : où était le chat, Le chat
disparu, revenu. Moustache
sourit incompréhensiblement.
« Je visitais le paramonde », explique-t-il.
Pendant ce temps-là, en Chine,
pendant ce temps-là, au Danemark,
des gens se téléphonent.
Une stratégie de communication qui réussit.
Moustache
exhibe ses bouts de spiritualité, parfois.
On veut être près de lui.
Assis quelque part, Moustache est assailli de questions.
Ou dans une voiturette
quand il traverse
en pleine nuit une foule d�admirateurs.
Sa simple présence réjouit les peuples de tous les pays
qui l’accompagnent
en scandant
son nom à l’unisson.
La littérature ne s’écrit pas que dans les livres. Elle se vit au quotidien et se manifeste dans les endroits les plus improbables. C’est un ami à moi (nous l’appelerons Lulu) qui m’a fait découvrir un auteur à la prose haletante dont les mots fendent la médiocrité du réel avec éclat et arrogance. Cet auteur puise à une source intarissable (l’urbanisme) pour relever le caractère délirant du quotidien et expose ses réflexions à la vue de tous, à même les très démocratiques consultations publiques organisées par la ville. Après avoir lu sa prose, je ferme les yeux, j’oublie l’horreur de la ville qui mange l’homme, de ses artères qui l’étouffent, de ses grattes-ciels qui l’écrasent et je rêve d’un monde brillant des mille éclats d’une boule disco où des oiseaux exotiques chantent par milliers dans nos contrées nordiques, où des chutes d’eau pure coulent à l’année longue, et où tous ont le bonheur de s’alimenter pour pas cher aux rotisseries St-Hubert.
Pour lire cette prose : Vlam !
Les activistes du FAS, ces as de la subversion, mènent plusieurs vies en parallèle. Ainsi certains d’entre eux s’adonnent à la musique du monde issue des caniveaux, à la sauvagerie punk, au messianisme apocalyptique du rock’n’roll, au pop-rock lubrique pour adolescentes… Le samedi 15 décembre trois activistes du FAS monteront sur la scène du très chic Barfly (4062, rue St-Laurent) au sein de deux formations différentes. Tentez de les identifier derrière leurs costumes de rockers, cherchez à éveiller leurs pulsions les plus sauvages, parvenez à identifier Amygdale, Mysterious et Ensemble de chaises pour jardin parmi les membres des quatre formations suivantes :
Le Monde dans le feu (Frou!)
Brigitte Bordel (jolis vestons et perdition)
Pedo Pedro et ses enfants (amis des trous petits)
Dance Electric (clic-clic-clac-clac-zwi)
Moi et Virginie - une amie d’enfance - on s’est dit «ben là, ça va faire.» On avait 15 ans et on s’est juré que si un jour cette société de marde, capitaliste et carriériste, n’implosait pas d’elle-même, on allait se la faire sauter la cervelle… Ils allaient voir notre détermination, ces cons.
Donc, après des années (quelques décennies pour être plus précis) d’attente, voilà qu’elle est là la société, pire qu’elle était, rendue au point de non-retour, avec un réchauffement qui ne réchauffe que les autres, avec des prix de l’essence et des pauvres à tous les coins de rue, des politiciens minables pour qui construire une autoroute correspond à un accomplissement personnel, des chanteurs-enfants qui se font abusés, des policiers armés de poivre et des poulets qu’on ne respecte même pas.
L’autre jour, on s’est revu pour la première fois en 22 ans (elle sortait d’une longue relation et moi je sortais du dépanneur) et on s’est dit que le moment est venu de faire un coup d’éclat. De mourir pour des idées. Et de mort rapide, s’il-vous-plait. De mort rapiiiiiiiiiideeeeu. On a pensé au gun, plus direct et vachement plus marketing que les pilules et le pont. Le problème, c’est qu’on n’a pas de permis de port, pas d’argent et qu’on vit dans un pays de fifs avec même pas de guns vendus en pharmacies comme dans les places civilisées.
