Encore une fois je vous ramène un commentaire perdu en pleine FAS.
Un dit Auderville commenta “Les poissons d’argent” hier soir, en direct de sa France chérie.
Il nous a fait cadeau de ces jolis vidéos.
Arthur Cravan Poète et Boxeur Espagne 1916
Arthur Cravan et l’Amour Espagne 1916
Non mais, quel homme tout de même!
Le F.A.S est intemporel, éternel, nous le savons. Mais, dans son incarnation blogoforme, le F.A.S. en est aujourd’hui à sa quatrième année au stade annales! Bonne fête F.A.S.!
Moi et Mjack avons terminé hier la réédition du Fasicule du FAS spécial non-apprivoisable et non-domesticable et débuterons sous peu le montage du spécial baleiner l’imbaleinable. Or, il nous est venu hier, l’esprit abruti par la fatigue, la folle idée de monter aussi un spécial André Serouille d’ici Expozine qui se tiendra cette année le 24 et le 25 novembre. Nous n’aurons bientôt plus de vie sociale, négligerons les plaisirs de la chair, et nous consacrerons exclusivement à la propagande subversive du FAS. «C’est pas un peu vain tout ça», me direz-vous, et je vous répliquerai drette dans FAS : «Notre cause est vaine, mais nous lutterons jusqu’à la mort, because FAS is vanity and vanity is sexy puisque le délirant du quotidien est terriblement supérieur à toute histoire, à toute fable, à toute divinité, à toute surréalité.» Et puis, quand même, un spécial André Sérouille illustré par ses célèbres tracts, ça vaut bien quelques nuits d’insomnie…
Nous appelons donc à votre support technique pour le découpage et le brochage des fanzines : tâche harassante, mais tâche accompagnée de bière, moteur incontournable de notre lutte révolutionnaire. La production d’un fascicule du FAS implique l’édition de textes puisés à même nos annales. Chers sympathisants, il faut s’activer, jeter le zepoulpe dans la poêle, libérer l’inapprivoisable, ouvrir les vannes des commentaires, mettre sous presse la prochaine édition d’Intoxicated press, étaler au public vos quotidiens les plus gris, redécouvrir l’animalité primale de nos régions, se pencher vers le minuscule entomologique au risque de recevoir un coup de pied au cul, percer de vos vits l’ontologie de Julia Kristeva, huiler les articulations rouillées du Robodrigue, étaler à la surface du monde le délirant du quotidien… Horde sauvage, horde fasienne, nous vaincrons !
(Texte publié en 2003 dont le caractère vachement universel m’incite à vous le remettre en pleine face. Comme disait mon livreur en m’apportant mon numéro 2 pour 2 «Quand c’est bon, c’est bon longtemps»).
Le jeune mec se retourna pour vomir. Un grand moment de vomissement qui n’en finissait pas de vouloir revenir du fond de l’arrière-gorge, comme si ses boyaux ne lui appartenaient plus. Il était nouveau, ça se voyait. Il allait voir que c’est aussi ça son job.
Les murs pisseux de la salle étaient jaunis par la fumée des pipes laissées là, encore fumassantes. Tout le monde avait dû foutre le camp avant que nous arrivions. J’imagine la panique quand ils ont vu débarquer ma bagnole. Tout d’un coup, vallait mieux ne plus y être. Sur la table, à ma droite, les restes d’une assiette et un petit pain à moitié beurré. «Ouais, ces mecs-là n’ont pas traînés longtemps ici» que j’ai dit.
La pénombre donnait aux choses des reliefs impossibles, comme dans les dessins d’Éscher. Sous la lumière clignotante de l’ampoule nue, les miettes de croûtons à l’ail sous mes pieds prenaient des proportions titanesques, les paparmannes cyans et fuchsias qui jonchaient le comptoir devenaient monstrueux, les cuisses de poulet sur ma gauche suintaient tels des lutteurs après une bagarre interminable… Les cliquetis des rideaux contre la pôle de métal battaient la mesure de mon propre pouls. Je n’aimais pas ça.
