Fort de la bénédiction de Mysterious et du soutient financier que m’apporte le starsystème, je peux en toute confiance me lancer dans la carrière de cosmonaute indépendant. Mais on a peine à s’imaginer le degré de difficulté d’une entreprise telle que la conquête spatiale, à ce stade encore primitif où de dérisoires capsules traînent poussivement dans l’immensité interplanétaire. Lorsque l’on songe à l’exploration d’autres planètes, il faut se demander, par exemple, comment réagira l’équipage à une exposition prolongée à l’apesenteur; s’ils seront en mesure de conserver un tonus musculaire et une constitution osseuse suffisants pour explorer la planête rouge, ou bien s’ils ne s’affaleront pas plutôt comme de vulgaires crêpes à la surface de la planète rouge, une fois mis le pied à… Mars. Voyez-vous ça ? Une petite débarque pour l’homme et une grande crêpe pour l’humanité ? Et le voyage ? Sauront-ils s’occuper, ou vont-ils tous s’entretuer après quelques mois, dévorés d’ennui et d’angoisse ?
Aussi, il vaut mieux ne prendre aucune chance et simuler ici, sur terre, les conditions auxquelles seront exposés les astronautes, pour découvrir dès maintenant les stratégies grâce auxquelles ils pourront surmonter les épreuves d’un quotidien stellaire.
C’est donc avec cette idée en tête que je me suis rendu hier à la base de V., pour y retrouver ma princesse de région (PdR), J. Je l’avais prévenu à l’avance de mon intention de me mettre au travail dès mon arrivée. Nous partîmes sur-le-champ en direction du hameau voisin de St.-T., passant au jogging le long des champs de maïs aux-moirures-chatoyantes. Audit village se trouve un grand bassin d’eau fraîche et calme, qui est entièrement réservé à l’usage des cosmonautes. C’est ici qu’ils font leur baptême de l’apesenteur…
Ah ! douce relaxation des tyrannies newtoniennes ! Flotter et se prélasser mollement dans ce fluide divin, et n’avoir pour seule lourdeur que celle de nos membres, las et gorgés de délices, comme ceux du dieu de Michel-Ange ! Quel plaisir que de faire milles cabrioles, comme la pétulante loutre, et puis de s’imobiliser pour demeurer ainsi en suspension, faisant l’étoile, comme si nous étions déjà accroché à l’infini firmament et à sa lente dérive ! Quand je songe que je pourrais demeurer dans cet état de flotaison pendant deux années entières, j’essuie un frisson : voudrai-je jamais en revenir ?
Ce fût une courte mais fort instructive séance d’entraînement.
ou « Oh oui, chéri, viens (dans ma face) au Ikea. »
Activistes et sympathisant du FAS, nous avons suffisament lambiné. Vous savez comme moi que la théorie ne sert qu’à convaincre ceux qui le sont déjà. Le FAS est-il une entité élitiste qui ne s’adresse qu’à elle-même et quelques privilégiés ? Sans doute. Mais si nous nous efforcons de relever le délirant du quotidien, de façon le plus souvent détournée, par une lente, mais pernicieuse, subversion, le quotidien mérite parfois de recevoir un bon coup de pied dans le cul.
Je ne sais plus qui évoqua l’idée en premier lieu, mais ce fut lors d’une discussion animée entre moi, Poufiasse et Touche-toi. De quoi s’agit-il ? Vous frémissez d’impatience. Cellules d’actions du FAS, activez-vous et organisez des séances de «Surprise, surprise version trash underground».
De quoi s’agit-il exactement. Je laisse vos imaginaires débridés nous suggérer des idées. En attendant, en voici une (médiocre, certes, mais vous savez, moi, l’imagination…) : Thrank Spiroberg (un activiste méconnu du FAS) marche dans un parc lorsqu’il croise une dame du monde qui promène Bijoux, son fidèle caniche. Thrank Spiroberg empoigne soudain le malheureux animal et l’encule. Son propriétaire panique, veut appeler la police, lorsque - soudain - Blog Haute Sphère (un activiste moustachu du FAS) surgit du buisson où il s’était tapi une caméra à la main et s’exclame : « Surprise, surprise ! »
Activistes et sympathisants du FAS, mobilisez-vous : nous vaincrons !
Je n’ai rien à dire, somme toute, mais je dois vous parler, vous me manquez tant, tant vous me manquez, me manquez vous tant. Oui, certes. Je suis blessé au pouce gauche, gauche au pouce suis blessé et ça fait mal mais j’ai mit un plaster. Un plaster j’ai mit sur mon pouce gauche. Point de pouce gauche sur le plaster mais un plaster sur le pouce gauche. Je suis en camisole dans mon salon, avec mon plaster et je n’ai rien à vous dire mais vous témoigner de ma présence. Je suis présent en ce moment dans mon salon en camisole et je pense à vous qui ne pensez point à moi mais le plus important est que vous me manquez avec mon plaster sur le pouce gauche en camisole dans mon salon, j’existe, je suis là.