On s’est alors dit que, comme plan B, seule la corde amène le petit plus, le petit quelque chose, le petit oupmf, qui fait toute la différence entre les gens qui ont quelque chose à affirmer et ceux qui sont juste décrissés par la vie et qui veulent en finir parce qu’il se sont fait voler leur bouteilles de bières vides sur la galerie.
Ce qui fait qu’on prend mon char gris (couleur appropriée à nos humeurs) et on se dirige vers le plus proche Canadien Tire pour y acheter de la corde. On arrive là, presque heureux, en pensant à cette belle aventure qui nous attend dans le garage. On arrive dans la rangée 8 - matériel de jardin - et on s’immobilise devant l’impressionnant éventail de cordage.
Fuck….
Quoi choisir? Quelle corde est vraiment adaptée à nos ambitions médiévales? Y va-t-on avec de la ficelle doublée, de la corde jaune, du fil de nylon, de la corde en chanvre? Et quelle longueur achetée? Faudrait pas qu’on arrive short, mais en même temps, faut surtout pas arriver trop long… Combien investir dans ce projet? Peut-on seulement se permettre d’être chiche lorsque qu’on veut tâter de la postérité?
On demande l’aide d’un commis :
- Pardon, c’est pour une information… C’te corde-là (geste du doigt), c’tu fiable?
- Ça dépend, c’est pour tendre ou pour suspendre?
- Euh… Un peu des deux. L’idée, c’est que ça puisse supporter un bon poids, genre à peu près…heille Virginie, combien tu pèses?
- Environ 120 lbs, pourquoi?
- Ah oui, rien que ça ! J’aurais juré que tu… en tous cas…
- Comment ça “rien que ça”? Va donc chier !
- Non, non, scuse-moi, je disais ça parce… en tous cas… Je te demandais ça, parce que c’est important.
- Dans ce cas-là… en fait, je pèse 130… Mais va chier pareil !
Le commis intervient en stressant sous son badge :
- De toute façon, avec ça ici, c’est correct jusqu’à 500 lbs. Ça conviendrait ?
- Ben là ! 500 lbs !! Va chier toi aussi, tu t’es pas vu !!??
- Écoutez, Madame, moi je ne fais que mon travail…
J’ai repris le contrôle :
- Ok, on la prend. Mais quelle longueur vous nous conseillez?
- Ça dépend, pour être sûr, 30 m ? Avec 30 m, vous pouvez pendre 3 gros monsieurs…
Ça, c’était une blague. Virginie et moi, on a fait semblant de rire de bon coeur. Puis, on est repartis vers les caisses. Il y avait plein de monde blême qui venait acheter leurs décorations de Noël. La plupart avait dans leur mains quelque monstruosités gonflables qui coûtent une petite fortune et qui dégonflent comme la première poupée gonflable achetée sur Ebay.
Mais nous, on est tout excités, le projet prend forme, ça se concrétise.
On arrive à la caisse et le caissier, un jovial qui est heureux d’être content prénommé Fred, nous regarde, sourit parce qu’on est des clients, nous regarde encore, re-sourit parce qu’on est encore là, regarde sa caisse et sourit de nouveau (probablement parce que sa caisse est bien là où elle doit être). Puis, il tend ses mains de positif pour passer notre corde sur le bipper. Genre de gars qui est authentiquement content à chaque fois qu’une transaction interac est acceptée…
Il a des raisons d’être content parce qu’en attendant en ligne pour passer à la caisse, et malgré mes objections et mes insultes, Virginie à eu le temps d’être tentée par deux lighters à BBQ, 60 cassettes VHS vierges, 242 aimants à frigo, 1116 batteries AA, 4440 montres en spécial et 50209 crayons bics…
De plus, grâce aux quelque 11 milliards de magazines édités par 2 compagnies presque distinctes et disposés sur 360 degrés autour de toi quand t’attends pour payer, Virginie est maintenant parfaitement au courante des allées-et-venues de 1114 couples vaguement connus à cause d’une émission de télé. Comme par exemple, elle sait s’ils s’aiment assez pour affronter l’épreuve de l’amour et s’ils ne sont pas prêts à s’engager sur le chemin de la vie à deux… Mais en plus, à la page suivante, elle a appris tout le reste : s’ils veulent aller au dépanneur après être allés au Club vidéo, s’ils mangent épicé tard le soir, s’ils s’épilent la noune en famille, s’ils se gargarisent avec du liquide lave-glaces, s’ils écrivent souvent des lettres en sortant un petit bout de langue à cause de l’effort, s’ils accrochent des miroirs lorsqu’ils font marche arrière, s’ils reniflent leur jackstrap après une grosse game, s’ils se touchent au rayon bricolage chez Jean Coutu, etc.