Je ne le savais pas encore, mais le pire était à venir. J’avançai et je pénétrai dans les cuisines. L’odeur me fit plier les genoux. Les relents de ce qui avait été jadis de la nourriture m’empêchaient de continuer. La pestilence était telle que mes paupières se refermaient, comme si mon corps refusait instinctivement de regarder, de poser les yeux sur ce que j’allais voir. C’est seulement quand ça schlingue vraiment qu’on se met à se dire que les odeurs sont en réalité des petites particules qui entrent en contact avec les zones sensitives de son nez et que, donc, CETTE CHOSE ME TOUCHE !
Il fallait avancer.
Le jeune qui m’avait suivi vomissait toujours, l’air hagard. Sa vie ne serait plus jamais pareille. Je me mis au travail: je retournai les chaudrons, je tassai les frigidaires, je pris des notes, j’inspectai les gardes-manger. La mort habitait cet endroit, j’en étais maintenant sûr. Et puis, tout devint rapidement clair dans mon esprit. Je remis mon crayon sur son oreille préférée et je sortis.
En quittant cet enfer, je pris mon flasque dans la poche de mon imperméable. Le contact du métal sur mes doigts m’était familier. Je savais qu’un scotch finirait de me retapper. Le jeune assistant me rejoignait lorsque je fis vrombrir le moteur de ma puissante fourgonette rouge aux couleurs de la ville. Avant de démarrer, je pris mon pendentif. Dedans, une photo de ma femme, Gina. Une autre de mes enfants: Patte, Dave et Kevin Jr. Une autre de ma première mitte de baseball. Je les embrassai un à un avant de me retourner vers le jeune homme qui geignait à mes côtés et dis:
«Tu vois petit, ce restaurant Le palais du sultan pour emporter, ne respecte pas au moins 14 points du réglement de la Ville. Il ne pourra pas renouveler son permis pour l’année prochaine. C’est fini pour lui. Faut pas avoir de pitié pour les gens qui lavent à l’eau froide. »
Puis j’appuyai sur l’accélérateur en direction de la première de nos nombreuses pauses-café.
Nous le croyions à jamais disparu, mais je l’ai retrouvé au fil de mes errances sur la toile : le premier site des Annales du FAS. Voici l’occasion rêvée de lire ou relire nos texte écrits en 2003/2004 : M en croisière, le casse, Euj et Nism, Poings des dents, les premiers écrits sur le zepoulpe, des considérations sur les limites de l’attitude ironique… Déjà notre prose était belle et romantique. Déjà, nous traquions le délirant du réel en tissant nos phrases de fils d’or. Déjà, le public nous couvrait de lettres et de baisers. Déjà, nous vainquions !
C’était un dimanche après-midi. J’avais le crâne en charpie, l’humeur bilieuse et une sacrée difficulté à faire quoi que ce soit de pertinent. C’est pourquoi je me suis créé une page myspace. Étant un as du camouflage, une entité polymorphe, le caméléon du web, je m’y dissimulai sous une fausse identité, y fis figurer une photo de moi déguisé en fauve (question de mieux croquer ta peau de femme), mais, tenant à ajouter une touche de sincérité pure à cette mystification, j’inscrivis dans la case « héros » : « André Serouille : Kraft + psychiatre = nazi. »
Cependant, André Serouille poursuivait sa lutte monomaniaque contre Kraft, pour la justice et la vérité, distribuant ça et là - dans vos boîtes à lettres, sur des bancs d’autobus, sur des poteaux électriques – ses fameux tracts :
MEDIAS : ESCLAVES DE KRAFT MAUDITE CORRUPTION BOYCOTTONS KRAFT DANGEREUX CRIMINELS KRAFT TOUJOURS EN LIBERTÉ PSYCHIATRES KRAFT = NAZI
Je collectionne l’oeuvre d’André Serouille depuis plusieurs années, comptant revendre ma collection au gros prix quand il sera reconnu pour ce qu’il est : un maître de l’art brut. Or, d’autres gens tombent parfois sur ses tracts. Curieux, ils tapent « André Serouille » sur Google et tombent sur ma page myspace. Certains m’écrivent alors pour me demander qui est André Serouille. Je leur dis le peu que je sais sur cet artiste du quotidien et les réfère aux Annales du FAS. Une de ces personnes – nous l’appellerons miss P – est allée jusqu’à supposer que j’étais André Serouille. Je lui répondis que non, d’un ton un peu sec ; elle s’excusa, mais son excuse laissait sous-entendre qu’elle ne me croyait