Je vous aime.
Joseph
Ah vraiment, j’ose à peine écrire, je ne sais plus… c’est la façon toute mécanique dont ils vous rejettent, sans aucune forme de procès, quelle indélicatesse, quel manque de tact ! Voyez vous-mêmes :
Thank you for your interest in our Mars500 programme.
The Call for Mars500 Candidates is restricted to people with an academic background and working experience in medicine, biolgocial sciences and/or engineering, therefore you can unfortunately not apply.
Il y a aussi computer science, mais ils ne l’écrivent pas : c’est trop clair que ce qu’ils veulent, au fond, c’est des ingénieurs. C’est donc commode des gningnégnieurs. Ça fait toute. Ça raboute kesse tu veux. Ça fait des t.v. avec des toaster, genre. Maudits gningnégnieurs.
Évidemment, je vais pas m’inventer un PhD en médecine non plus. Non. Je ne veux pas mentir: ils n’en valent pas la peine. C’est dommage tout de même, car être astronaute, c’est encore la façon la plus économique de voyager dans l’espace.
Reste donc la voie touristique. Alors, il faut que j’ammasse 28 millions de dollars, que je vais changer en roubles et refiler aux Russes, pour qu’ils m’emènent faire un tour dans la station Mir. Ou les chinois, mais eux ils ont pas de station. Posons donc un geste dès maintenant, et organisons sans plus tarder une levée de fond.
LEVÉE DE FONDS POUR ENVOYER AMYGDALE DANS L’ESPACE
Venez en grand nombre assister au spectacle de Brigitte Bordel, de Kraspoutine et des Mystik Motorcycle au PETIT CAMPUS mercredi le 11 juillet. Brigitte Bordel interprèterons pour vous, en cette occasion, leur nouveau tube «dans l’Espace», et les Mystik auront des pantalons taille basse comme vous n’osez pas même en rêver !
Merci de votre support !
Aujourd’hui, j’ai posé ma candidature pour faire partie du premier vol habité en direction de Mars.
C’est une entreprise sérieuse, dont je rêve depuis ma plus tendre enfance. J’en rêve la nuit. Mais la tâche sera ardue, car les candidats retenus le seront selon des critères de sélection très pointus, que vous pouvez consulter sur le site. Notamment, il faut être en bonne santé tant au point de vue physique que psychologique. Et je dois rapetisser de 2 cm, ce qui n’est pas tellement un problème, étant donné que le vol est prévu pour 2030, j’ai le temps de racourcir d’ici là.
Je compte donc me mettre à l’entraînement immédiatement, et vous prendre pour témoin de mon zèle et de ma volonté à remplir tous les critères au mieux de mes capacités. Je vais donc tenir un journal de bord et vous faire part de mes progrès sur le site des Annales du F.A.S., car il n’est pas d’entreprise trop sublime pour nous fasiens (à ce propos, Mjack, pourrais-tu créer une nouvelle catégorie intitulée «Mars500» stp ?).
Je trépigne à l’idée de commencer mon entraînement, et de soumettre mes modestes progrès à votre dure critique. Suis-je bien digne de cette mission historique ? Ai-je bien la trempe d’un véritable cosmonaute ? D’un Gagarine ? des Armstrong et Aldrin ? d’une Laïka ? Saurai-je résister au confinement, à l’esseulement et la promiscuité à la fois, à l’ennui, à la privation d’alcool et de sexe, aux rayonnements solaires, à l’éventualité d’une recontre du troisième type, et quoi d’autre encore !
Allez ! Du courage ! Repoussons sans cesse les limites de la stupidité ! F.A.S. vaincra, et règnera sur le cosmos !
Arg ! À peine ai-je envoyé ma candidature, que je reçois le suivant message :
Dear Sir,
Thank you for your interest in our Mars500 programme.
The Call for Mars500 Candidates is restricted to people with a body height of up to 185cm (due to logistic reasons), therefore you can unfortunately not apply.
All information can be found at www.spaceflight.esa.int/callforcandidates
Kind regards,
Thu Jennifer Ngo-Anh, MD, PhD
mais puisque je vous dis qu’en 2030 je serai tout ratatiné ! Est-ce que ça prend un PhD pour comprendre ça ?
Évidemment, je ne vais pas me laisser abattre comme ça au premier pas. C’est un malentendu regrettable, bien sûr, il doit bien y avoir de la place pour un petit centimètre de rien du tout quelque part, voyons, c’est absurde ! C’est le rêve de toute une vie que vous sacrifiez pour une affaire de standard ridicule…
Allez hop ! On recommence depuis le début.