Toute de la grosse vraie actualité pure.
Fred, le caissier content ne cesse pas de sourire. Il est sur le bord de transformer mes volontés suicidaires et désirs homicidaires… J’ai soudainement envie de lui défoncer le crâne sur sa caisse et de lui faire ravaler son sourire à 2 piasses (Canadien Tire)… Mes yeux injectés lui lancent des menaces, mais il ne se rend compte de rien et continu de vouloir me faire la conversation «Pis, on passe une belle journée, à date?» Virginie essaie de me calmer en me montrant les nouveautés cinéma, mais rien n’y fait.
Je saute par dessus la caisse, empoigne le caissier (qui sourit encore car il aime bien les surprises) et lui dit de fermer sa grande gueule. Virginie lève les bras machinalement. Le gérant continue de gérer, sachant que les assurances couvrent les vols. Les clients blêmissent davantage (parce qu’ils viennent de se rendre compte que c’est la dernière saison de 450 Chemin du Golf en lisant le TV hebdo). Je menace le caissier avec un des lighters à BBQ achetés par Virginie. Et tant qu’à faire, je lui demande d’ouvrir la caisse et de donner le cash (ben oui le vrai, espèce de cave !). C’est quand il me l’a donné que je me suis rendu compte que calvaire, c’est payant un Candien Tire !! 8850 piasses !! On est sorti à reculons, le caissier toujours souriant malgré la menace du crayon bic et du lighter à BBQ. On s’est retourné rendu dehors et on s’est mis à courir, puis à rouler dans mon char le plus vite possible.
Comme on avait oublié la corde à la caisse, on s’est dit que nos projets de pendaison en duo battaient de l’aile. Pas grave qu’on s’est dit ! Il serait toujours temps de se pendre quand le cash aura été dépensé ! Fred, le caissier content, a hésité un brin gêné, s’est retourné vers Virginie et lui a crié quelque chose en essayant de couvrir le bruit du moteur qui rugissait dans les virages :
« heille, je voulais te dire que moi je pensais que tu pesais juste 115 lbs… Est-ce que tu joues au Scrabble des fois? »
Pffff….
« On pourrait dire encore que cette assurance d’être moi-même peut baisser, comme la lumière baisse, lorsque d’une façon quelconque je suis en butte à l’aliénation dont le marxisme (soit dit entre parenthèses) n’a diagnostiqué qu’une modalité particulière. »
in Gabriel Marcel, Foi et Réalité, p. 136.
Robodrigue,
Enregistré dans :FAS - Rencontres, Le non apprivoisable et le non domesticable, Art Is Evil
Il est une forme d’art fort dépréciée depuis la deuxième partie du siècle dernier: la danse. Bien qu’on croit la connaître pour avoir fréquentés des établissements de mauvais aloi dans notre jeunesse (et peut-être en d’autres occasions si l’ivrognerie a atteint un niveau de non-retour), la danse nous mystifie même quand on la pratique tout de tissu vêtu -étudiante en danse-. Ce qui en rend le spectacle si attrayant c’est de voir de si jolies jeunes femmes s’adonner à ce spectacle de façon si abandonnées, se révélant, alors, totalement à nous. Ayant quittés nos villages ou citées dortoirs pour aller découvrir la ville et la beauté de l’art, la croyance aveugle en nos possibilités, nous croyions avoir abandonnée nos vieux rêves d’adolescants avides de sexualité sauvage avec les femmes qui s’accrochent aux poteaux avec le même acharnement que nos ex petites amies au fait que nous soyons des salauds; la réalité en est toute autrement. Que nous soyons petits bourges asceptisés ou quatre-cinq-zéros débauchés, qu’elles soient cultivées et vêtues ou cochonnes et dévêtues nous tombons toujours pour elles.