pas, comme si mon irritabilité (légendaire) laissait croire que je cachais quelque chose, que je réagissais comme un être traqué, un peu comme André Sérouille face aux médias, à la psychiatrie, à l’empire Kraft, au monde entier. Miss P croit que je suis André Serouille. Peut-être même diffuse-t-elle cette info dans son entourage, disant à ses amis : « Tu sais, le petit tract anti-Kraft que j’ai trouvé sur un banc de métro, et bien je crois que je sais qui en est l’auteur. Tu iras voir son myspace. Il a l’air un peu bizarre. Il se déguise en fauve pis il écrit des choses incompréhensibles sur un bizarre de site qui s’appelle le FAS. » et moi je me dis, qu’après tout, considérant qu’André Serouille n’est peut-être pas tout à fait sain d’esprit et qu’il pourrait avoir des personnalités multiples, je pourrais être – sans le savoir – son alter ego et que ces tracts que je collectionne, c’est peut-être moi qui les produis. J’ai des ciseaux, du papier, de la colle et des feutres dans le tiroir de mon bureau, j’aime marcher, je déambule souvent à travers la ville et quand ma blonde me demande où j’étais passé, j’ai souvent bien de la misère à lui répondre. Une seule question se pose alors : Mais qui se cache donc dans l’ombre du Mysterious ?
Vous savez, cette nuit j’ai rêvé que j’étais un champion du curling sur glace. Sport débile où après avoir fait glisser le lourd palet vers les quilles, mon équipe et moi, nous nous ruâmes aussi dans une eau glacée pour savoir qui serait le premier à grimper sur un matelas flottant… J’avais un manager et cela devait me faire gagner beaucoup d’argent pendant l’été… Pendant l’Été ! Pourtant je jouais au curling d’hiver ! C’est incroyable, ça ! C’est tout à fait stupide comme rêve ! Je me demande alors la signification de toutes ces bétises nocturnes… Aah, soupir…
C’est Mysterious qui m’a fait part des statistiques voulant que, contrairement à la croyance, les couples se forment davantage à l’automne qu’au printemps, et qu’à toute autre saison par ailleurs. Des données à comparer avec l’incidence de suicide, qui est supérieure au printemps qu’en automne, à l’encontre de nos intuitions sur la depression saisonnière. Éros et Thanatos habitent chacun le domaine de l’autre.
Je pensais à cela cette semaine, parce que j’ai remarqué que les filles me regardent avec davantage d’insistance, mais pour une raison qui m’échappe complètement. En fait, j’ai été particulièrement moche ces derniers temps, avec mon bouton dans le front et le manque de sommeil. Alors pourquoi cette passion soudaine ? Mon hypothèse est la suivante : l’automne, à l’heure où les journées raccoucissent, les femmes ont davantage la frousse de sortir, et elles cherchent quelqu’un pour les accompagner. Les couples ainsi formés se fondent sur une commodité de sécurité saisonnière.
Mais l’automne est peut-être aussi la saison où les nuits s’allongent…
Qu’en dites-vous ?
6:00pm October 10th
Ça tombe bien que tu me request comme ami facebook pasque je me sentais justement bizarre de comment j’ai réagi l’autre jour quand je t’ai croisée dans la rue pis je t’ai dit un genre de ca va symbolique pis là t’as dit «vraiment moyen» pis là j’ai comme bredouillé quelque chose et j’ai fait un sourire bizarre pis j’ai continué pis je me disais «c’est donc ben plate qu’elle aille moyen au point de le dire alors qu’on se connait presque pas.» j’avais un genre de début de sentiment de compassion mais en même temps je me voyais vraiment mal m’arrêter pour te parler. je t’aurais probablement dérangé ou quelque chose. j’y ai pensé au moins deux fois depuis ce temps là. normalement t’aurais jamais su ça et t’aurais probablement continué à vaguement t’imaginer qu’à ce moment là je me suis foutu de ta geule. ou peut être ça t’aurait totalment laissé indifférente. et là qu’est ce qui ce passe? grâce au technologies de l’information je te raconte ça. c’est une forme d’intimité vraiment pas solicité de ta part. probablement que ça va avoir l’air aussi bizarre. anyway il est trop tard le texte est écrit maintenant je vois mal comment je ferais pour pas peser sur send. anayway… on se part une partie de scrabble?