Ultimement elles rejoindront les hordes de danseuses à Las Vegas, à travers les lumières multicolores de la Strip, le bleu, l’orange, le jaune, le rouge, le vert, le turquoise, le doré et l’argenté, elles nous commanderont de danser à leurs côtés et par programation C++ nous serons changés en M.C.. Laissant libre cours à nos corps nous engagerons une danse éternelle qui entrainera le reste de l’humanité dans une breakdance humiliante où nous tournerons sur nos têtes jusqu’à l’abrutissement accompli; pénétrés par le spectacle nous en deviendrons un: un spectacle vivant, il n’y aura plus que ça: le spectacle, nous en serons les atomes; la terre comme dancefloor intersidéral, parce qu’après tout la réalité subjective n’est qu’une question de décorum.
Tu vois l’ami, les apparitions en danse elles ne s’attrapent pas à la mouche dans les bars de la Main, c’est notre lâcheté qu’il faut donner pour toucher à l’absolu festif.
Cette semaine ça a été la première bordée de neige et on a eu droit à la totale. Presque trois jours de précipitations, dont au moins 24 heures intenses. Moi qui voulait faire l’hiver en vélo, j’ai dû me rendre à l’évidence: c’est une utopie.
J’ai reçu sur Face de bouc une invitation à une bagarre de boules de neige au parc Lafontaine, que j’ai déclinée parce la neige n’était pas tapante. Quand la neige est pas tapante, la boule reste formée jusqu’à ce que ton bras soit en complète extension, puis dès qu’elle quitte la main, elle se désagrège en poussière, en poudre aux yeux, et ça fait des guerres de moumounes.
Mais, pour bien marquer que j’avais quand même gardé mon coeur d’enfant magique, j’ai dit dans ma réponse que j’allais rester chez moi faire un fort. Je vous épargne le récit de l’escalade de propos incendiaires qui s’en est suivi; toujours est-il que je l’ai fait ce fort, avec mon bac de récu, puis j’ai demandé à Zepoulpe de le prendre en photo avec son téléphone portable. Comme toutes ces «photos ordinaires non-appropriées» ont malgré tout, dans mon coeur, un statut artistique, mais surtout qu’elles relatent une action que j’estime - à bon droit me semble-t-il - franchement stupide, j’ai pensé vous en soumettre une petite.
Avez vous vu? Les annales sont en train d’être toutes bizarres.
Ben oui vous l’avez vu! certains d’entre vous m’ont dit que ça marchait même pas dans leur navigateur. Moi non plus un bout de temps ça marchait pas quand je l’ai testé sur un autre ordi. Mais là j’ai fait “reset safari” et ça a marché. avec Firefox ça serait surement “vider la cache” ou quelque chose comme ça. Essayez donc ça, et si ça marche toujours pas vous m’en glisserez un commentaire, que je recommence mes expériences…
À défaut d’avoir des programmeurs, je taponne moi-même dans les feuilles de style du FAS pour leur donner un peu plus d’allure. Comme je suis pas tout à fait expert dans le truc, pour l”instant ça a l’air de ce que ça a l’air. Mais attendez vous allez voir. Et si vous voulez m’aider vous pouvez toujours partir à la recherche d’un ami qui est famillier avec les CSS.
D’un autre côté chuis pas mal fier de moi: j’ai commencé un peu de recherche et j’ai réussi à aligner de la shit vers le bas, vous avez donc droit à un petit menu en haut et une barre à gauche pour la shit. Prochaine étape: toute clairer le style des listes et décider la couleur du texte et du background des articles
Ce n’est qu’un début…
Le 8 décembre au Bal du Lézard dans Limoilou à Québec, il va y avoir de la passion, de l’amour, de l’extase, le ciel va se fendre et il va y avoir des pluies de préservatifs qui vont pleuvoir pour écrire en lettres de latex sur l’hôtel de ville de Québec : «Pédo Pedro + dd/mm/yyyy + Ma grand mère en bikini, 6$, 21h00 ».
Robodrigue, 3 décembre 2007
Enregistré dans :Entomologicae Bestiare, Le non apprivoisable et le non domesticable
Camarade assoifé d’excellence, toi qui fait face à l’adversité sans broncher, toi qui tient un budget serré, qui arrose ses plantes selon un système élaboré grâce à un merveilleux livre sur l’entretient des plantes, toi qui remet tes travaux à temps, qui ne se fait jamais prendre dans une ruelle sans capote, toi qui n’a jamais recours au mensonge pour garder un semblant de dignité! Sache que je suis ta contre partie oisive qui ceuille le fruit où elle le trouve, constament prise dans un monde où les valeurs sont inversées: un labyrinthe obsessionel dans lequel je mets en jeux ma stabilité émotionnelle et psychique à chaque réveil, à chaque pas, à chaque parole… à chaque pensée, chaque idée.
Mon délire ardent assumé et vécu me pousse autant à l’héroïsme qu’à la couardise; de ce citron on presse autant le nectar des dieux que de la petite pisse pour le vent. C’est pourquoi j’ai découvert le merveilleux monde des combats d’animaux sur Youtube, on y trouve à la fois des tigres contre des lions tout comme un boa contre un crocodile, le choix est tien l’ami. Des combats d’animaux je suis passé aux croisements d’animaux (Voir le liger, à la fois tigre et lion, et le zhorse, à la fois cheval et zèbre) et par désoeuvrement je suis passé à l’étape ultime: j’écoutes des vidéos où des chats parlent! Laissant mon travail de côté, j’ai observé des chats parlants pendant une bonne heure, pourtant la seule chose qu’on a pu faire dire à un chat jusqu’à maintenant c’est “Hello”… Les lèvres tremblante je répètais ce mot en même temps qu’eux, comme hypnotisé par leur volonté à dépasser la chatitude pour pouvoir atteindre le spleen de l’humain.
J’aurais voulu leur faire comprendre que la condition humaine en est une beaucoup plus humiliante que celle du chat, qu’ils devraient se contenter de leurs petites vies de chat, que tout cela était voué à l’échec… que c’était vain. Je me suis levé, je me suis allumée une cigarette, j’ai pleuré un peu et je suis revenu à mon travail comme j’aurais dû faire depuis bientôt une semaine. Je ne passerai pas à l’étape suivante : les chiens qui parlent.
J’étais allé en randonnée dans les alpages savoyards. Au loin, des brebis broutaient sur leurs pâturages. J’avais trop lu F’murrr et imaginais ces ovins concoctant quelque plan machiavélique pendant que le chien de berger fabriquait des automates à l’effigie de René Descartes. Je marchais d’un bon pas, fredonnant gaiement (sur un air connu) : «La-la-la-hip-la-ya. La-la-la-hip-la-ya…» en espérant croiser une bergère en mini-jupe, objet de mes fantasmes les plus fous. Là, derrière une butte, je crus entendre quelque chose bouger. Peut-être s’y cachait-elle, la mignonne, la jouvencelle des montagnes ? Je m’approchai discrètement, furtif comme le renard, vorace comme le jaguar, et – vlam ! – je bondis derrière la butte, prêt à saisir et à croquer, mais ne trouvai âme qui vive. Derrière la butte, point de chair fraîche, mais l’ouverture d’un terrier, creusé sur son flanc. Terrier de lièvre ou terrier de marmotte, néophyte en la matière, je n’en savais rien. Je repris donc ma marche, mais en silence et le pas mal assuré. Inquiet, je me sentais suivi, traqué, épié. Je ramassai un bâton, long, dur et noueux, une houlette devant me soutenir dans ma marche, comme une troisième jambe. Je la tenais le poing serré prêt à l’employer pour me défendre et faucher la bête d’un puissant coup de son bois sec. Je n’étais pas en sécurité. N’avait-on pas réintroduit des loups dans la région ? Là, derrière un buisson, une ombre fugitive ; je fis comme si de rien n’était. Plus loin, dans l’herbe longue, quelque chose bougeait ; j’accélérai le pas. J’étais décidément traqué, mais préférais inverser les rôles et, de proie, devenir prédateur. Je marchais en regardant droit devant pour éviter de trahir mes intentions et – vlam ! – je sautai derrière un arbre où j’avais entendu l’ennemi bouger et je la vis, la sale bête, l’infâme, le grugeur de montagnes, la marmotte, au moment même où elle courait se réfugier dans son terrier, rampant comme la limace, vicieuse comme le serpent.