Ce soir, tandis que les yeux de millions de Québécois seront rivés sur leurs téléviseurs, des activistes du FAS passeront à l’action. Dans la tanière de Mjack aura effectivement lieu une séance extraordinaire de découpage et de brochage de fanzines alors que nous rééditerons le Fascicule du FAS spécial non-apprivoisable et non-domesticable. Soyez des nôtres. Nous vaincrons !
Aujourd’hui j’ai travaillé 12 heures au MBAM, une journée folle avec deux vernissages, celui de Vik Muniz et celui de Tomas Hirchhorn. Au cas où ça vous intéresse, Muniz fait des Mona Lisa en beurre de pinotte et Hirchhorn, lui, eh bien il a fait un gâteau de conscientisation géant. Bon.
Peut-être parce que tous les exposants portent des noms germaniques (Kiefer, Funk, Nauman, Rauch…) il y a au MBAM un certain affluent de touristes allemands. Ça se comprend. Parions qu’avec Muniz, les Brésiliens vont débarquer. C’est comme ça: si vous êtes en voyage et qu’on vous parle d’un compatriote, vous êtes curieux d’aller voir.
Et bien sûr, je veux surtout parler d’un affluent de touristes allemandes. Ah! les blondes, j’y reviens tranquillement, je retourne aux sources oedipiennes. Cette jolie teutonne au yeux bleus, j’ai commencé à lui parler au moment où j’ai mis les pieds dans la salle Hirshhorn. J’ai alors bêtement dit: «c’est la première fois que j’entre». Le bordel qu’il y a là-dedans m’a arraché un rire nerveux, puis à elle aussi, puis on s’est mis à rigoler en canon, tout en faisant le tour du gâteau. Puis, en sortant, on s’est mis à discuter, et alors j’ai voulu l’impressionner… à un moment qu’elle cherchait le mot «to paint» en français, je lui ai spontannément donné en allemand (malen)… alors, surprise, elle m’a dit sie sprechen deutsch, et moi ein bischen, et alors bla bla j’aime ceci bla bla je trouve cela intéressant… studentin ? - Nein, nicht mehr… et puis on s’est dirigé vers les salles de Muniz aussi, et puis…
Et puis merde ! J’ai pas le droit de sortir de ma foutue salle ! Alors elle est partie et j’ai commencé à penser aux poules qui restent figées si on fait un trait à la craie autour d’elles.
Mais ça m’a quand même permis d’assister à un interview de Hirschhorn, par un compatriote journaliste (un Suisse) qui s’est d’entrée de jeu mis à délirer sur Hume et sur la connaissance. En fait, j’ai dit interview, mais c’est à peine s’il le laissait parler, tout ce qui l’intéressait, c’était sa position vis-à-vis la sorcellerie, et alors Hirschhorn était un brin déstabilisé, mais il a fait l’erreur de vouloir récupérer la question à son compte, et alors il était foutu le journaliste est parti en couille. Mais le plus drôle, c’est quand il lui a demandé «lapidairement», sans la moindre ironie perceptible, s’il y avait une conspiration deleuzienne, parce que partout où il allait «les artistes ont lu Deuleuze», et il arrêtait pas de revenir là-dessus, son foutu rhizome et il délirait sans tenir compte de la réponse de Hirschhorn, qui n’avait pas lu Deleuze.
Puis j’ai passé les dernières quatre heures à l’entrée principale. Le moment fort, c’est quand une bande de jeunes cools un peu rebels est passée au vestiaire et s’est arrêtée juste devant moi, à quelque distance. Ils se sont alors mis à faker des comportements un peu choquants, le gars embrassant la fille en la prenant par la gorge en clé de bras, tandis que les deux autres filles faisaient mine de s’envoyer des coup de pieds dans les tibias, non sans me jeter quelques regards de bravade. Attrait et répulsion de l’uniforme.
Call it a day.