Je pris le chemin le plus court pour retrouver le refuge, l’halte de randonneur, où j’avais prévu de passer la nuit. Elle ne cessèrent de me suivre, parcourant leur vaste réseau de terriers pour ressurgir ça et là, pointant la tête ou le museau, me narguant du regard, en voulant sans doute à mon pot de beurre d’arachide crunchy-croquant Kraft et plus encore à ma santé mentale.
Je dormis très mal et fis un rêve – un de ces songes aux images claires et fortes qui marquent l’imaginaire. J’entrais dans un aéroport vêtu d’un ample manteau de berger, un chapeau à large bord sur le crâne et un bâton de marche à la main. Je m’avançais dans la foule, au milieu des têtes coiffées de turbans, de casquettes des Red Skins et de kippas, et j’ouvrais grand mon manteau duquel jaillissait une horde de marmottes sanguinaires, leurs corps ramassés semant la cohue dans la foule terrifiée.
Je suis revenu à Montréal et les marmottes ne me quittent plus. Les pores de ma peau sont les entrées de leurs terriers ; elles circulent dans mon réseau sanguin. Je suis un alpage vivant, un sommet ambulant, mon nez est un pic, mes épaules sont des vallées. J’ai depuis longtemps renoncé à apprivoiser l’inapprivoisable et cohabite avec cette vermine qui habite ma chair, qui y hiberne, qui s’y reproduit. Parfois, je rêve qu’une meute de marmottes me suit pas à pas, guidée par la musique de mon pipeau. La nuit, je suis le meneur de marmottes qui sème la mort avec sa horde, mais je me réveille le matin en me grattant frénétiquement la peau, comme pour les chasser, elles qui ont fait de moi leur territoire, leur seul lieu de séjour, leur domaine. J’ai tenté de me réfugier loin d’elles, dans un espace utopique, un Nirvana rationnel expliqué par la science, un refuge imaginaire auquel je parviendrais, par la force de ma volonté, à donner la consistance d’une forteresse, mais rien n’y fait. Il n’existe pas de lieu inaccessible aux rongeurs. Ils rongent, ils grugent, ils creusent, ils grimpent, en moi, tout autour, où que j’aille. Je me suis résigné : ces marmottes ont occulté ma vie ; je n’existe plus que pour elles. Nous sommes indissociables et, bien qu’elles me fassent souffrir, je suis grâce à elles olympien comme la montagne et j’espère, bien que rongé de l’intérieur, avoir la pérennité du plus solide des rochers.
Le futur est proche. Le combat pour un quotidien délirant est infini. Les projets affluent et nous gardent vigilants. D’ores et déjà le thème du prochain fascicule est en cours de sélection, avec une avance marquée pour le spécial «probable, mais dégage…». D’autres idées flottent: Une revue annuelle grand format, sérigraphiée, intitulée «le quotidien délirant, revue annuelle du FAS»; Un nouveau, meilleur, site web (vos contacts avec des gens qui connaissent ça sont bienvenus). Ça roule quoi, et ça avance, parce que la révolution ne peut pas se faire dans la croyance en un temps cyclique.
« Manger des cretons sur un bagel st-viateur avec un avocat-sauce-piquante : c’est ça la post-modernité. »
- Mysterious